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Section de l'Orne

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Discours pour le 150ème anniversaire de la Révolution Française
Les trois mots héritages de la Révolution française : LIBERTE,EGALITE, FRATERNITE. Voici qu'ils sonnent à nos oreilles avec une vérité de jeunesse, secs et durs comme claquent les pelotes basques. Nous comprenons enfin qu'ils représentent une conquête chèrement acquise et qui aurait pu ne pas être, une conquête comme toutes les conquêtes de l'humanité : fragile. Quand les hommes sont arrêtés et conduits dans les cachots; quand la justice est expulsée, quand le dégoût s'installe, quand l'armée des bourreaux et des geôliers fait entendre partout son bruit de clefs et de bottes; et quand pleurent les Tchèques sur la grande place de Prague, et quand les hommes qui parlaient se taisent ou se terrent; quand la voix et la pensée expirent au bord des lèvres et que la vérité refoulée devient la soeur de la rage; quand partout triomphent l'oppression, l'imposture, la lâcheté, le camp de concentration ou la chaîne on comprend le mot "LIBERTE".
Quand les hommes se déclarent supérieurs aux autres hommes; quand une race décrète qu'elle est la race élue et que toutes les autres races doivent lui être des servantes; quand les citoyens sont persécutés et foulés aux pieds, leurs femmes violées et fouettées parce que leur peau ne présente pas la même pigmentation, leur chevelure la même couleur que celle de leur bourreaux; quand on fait un crime à certains d'être ce qu'ils sont, souvenons nous que la révolution, en proclamant "qu'un homme vaut un homme" ne fait qu'appliquer la pensée du Christ : "une âme vaut une âme", et nous comprendrons la sainteté de ce mot qui ne signifie ni médiocrité ni abaissement : "EGALITE". Et quand les individus et les peuples ferment le poing; quand chacun se ramasse sur soi et jette sur son voisin un regard de haine; quand le Japonais s'abat sur le Chinois, le Germain sur le Slave, l'Italien sur l'Albanais et l'Espagnol sur l'Espagne; et quand les barrières s'élèvent, que l'Europe au lieu de s'unifier, se morcelle et se rapetisse comme une prairie que trop de haies divisent : alors, au milieu de cette méfiance, de cette stupeur, de cette étroitesse, on entend un frémissement plus doux qu'une larme d'esclave quand les fers tombent, et c'est "FRATERNITE", ce mot qui espère.

"Liberté, Egalité, Fraternité". Ces trois dés que 89 a lancés se sont immobilisés sur notre table, et nous ne devons pas oublier que la main qui les lançait venait de l'ancienne France. Aussi éloignés de ceux qui font semblant d'ignorer l'histoire des rois que de ceux qui affirment que 89 est l'année où mourut la France, nous pensons que notre tâche aujourd'hui est de défendre, selon la belle parole de l'écrivain allemand exilé Ernst-Erich Noth, "le patrimoine entier de l'humanité et non tel ou tel canton de notre histoire".
Nous sommes les habitants d'un vieux pays qui a déjà édifié Chartres, Versailles et la Déclaration des Droits de l'Homme, il est certain que nous ne arrêterons pas là, nous poursuivrons ce progrès par quoi l'homme présent se rapproche de l'homme futur, que nous ferons de plus en plus à "l'image de Dieu" comme un sculpeur à force de retouches et de lenteur parvient enfin à approcher de la ressemblance parfaite. Mais pour le moment, peut être convient-il de réfléchir que le péril qui menace le pays menace aussi tout espoir d'un ordre plus juste, notre devoir immédiat est de nous resserrer provisoirement autour des principes qui nous sont communs comme autour d'un faisceau se resserrent les doigts d'une main ferme. Peut être aussi convient-il de nous rappeler que le temps n'accepte que se qui se fait avec lui, qu'il faut peiner durement pour obtenir un sort meilleur, que la révolution n'est ni la facilité, ni l'éloquence, ni l'émeute mais la prévision et l'ascétisme; ceux d'entre nous qui ont encore confiance dans la République sont ceux qui doivent donner le plus de leur talent, de leur volonté et de leur amour pour rendre à ce mot qui a exalté nos pères un peu de l' éclat qu'il a perdu.

Pierre PETITBON entré à son premier concours, en 1929, à L'Ecole Normale Supérieure (Ulm) a prononcé ce discours (extrait), à Vic Fezensac (Gers) . Il mourra dans le navire, coulé par un Stuka, qui l'emmène en Angleterre, un an plus tard, en 1940, au large de Dunkerque. Il a préféré combattre comme son frère et auparavant son père lors de la guerre de 1914-1918. Il a refusé d'occuper un poste auprès de Jean Giraudoux, Commissaire à l'information.
SMLH61
Vitrail Arnaut de Moles, "origine de la pomme d'Adam", (Cathédrale, Auch).


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