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Section de l'Orne

Photographie du dernier reportage des figures

L'EXTRAORDINAIRE AVENTURE DES "LIBERTY SHIPS"

"L'Argentan", le "Domfront", le "Pont-L'Evêque", le "Colmar"... Des noms de cargos français aujourd'hui disparus mais qui ont eu deux vies. Dans leur jeunesse, l'épopée : ils faisaient partie de la formidable armada américaine des 2700 liberty ships, cargos laids mais robustes qui traversèrent l'Atlantique entre septembre 1941 et septembre 1945. "La guerre n'aurait pas été gagnée sans la noria des liberty ships qui labouraient sans cesse l'océan entre l'Amérique et l'Angleterre" dira Churchill. La France demande l'armistice le 18 juin 1940... En écho, un général de brigade réfugié à Londres, Charles de Gaulle, déclare à la BBC : "Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là." Churchill peut encore fabriquer des "hurricanes" et des "spitfire » pour résister au siège aérien allemand dans ce qu'on appellera "La bataille d'Angleterre", mais il n'a plus les ressources indispensables. Alors comment construire cette force supérieure évoquée aussi par de Gaulle.
Comment obtenir une aide de l'allié américain accroché à la doctrine du chacun pour soi : pas d'ingérence américaine dans les affaires européennes et vice versa. F.D. ROOSEVELT, seul président américain à avoir été élu quatre fois, connaît bien son pays. Churchill se décide à demander l'aide des Etats-Unis mais il n'a pas l'argent pour respecter le fameux "cash and carry" (paye et emporte) de 1939, symbole de la neutralité américaine. Le 8 décembre 1940 Churchill adresse à Roosevelt une note précise sur les besoins de la Grande Bretagne qui, par deux fois, voit la chance le servir. Le 22 juin 1941 Hitler envahit l'Union Soviétique. Le 7 décembre 1941 Pearl Harbour est attaqué par les Japonais. L'Amérique entre en guerre. Roosevelt imagine une solution : les USA vont "prêter", à la Grande-Bretagne, bateaux et matériels de guerre.
Pour convaincre ses électeurs, FDR emploie cette métaphore : "Mon voisin voit sa maison prendre feuje dispose dulong tuyau nécessaire, est ce que je propose de lui vendre ce tuyau 15 dollars ou bien, je le lui prêtejusqu'à l'extinction de l'incendie?" La loi Prêt-Bail est votée par le Congrès le 9 février 1941, promulguée le 13 mars 1941. Les alliés, URSS comprise, disposeront de 1000 milliards de dollars 2016 de biens divers. Pour transporter ces produits : armes, véhicules, avions, carburant, il faut des navires. Le premier Liberty Ship fut lançé à Baltimore, sous les yeux de Roosevelt, le 27 septembre 1941, (« Liberty day » selon l'Amiral Land, responsable du programme de construction). On le baptisa "Patrick Henry" père de la révolution américaine : « Give me Liberty or give me death ». 2699 autres Liberty Ships suivront entre septembre 41 et septembre 45. Ils seront construits selon la technique du puzzle inventé par un collaborateur de Roosevelt, Henry Kaiser qui adapte la technique de la construction automobile à la construction navale : on fabriqua les pièces à la chaîne puis les pièces rassemblées (coque soudée non rivetée pour aller vite). Ces cargos de 10.000 tonnes de port lourd ne dépassaient pas 10 à 11 noeuds. Ils consommaient du mazout, avec une autonomie permettant l'aller-retour USA - Grande-Bretagne en 53 jours. Ils transportaient chacun 2840 jeeps, 440 réservoirs, 230 millions de cartouches de fusils et, dans les cales, on entassait aussi locomotives, chars Sherman, avions, camions GMC, carburant pour certains. Plus de 200 de ces bateaux seront coulés par les sous-marins de la Kriegsmarine. mais ils réussiront à semer les Allemands grâce audécryptage, de la machine à chiffrer allemande "Enigma".
En 1945, le plan Marshall permit de transformer les Liberty Ships en cargos de paix. :100 furent livrés aux Italiens et aux Grecs (ceux-là firent la fortune de Niarchos et Onassis). La Grande Bretagne en reçut 106, la Chine de Tchang Kaï Check 18, 50 pour L'URSS et 75 pour la France dont le "Domfront, l'Argentan, le Pont-L'évêque ». Le « prêt » à la France de ces 75 liberty ships contre l'autorisation de projeter des films américains sans quota (l'american way of life contrant la propagande communiste !!). Tous les Liberty Ships français finirent leur carrière entre 1965 et 1970. Le dernier le « Pont Lévêque » de la compagnie Delmas Vieljeux fut désarmé en 1972.
Le "SS John W.Brown" à Baltimore et le "SS Jeremiah O'Brien" à San Francisco vaisseaux musée voguent encore.


Gilles SCHNEIDER
Pierre PETITBON
Henri Le MORE



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