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Section de l'Orne

Photographie du dernier reportage des figures

L'abbé GREGOIRE,

Évêque Constitutionnel de Blois,consacré par Talleyrand. Lointain prédécesseur de Mgr de Germiny, membre de la SMLH61, l'abbé Grégoire a eu une existence exceptionnelle. Il est catholique, franc maçon et révolutionnaire. Il fait partie du Tiers État, désigné pour les Etats Généraux. Curé d'une paroisse de Meurthe et Moselle (Emberménil). Il naît le 4 décembre 1750 à Vého, dans les Trois Evêchés (Meurthe et Moselle aujourd'hui). Il est élu à la Constituante. Il est l'auteur de l'Article Premier de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » Il propose le Suffrage Universel. Il va oeuvrer pour la fin de l'esclavage (la première en 1794), rétabli par Bonaparte en 1802. Il milite pour la fin de l'ostracisme anti juif. Il crée le Conservatoire des Arts et Métiers. Avec Nicolas-Jacques CONTE il en fixe les règles, il trouve le local : l'abbaye rue Saint Martin (222 rue Saint Martin) et offre à CONTE la direction du CNAM. L'abbéGrégoire crée le Bureau des Longitudes, participe à la création de l'Institut. Il va oeuvrer pour la fin des patois, langues régionales et le Yiddish car un pays comme la France, doit se créer autour d'une langue unique : le Français.

Il ne vote pas la mort de Louis XVI car il est absent de Paris (en mission en Savoie) bien qu'il soit foncièrement contre le Roi celui ci est « dans l'ordre moral ce que le monstre est dans l'ordre naturel ». Il continuera tout au long de la Convention et de la Terreur à se promener en habit épiscopal dans Paris et à dire la messe chaque jour chez lui. Il inventera le mot de « vandalisme » pour critiquer ceux qui pillent et détruisent ce qui « constitue l'histoire de France » (Pillage de la Basilique Saint Denis). A la chute de Robespierre il demande la Liberté d'exercice des cultes (il se fait huer par la Convention). Il défendra l'abolition de l'esclavage et la liberté des cultes : Dans son discours sur la liberté des cultes" Il rappelle sous les huées de l'Assemblée "Pendant de longues années je fus calomnié pour avoir défendu les mulâtres et les nègres pour avoir réclamé la tolérance en faveur des juifs, des protestants, des anabaptistes. J'ai décidé de poursuivre tous les oppresseurs, tous les intolérants or je ne connais pas d'êtres plus intolérants que ceux qui, après avoir applaudi aux déclarations d'athéisme faites à la tribune de la Convention nationale, ne pardonnent pas à un homme d'avoir les mêmes principes religieux que Pascal et Fénelon"
Il souhaite aussi l'instruction pour tous. Il se retire à la restauration. En 1819, soutenu par Stendhal, il est élu Député de l'Isère. Cela est insupportable aux conservateurs (les "Ultras") qui par une mesure d'exception, l'expulsent de l'Assemblée par un vote à l'unanimité (moins une voix pour l'honneur de la Chambre).


Il sera nommé par Bonaparte dans l'Ordre de la Légion d'honneur (chevalier le 2 octobre 1803), Commandeur le 14 juin 1804 et Comte d'Empire en 1808. Il serait déchu de la Légion d'honneur, si il n'y renonçait lui même en 1828, car la rumeur persiste sur sa nature de régicide (ce qu'il n'est pas). "C'est bien tout le contraire de ce que j'appréhendais c'est une lettre charmante que m'écrit M. l'évêque Grégoire, pour réclamer la priorité du fait, sur lequel il me félicite. Lors de la rentrée des Bourbons en France, on conçut l'idée d'épurer la Légion d'honneur, d'en chasser l'empire pour y introduire la Vendée et, en vertu d'une circulaire contresignée par un soldat de l'empire, par le duc de Dalmatie (ndlr : Soult) si j'ai bonne mémoire, l'on invita tous les dignitaires de l'ordre à venir déposer leurs titres à la grande Chancellerie, pour motif de révision. M. l'abbé Grégoire, qui était commandeur de l'ordre, renvoya aux bureaux ses titres avec une renonciation imprimée il leur épargna ainsi la peine de le déclarer indigne de figurer parmi la foule de ses confrères, qui s'apprêtaient à reconnaître avoir reçu des mains de Louis XVIII, les croix qui leur avaient été distribuées à Iéna, à Wagram, à Ulm, par son lieutenant général M. de Buonaparte".


Ombre de Napoléon le Grand, voilà l'ouvrage de tes faiblesses! La République t'avait donné des hommes, tu voulus en faire des ducs tu sais ce qu'il t'en a coûté. Au prix d'une courte mention au Moniteur, et d'un simple sabre d'honneur dans le fourreau, le premier consul commandait à ses braves une victoire, et ils lui en remportaient trois à la fois la noblesse de l'empire, chamarrée de croix de toutes les couleurs, a signé la capitulation de Paris, et a crié le sauve qui peut à Waterloo. C'est que toutes les fois qu'on donnera un hochet à la gloire, on remplacera la massue d'Hercule par une quenouille de là vient qu'une foule de ces illustrations herculéennes du grand homme, n'ont rien eu de plus pressé que d'aller brûler la flatterie aux pieds de la royauté. F.V.Raspail : Lettres sur les prisons de Paris – 1839


Il mourra en 1831, 44 rue du Cherche midi, dans un extrême dénuement, toutes ses pensions ont été supprimées. Sa mort sera accompagnée, malgré l'interdiction de l'archevêque de Paris, des derniers sacrements administrés par un curé de Paris, l'abbé Guillon. Les funérailles en l'Eglise de l‘Abbaye aux bois, puis son inhumation au cimetière du Montparnasse, seront suivies par plusieurs milliers de personnes dont La Fayette. Ses cendres sont transférées au Pantheon (avec celles de Monge et Condorcet) en 1989 par François Mitterrand en l'absence de Mgr Lustiger.

SMLH61


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