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Section de l'Orne

Une belle figure que notre compagnon Alfred Thomelin
Alfred THOMELIN Président départemental des Anciens combattants et Victimes de Guerre des PTT est né à Rennes, rue Richard Lenoir. Il est orphelin à 7 ans de mère et à 9 ans de père. Difficile de cerner qu'à cette époque l'espérance de vie était de moins de 50 ans (sans compter les ravages de la guerre puis de la grippe espagnole). Il prendra sa retraite comme Inspecteur Central des PTT. Il est décoré de la Légion d'honneur en 2011, de la Croix du Combattant, Médaille commémorative de la Guerre 39-45. A la mort de ses parents il est confié à un oncle, Louis Gillet, qui fut un grand bonhomme quoique très occupé car ingénieur mécanicien dans une mine d'or à Penaroya (Argentine) puis muté en Tunisie à Mégrine (grande banlieue de Tunis). Alfred fut élevé au Collège Emile Loubet de Tunis et son directeur, M. Kermarec, qui connaissait sa situation fut sensationnel en lui indiquant comment gagner de l'argent : se rendre au quartier d'Albelagues et porter les paquets des courses (on ne dosait pas shopping) contre de jolis pourboires. Puis présenté au Grand Hôtel de Tunis, par ce même directeur, ce qui lui permit groom, d'empocher de jolis pourboires, porter la valise la plus légère dans la main droite et présenter timidement la gauche pour la pièce). Jeune métropolitain il fut largement rétribué durant 9 ans pendant toutes ses vacances. Avec son Brevet supérieur, après l'élémentaire, Alfred revient à Rennes et occupe place de Carthage (cela ne s'invente pas après Tunis) une chambre d'hôtel à 15 francs par jour. Il veut travailler au Grand Café rue Richard Lenoir. La responsable trouve qu'il ressemble à son père et l'adresse à sa fille au Papeteries de Bretagne (route de Lorient). Il a 17 ans il en faut 18 pour travailler de nuit. Pas de semaine de 40h (encore moins de 35). Il falsifie ses papiers d'identité (né en 1916 au lieu de 17). Le travail est nocturne de 7h du soir à 7h du matin 7 jours sur 7. Puis il postule pour la vente des Chaussures Jivago aux Nouvelles galeries de Rennes. Le directeur lui proposa le poste de chef de rayon du service électrique. A 18 ans il demande son émancipation au tribunal qui accepta cette requête. En 1937 il passe avec succès les concours de PTT, Police et SNCF. Sportif et costaud il présente aussi à la Préparation militaire à Coëtquidan. Il fréquente le mouvement « Breiz Atao » et s'enrôle un an dans les Brigades Internationales en Espagne. Dans son groupe « Louise » qui comportait une dizaine d'homme, chacun avait un surnom il était « Alfredo Vivente ». Il croise un américain avec lequel il converse en allemand bribes de langue qu'il connaissait, apprises à l'école de la République. Il apprend plus tard que c'était Hemingway !!. C'était une figure qui marque. Il lui dit un jour « Wenn du ein tag hörst, wird der Zug drei mal pfeifen » Quand tu entendras le train siffler trois fois... A son retour il trouve son ordre de mobilisation : Le 3ème Zouaves à Constantine (Algérie) puis muté ne 1937 à Douéra (Sahel algérois) pour suivre le pelotons des EOR. Il en sort Chef de Section. Un stage d'instructeur à la Légion (Sidi Bel Abbes). Retour vers son unité en Tunisie. Ils font des coups de main contre l'occupation italienne en Libye. Mars 1940 il est dans la 40ème division d'Infanterie au Nord d'Amiens. En première ligne très rapidement. En retraite malgré quelques tentatives de refoulement. C'est lui qui doit agiter le drapeau blanc près d'Orléans. Ils passent d'Angerville (Essonne) par Versailles Chantiers. Il s'évade (d'un wagon : Chevaux 16, hommes 40) avec quelques compagnons grâce à un roulé boulé. Refuge chez la Garde barrière il sont dénoncés aux allemands !!! Menottés ils voyagent dans un wagon voyageurs pour rejoindre le Stalag XIIIB à Weiden (21 jours de cellule en punition de leur évasion). Il finit par écouter avec des compagnons les conseils d'un « oberth » et acceptent d'aller à « Schlaggenwald » (Tchécoslovaquie). Ils travaillent la porcelaine (une copie de Sèvres) avec du Cobalt. Ils sont bien traités et surtout bien nourris !! Les fours à porcelaine servaient aussi à fabriquer des objectifs Zeiss qui devaient équiper les V1 et V2 (Goering en uniforme chamarré vint un jour inspecter ces fours).Il est pris en faute. Il est emprisonné dans la Forteresse de Grandenz en Pologne (surnommée la forteresse de la mort lente). 3 mois de sévices, nu et au pain sec et à l'eau. Puis un mois de plus en punition pour avoir fendu une couverture pour s'en faire un poncho. Il réussit avec l'aide des compagnons à s'évader en montant dans un wagon (travail sur des grumes). Il est après ses 21 jours de cellule transféré au Kommando de Heydebreck, dépendant de Birkenau, qui travaillait pour IG Farben (essence synthétique). Birkenau logeait durant le réaménagement de Heydebreck. Les bombardiers américains se manifestaient régulièrement. Un officier anglais expliqua comment saboter le wagon rempli de ce kérosène synthétique. Mais le trajet du train était à l'inverse de celui qui était prévu. Le wagon sauta tout près des saboteurs. Alfred blessé fut soigné très bien (à l'infirmerie anglaise du camp) puis en Pologne à l'hôpital de Zagan. A la fin de la guerre il put s'enfuir avec son "Posten", ils arrivent à Fulda en Hesse où après une méprise de la part des américains ils sont sortis du Polder. Le vieux « posten » quinquagénaire antinazi est embauché aux cuisines américaines. Alfred refuse d'être réincorporé (8 ans de vie militaire et de stalag).
Il accepte un poste d'un an de PTT aux Armées à Danang en 1952 pour l'Indochine(sur le croiseur Suffren, Suez Djibouti, Saïgon). On lui demande d'enquêter sur des vilaines blessures de soldats. Il demande au Général Chapel des hommes qui peuvent nouer la « cravate russe ». Ce sales blessures sont provoquées par les professionnelles qui insèrent dans leur intimité un tube de bambou avec des lames de rasoir. 4 femmes sont diagnostiquées à qui l'on pratique la « cravate russe » qui met fin à leurs méthodes de Khmers rouges. Mais cependant les Français malgré ce combat acharné étaient encore « bien vus ». Il quitte l'Indochine pour un séjour en Algérie à Ouargla où il est en charge du Courrier pour les Doaurs. Escortés parfois pour délivrer le courrier par la Légion étrangère et si besoin s'en fait sentir surveillé d'en haut par un T6 qui sait arroser.
On ne parle pas de l'âge d'un Chevalier dont l'honneur se lit dans les pages d'un opuscule attachant publié en 2013 : « Tranche de Vie ». Il a connu une existence riche et mouvementée. Son univers personnel puis patriotique et professionnel l'a vu passer de Rennes en Tunisie puis de France en Pologne, l'Allemagne où il a croisé Goering, dans toute sa splendeur qui inspectait un camp dans lequel prisonnier il a réussi à s'évader, repris, il a réitéré ses évasions. Il a continué son périple par l'Autriche, la Tchécoslovaquie puis l'Indochine, l'Algérie et enfin la Guyane. Il a connu sa future épouse, Annick, en Métropole il l'épousera en Guyane elle lui offre Laure sa fille qui est très proche (elle travaille à Argentan). Annick est sa joie et son bâton de vieillesse. Freddy, fils d'Alfred alors très jeune père, est chez lui auprès d'Annick sa belle mère et de Laure. Alfred Responsable des Postes à Cayenne, côtoiera les Pontes d'Ariane Espace. Sa vie professionnelle se déroulera plus calmement après les guerres et la Guyane, il est en poste en France, Rennes, Pervenchères, Villedieu-les-Poêles puis Argentan. Du haut de ses nonante cinq ans il publie son ouvrage « Heureux et reconnaissant de pouvoir écrire mes souvenirs et de dire à mes amis aujourd'hui disparus un au revoir fraternel ». Aujourd'hui, il vit serein dans cette ville d'Argentan, décorée de la Légion d'honneur, à trois mois de ses cent ans la SMLH61 est allé plus dans le détail de cette belle biographie. Carte Combattant : 69 245, CC SMLH61 Les obsèques de M. THOMELIN Alfred décédé le 30 Juin ont eu mieu en l'église de Bazoche sur Hoëne le Mercredi 5 juillet à 14h30, Un faire part avait été publié le mardi 3 juillet. Notre Porte Drapeau M. CHANTEPIE, était présent avec le drapeau neuf de la SMLH61 accompagné de collègues. Le DMD de l'Orne, le Lieutnant Colonel Jérôme THIEULART représentait à la fois les forces armées pour notre compagnon Légionnaire ancien combattant 39/45 et les membres de la Légion d'honneur de l'Orne Texte de l'annonce parue dans OF du mardi 4 juillet Le Docteur Pierre PETITBON, Président de la Section Orne des membres de la Légion d'honneur, M. Gilles SCHNEIDER, Président du Comité d'Argentan et les Membres de la Légion d'honneur de l'Orne ont le regret de vous annoncer le décès dans sa cent et unième année de leur compagnon et ami, M. Alfred THOMELIN, Chevalier de la Légion d'honneur, Ancien combattant de la Guerre 39/45, Ancien Président des anciens combattants des PTT de l'Orne. Ils assurent Madame Annick Thomelin, et toute sa familles de leurs condoléances attristées. SMLH61




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