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Section de l'Orne

Claudine CORDIER-MOLEINS, nommée dans notre Ordre en 2008, est membre du Comité de L'Aigle depuis peu (2016). Son Président de Comité, Jacques Frénéhard, a organisé avec l'aval de son Président de section qui souhaite animer celle-ci, le programme de Visite des Usines Frénehard Michaux à Saint Symhorien de Bruyères puis de l'Usine- Musée Bohin guidée par son PDG M. Didier Vrac le 12 mai. Déjeuner exquis au Dauphin. M. Desclos aurait souhaité qu'il y ait un tour de table de présentation des membres présents. Bonne idée qui sera appliquée lors des prochaines rencontres. Le Président de section a demandé à Madame Cordier- Moleins de rédiger pour le site une esquisse de portrait. Ce qu'elle a fait avec une belle amabilité et une célérité très plaisante. Nous allons ensemble constater le parcours très enrichissant d'une enseignante qui se spécialisera dans l'enseignement dans le monde du handicap bien avant la Loi du 11 février 2005. Mais laissons s'exprimer Madame Claudine Cordier-Moleins.

VOCATION
« Institutrice », j'affectionne particulièrement ce terme.
Il reflète à lui seul l'Amour d'une profession, l'Amour de mon métier qui m'a offert un bonheur incommensurable, fait de joies multiples, de rencontres motivantes, enrichissantes, déstabilisantes aussi constellées d'angoisses constantes, d' interrogations permanentes le tout souligné d'un travail acharné. Pour ce monde de l'École dans lequel tout enfant est une entité particulière, j'ai consacré mon existence professionnelle.
Rapidement je me suis heurtée au constat de l'inadéquation entre le but à atteindre (aisé pour certains plus ou moins laborieux pour tant d'autres) entrer dans le LIRE-ECRIRE et les outils mis à la disposition de la jeune institutrice que j'étais. Nommée dans un quartier urbain où fleurissaient moult habitations HLM (habitation à loyer modéré) au brassage ethnique très marqué et un unique manuel d'apprentissage dont les deux protagonistes vivaient en sabots à la ferme.
Approche et accroche délicates tant ces cités HLM n'avaient aucune résonance avec la seule série de livres d'apprentissage disponible dans l'armoire de la classe.
Dès lors, j'ai compris qu'il me fallait construire mon support de travail, plus en rapport avec mes élèves, leurs origines, leurs difficultés tellement diverses. Sans tenir compte de ce qui persiste encore aujourd'hui telles les sources de conflits ou de méthodes : syllabique, globale, gestuelle On ne peut imaginer trouver en une seule ou en chacune d'elles une vérité applicable à une telle multiplicité d'enfants. Elles ont toutes cependant, à un moment précis du travail au sein de la classe, leurs raisons d'être .
~ Enrichissement du vocabulaire (donner les mots pour DIRE)
~Développement des fonctions sensorielles : travail d'écoute, de perception du champ visuel, des sensations kinesthésiques, difficultés articulatoires
~Correspondance phonies-graphies .
Institutrice en CP (Cours Préparatoire) à l'époque, l'inspectrice de l'Éducation Spécialisée m'avait demandé si j'acceptais d'intégrer Frédéric (un enfant handicapé moteur découlant d'une atteinte du cervelet).

PÉRIODE de RÉVÉLATION et MISE EN APPLICATION DE PRINCIPES D'ÉDUCATION APPROPRIÉE
Cette période fut une révélation sur les relations menées au sein du groupe de la classe. Acceptation de la différence, qu'elle soit physique, intellectuelle, sociale. Certitude pour chacun des élèves que les difficultés peuvent être dépassées et que chacun peut dès lors retrouver « l'estime de soi » nécessaire au progrès, éveiller voire réveiller, la notion même de la réussite.
Nous étions encore loin de la Loi sur le Handicap de 2005.
Après l'obtention de mon diplôme d'Enseignante spécialisée, mon poste fut fixé en classe de Perfectionnement.
Période douloureuse et difficile face à des enfants en échec massif pour beaucoup, adorables certes mais ne manifestant aucun intérêt pour l'activité scolaire, familles en situation conflictuelle avec l'École, reflet de leurs propres difficultés et de celles de leurs enfants.
Nous avons donc ouvert les portes de la classe pour travailler en terme de projets sur les différents pays d'origine avec résonnance sur le LIRE-ECRIRE-COMPTER (fonctions essentielles de l'école ) en passant par le biais des ateliers documentaires, de cuisine partageant avec chaque Maman des documents et objets personnels.
Les murs de la classe, du couloir présentaient l'exposition de nos travaux. Des formateurs de l'École Normale venaient filmer nos activités basées sur le LIRE-ECRIRE.
Mon Amitié avec une collègue de GS (Groupe Scolaire) de Maternelle toute proche m'a permis de mettre en place les premières relations GS de Maternelle /CP, développées ensuite, toujours et plus que jamais d'actualité.
L'aptitude et l'attitude de lecteur-scripteur s'est exercée, enrichie, stimulée dans cet échange à qui les enfants lisaient leurs histoires, exposaient leur travail, et explicitaient les affiches relatives à leurs différents travaux « C'est en lisant qu'on devient liseron et en écrivant qu'on devient écriveron » Raymond Queneau.

PROJET DE LUTTE CONTRE L'ILLETTRISME
L'Inspectrice de l'Éducation Nationale m'a demandé de prendre en charge et de réaliser le projet de lutte contre l'illettrisme en relation avec les différents pays de la Communauté Européenne (Création d'un « Centre » Documentaire, et d'informations au sein d'une école élémentaire). Il s'agissait de partir d'un écrit pour lui donner vie au sein de la Zone d'Éducation Prioritaire (ZEP) favorisant ainsi le passage au collège et l'utilisation des CDI.
Il a fallu entreprendre la collecte de documents, l'organisation de prêts de livres auprès de bibliothèques pour élargir le fonds documentaire, l'élaboration du plan d'aménagement des locaux dont la ville de Beauvais avait réussi la réalisation au-delà de mes attentes.
Les enseignants s'inscrivaient dans un projet pédagogique, leurs groupes d'élèves fréquentaient « le centre » pour répondre aux différentes interrogations relevées en classe.
« Le centre » fut aussi le lieu de conférences pédagogiques pour élargir l'expérience à d'autres écoles .
Les enseignants des pays participant à cette action phare sont venus voir la réalisation du projet en présence de nombreux responsables sous la houlette du recteur d'Académie.

La CORSE DU SUD
Nommée plus tard en Corse du Sud j'ai intégré un RASED (réseau d'aide spécialisée aux élèves en difficulté travaillant avec un (Groupe scolaire) GS/CP/CE1 en fonction des difficultés décelées par les enseignants :
~Création de fiches d'activités liées au LIRE-ECRIRE pour remédiation.
~Communication aux collègues, aux familles
~Liaison Maternelle/CP
~Animation de réunions de travail avec les collègues de cycle 1 et 2.
~Mise en place de projets pédagogiques dont l'objectif restait toujours le même, voir s'ouvrir les portes des classes, mettre en valeur le riche travail de nos collègues et leurs élèves sur les écoles de la ville.

LA CARRIÉRE SE POURSUIT DANS LE NORD DANS LA RÉGION DES « HAUTS DE FRANCE »
De retour sur Amiens, après deux années en RASED, ZEP et sur une école recevant des « enfants du voyage », j'ai continué mon travail en relation avec mes collègues. Rien n'est jamais vraiment gagné cependant, le savoir lire s'entretient et passe aussi par le plaisir de lire sur n'importe quel support.
L'Inspectrice de l'Éducation Spécialisée m'a proposé d'assurer la Coordination Départementale des AVS en accompagnement des Enfants Handicapés, dispositif national révolutionnaire consécutif à la loi du 11 février 2005 sur le handicap – François Fillon, Ministre de l'Education Nationale, député Maire de Sablé sur Sarthe, Premier Ministre, Jean Pierre Raffarin, Président de la République Jacques Chirac, (complétée par une Loi de 2015) comportait 101 articles et 80 textes d'application. Cette Loi de 2005 a constitué une authentique révolution dans l'approche du handicap. (Les premiers AVS – auxiliaires de vie scolaires - étant issus d'associations regroupant des parents d'enfants handicapés).
Travail très lourd, prenant, diversifié : recrutements, formations, réunions de constitution de projets individuels d'accompagnement de la maternelle au lycée avec même présence d'une AVS auprès d'une élève en faculté.

UN REGARD DANS LE RETROVISEUR
Alors oui, je n'ai, me direz-vous, fait que mon travail d'institutrice avec sérieux, engagement, respect comme tant d'autres collègues, avec cette chance inouïe de me voir proposer des projets audacieux, avant-gardistes à cette époque, à mettre en pratique .
Ce furent des étapes accompagnées de stress par peur d'échouer, d'inquiétudes et d'incertitudes multiples mais aussi extraordinairement motivantes, novatrices, formatrices, dynamiques, enrichissantes et passionnantes.
La Parité homme/femme dans la nomination au titre de chevalier dans l'Ordre de la Légion d'honneur avait autorisé un brassage professionnel. J'en suis un exemple manifeste.
Je n'en disconviens pas et suis infiniment fière de cette décoration prestigieuse, surtout à la pensée de ma famille, indicible hommage qui rejaillit sur celles et ceux qui exercent, ont exercé dans l'Éducation Nationale, ce métier fabuleux où l'impérieuse nécessité doit rester l'ouverture au monde, le partage de nos expériences et outils.
Histoire qui peut apparaître à l'oeil superficiel très ordinaire, d'une institutrice qui a toujours sollicité le droit à l'erreur à chaque fois qu'un nouveau projet lui était proposé, en sachant par là même, qu'il lui fallait réussir.
Terminer sur ces lignes pourrait paraître présomptueux aussi ajouterais-je que mon rêve de fillette idéaliste, élevée dans une famille ouvrière où le respect du travail bien fait prévalait, reste l'évidente réalité.

Toutefois l'erreur n'a semble-t-il constitué qu'une part infime des tâches de notre amie, membre de la SMLH61, puisque le Ministre de l'Education Xavier Darcos lui a accordé en 2008 cette distinction prestigieuse. Claudine CORDIER - MOLEINS et SMLH61
Les Photos : M. J.C PECH, Commandeur de la Lh le parrain qui a remeis es insignes à Mme Cordier-Moleins, Mme Cordir-Moleins avec le Cdt Laurent, Mme Cordier Moleins et son époux? Sur les photos de groupe devant le Siège social Frénehard Michaux de gauche à droite : Le Colonel Godey, M. Desclos, M. Cordier, Mme Cordier-Moleins, Le Dr Petitbon, M. Droulin, Mme Gerbet, M. Chatel Mme Frénehard, M. Frnehard a le gilet rouge sur la seconde photo de groupe.


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