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Section de l'Orne

Sa'dî nait à Chiraz vers 1200 ? comme un peu plus de cent ans plus tard Hâfez. Il est enterré vers 1295 dans son mausolée, entouré d'un bassin où nagent des cyprins dorés sacrés, à Chirâz comme Hafez cent ans environ plus tard. Il vit du temps des mongols Ilkanides (Gengis Khan) comme Hâfez vivra au temps des mongols Timourides (Tamerlan, Timour Leng). Sa'dï vivait heureux sous l' ‘ombrelle du Seigneur de Chirâz qui le protégeait en bon mécène. L'arrivée de Gengis Khan le fait fuir. Pendant près de trente ans il va parcourir l'Afghanistan, le Turkestan, l'Inde, l‘Arabie, la Syrie, l'Egypte, l'Ethiopie. Prisonnier au Proche Orient des croisés, il est esclave 7 ans à Tripoli et racheté, après avoir été libéré par des fatimides, pour dix dinars d'or par un Alepin qui lui donne en mariage sa fille. Il rencontre brahmanes et populations diverses lors de ses pérégrinations. Il se rend notamment au Yemen où il se remarie et où meurt son fils en bas âge ce qui l'affecte lui le stoïque. Il effectue 13 fois le pélerinage à la Mecque et de nombreux séjours à Jérusalem. Alors qu'on peut le trouver affamé en Ethiopie et en Égypte il finira par regagner son Fârs natal.

Les soubresauts en Perse se calment et son mécène Abou Bakr ben Saad ben Zengui poursuit son règne du Fârs à Chirâz. L'année où Sa'dî écrit le BOUSTAN (1257) le Jardin des parfums et des fruits (ou le Verger) puis le GULISTAN (1258), Le Jardin des Roses, Hulagou, un petit fils de Gengis Khan envahit la région, massacre les habitants et met à sac Bagdad (durant quarante jours). Hulagou détruit tout y compris la bibliothèque de Bagdad (qui sera affectée à tout jamais). Mais Abu Bakr son mécène, atabeg du Fars, compose avec l'envahisseur et moyennant un énorme impôt/tribut/rançon, maintient le Fars en paix. C'est à ce protecteur que Sa'dî dédiera ses deux oeuvres majeures. Il lui empruntera son nom de poète puisque le sien est en réalité : Abu-Muhammad Muslih al-Din bin Abdallah Shirâzi. Sa'dî parle arabe et farsi il écrira dans les deux langues un certain nombre de textes mais Boustan et Gulistan sont en persan.


Sa'dî sera traduit en français pour la première fois en 1634 par André de Ruyer avec parfois de grosses erreurs (diplomate) sous Louis XIII. Lazare Carnot (« le Grand Carnot ») admirateur du poète donnera Sadi comme prénom à l'un de ses fils (lui-même sera l'oncle de Sadi Carnot, Président de la République assassiné par Caserio). Abou Bakr, Gouverneur du Fars et protecteur de Sardî meurt. Reconnu comme un conteur et moraliste hors de pair. Sa'dî poursuivra son existence au calme à Chirâz. Il meurt très vieux pour l'époque aux environs de 90 ans (ses dates de naissance et de décès sont imprécises à deux ou trois ans près chacune). Il aura « passé 30 ans de sa vie à étudier, 30 ans à voyager, et 30 ans à exercer sa piété » dira Delhomme un des grands connaisseurs français de Sa'dî.


Shayegan pense bien que ses voyages ont ouvert son esprit et font de lui le conteur et le moraliste qu'admirent ses lecteurs. Le Gulistan la plus connue des oeuvres peut être de Sa'adî est divisé en 8 chapitres :
Touchant à la conduite des rois
, Touchant à la conduite des derviches
, Touchant à la modération des désirs
, Touchant les avantages du silence
, Touchant a jeunesse et l'amour
, Touchant aux atteintes de l'âge
, Touchant à l'influence de l'éducation
, Touchant les bienséances en société
.
Shayegan parle de son oeuvre en rappelant que Sa'dî mêle harmonieusement distiques et prose. Pour un spécialiste de Sa'dî, Mohammad Ali Foroughi les iraniens se demandent comment, Sa'dî, utilise toujours un langage qui semble contemporain. Mais il n' en est rien c'est Sa'dî qui a légué un langage et un comportement encore en vigueur sept siècles après sa disparition. Ces 8 chapitres font comprendre que contrairement à Hâfez, le mystique, Sa'dî d'un langage fleuri, certes, mais précis a été un moraliste qui a réussi à tempérer pulsions, élans chaotiques et désordre de l'âme. Cette réussite toujours reconnue comme constitutive du comportement iranien est la source des pélerinages à son mausolée.


On peut trouver et tout le monde souligne ce détail capitalque Sa'adî sait vanter le mensonge. On connait l'anecdote. Un condamné à mort par le sultan l'injurie. Le sultan n'a pas bien entendu et un vizir brode pour pacifier et provoquer la grâce du Sultan. Un Vizir concurrent s'insurge et raconte la vérité. Le sultan condamne cette vérité créatrice de trouble et vante le mensonge pacificateur. Le Prisonnier est grâcié.
« un mensonge opportun est préférable à une vérité qui sème la discorde »
. Toutefois Shayegan précise que toute l'oeuvre de Sa'dî vante la Vérité. Citons dans le chapitre I
« Si on t'enchaîne pour avoir dit la vérité,
mieux vaut rester enchaîné pour avoir dit la vérité que t'en délivrer par le mensonge »
.


Shayegan nous explique que Sa'dî dans ses huit chapitres applique une nostalgie manifeste, puisque la puissance divine qui est immuable

« n'espère pas de fidélité de la part des rossignols,
car à chaque moment ils chantent d'une rose différente »
.

Il ne peut exister une évolution sociale face à Dieu, qui ne devient pas à la fin ce qu'il est en réalité. Il veut protéger l'homme et l'éduquer pour qu'il évite les mésaventures et se soumette au pouvoir et d'autre part laisser ouverte la porte de l'au-delà. Sa'dî est un derviche. Le soufisme l'a influencé. Grâce à lui Sa'dî se place au-dessus des oulémas. " Sa conception de la morale dispose d'une dimension beaucoup plus large que la morale traditionnelle » (Fouchécour) d'ailleurs Sa'dî affirme :

« Depuis quand la raison et la loi ont-elles permis,
Que le Sage échange sa religion contre des biens acquis » Boustan



Sa'dî est assez content de lui et croit dur comme fer à l'ascendant de sa verve incantatoire rajoute Shayegan :

« Si l'intelligence et la lucidité inspire ta parole,
Essaie de t'exprimer comme Sa'dî, sinon tais-toi »
(Boustan)

Shayegan compare Sa'di à Confucius qui, en Chine, comme Sa'dî en Perse, cherche à émousser les arêtes tranchantes de l'ego, en, aplanir les aspérités et à en arrondir les angles. Pour les grecs la « paidea », l'idéal façonné, est ce que Sa'adî préconise. La paidea de Sa'dî est conditionnée par l'idéal de l'homme qui se retrouve dans sa création par Dieu.

« l'homme accède à un lieu d'où il ne contemple rien que la face de Dieu,
vois vers quel haut rang s'élève la place de l'humanité »
(Ghazaliyat)


Que dit Shayegan : les canons de Sa'dî se sont imposés au cours des siècles. Il a constitué un manuel de conservation des bons usages en société solidaire. Il a déterminé le caractère de tout homme civilisé. Le savoir consiste à accumuler les rites de bienséance, à faire de la mémoire un livre ouvert (accessible à tout moment par tradition orale prévalente), le tact équivaut à dire le bon mot, au bon moment, évitant ainsi les heurts et frictions. La pensée est un acte de commémoration c'est-à-dire l'actualisation de ce qui gît dans le creuset commun (on dirait aujourd'hui les valeurs communes ?). L'homme agit selon des normes culturellement prévisibles insiste Shayegan qui ajoute ces vers du Boustan qui assure-il, résument bien, l'humilité, la gnose, l'Être et le Néant réunis que prône Sa'dî comme valeurs acquises :

« Une goutte de pluie descendit du nuage
Elle eut honte lorsqu'elle vit la mer sans rivages
Car si la mer est là à quoi suis-je utile ?
Si elle existe vraiment je ne suis que chose futile
Quand il se scruta avec l'oeil de l'humilité.
Elle cultiva, grâce à son âme, une superbe coquille
Le Ciel l'éleva à un tel rang suprême,
Qu'elle devint une perle rare en elle-même
Si elle eut tant de hauteur, c'est qu'elle consentit à ne pas être,
Elle frappa à la porte du néant pour enfin apparaître »



Sa'dî, nous rappelle Shayegan, dans ses préceptes et maximes ouvre toutes les voies de la sagesse : il nous invite à la charité, à la générosité, à l'humilité en nous débarrassant de la morgue et de l'arrogance, il nous conduit au contentement simple et à la soumission à la volonté divine. Il préconise pour la sérénité quotidienne la reconnaissance et la gratitude car tout découle de la foi et de la miséricorde divine. Finalement un Persan peut choisir en dehors des règles de savoir vivre de Sa'dî, l'éthique chevaleresque de Ferdowsi et les vertus du Farvahar, soit s'intégrer dans la dialectique de l'amour avec Hâfez et Mowlânâ Rûmi, soit se marginaliser en ermite avec Khayyâm. Ernest Renan (1823 – 1892) a parfaitement expliqué pourquoi ce poète est bien reçu en occident « Saadi est vraiment un des nôtres. Son inaltérable bon sens, le charme et l'esprit qui animent ses narrations, le ton de raillerie indulgente avec lequel il censure les vices et les travers de l'humanité, tous ces mérites, si rares en Orient, nous le rendent cher. On croit lire un moraliste latin ou un railleur du XVIe siècle» dit-il rejoignant l'orientaliste Joseph Héliodore Sagesse Vertu Garcin de Tassy (1794 – 1878). Shayegan a su nous faire voguer sur le boutre de la morale de Sa'di après nous avoir transporté sur les ailes du Lyrisme de Hâfez. Nous avons frissonné avec la Légende des Siècles de Ferdowsi. Shayegan a bien transmis le message de ces poètes qui façonnent l'âme poétique persane et le charme iranien.

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PHOTOS : Sa'dî devant la mosquée de Yahia avec un chef arabe - BN, Le Roi est insulté par un prisonnier- BN, Abu Bakr ben Saad ben Zengui avec sa barbe blanche, acompagné de deux esclaves munis de chasse mouches, protecteur de Sa'dî - BN, Mausolée de Sa'dî à Chiraz (internet) et couverture du livre de Shayegan Albin Michel


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