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Section de l'Orne

La cérémonie nationale d'hommage aux Déportés à Alençon, le 29 avril 2018
«Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.
Et lorsqu'ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour protester. Texte de Martin NIEMÖLLER (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi et la libération du camp par les Américains en 1945.


Ce texte doit rappeler que si les juifs constituèrent l'écrasante majorité des victimes ils ne furent ni les premiers ni les seuls. L'Allemagne commença par dévorer les siens : communistes et syndicalistes, puis les catholiques résistants, les juifs allemands et enfin tout opposant avant de détruire tous les juifs des pays conquis en particulier ceux de Pologne et des pays de l'Est avec malheureusement la complicité des autochtones bien souvent. Au fur et à mesure de l'avancée allemande dans les pays conquis on sait ce qu'il advint. La solution finale fut évoquée puis décidée (conférence de Wannsee le 20 janvier 1942) sous la direction de Reinhard Heydrich avec 14 hauts fonctionnaires dont Rudolf Eichman, puis mise en oeuvre comme on le sait. Les camps de concentration se transformèrent en camps d'extermination. De l'artisanat (pendaison ou exécution) on améliora la technique avant de l'industrialiser avec les chambres à gaz au Zyklon B et aux fours crématoires.


Le 14 avril 1954 le dernier dimanche d'avril était, par Loi (54 - 415) Président de la République René Coty, Président du conseil des ministres, Joseph Laniel, Ministre des finances et des affaires économiques Edgar Faure, Ministre des Anciens combattants et victimes de guerre, André Mutter consacré au souvenir, par une "Journée nationale des victimes et héros de la déportation

Aujourd'hui 29 avril à Alençon sous l'autorité de Mme Chantal Castelnot, Préfète de l'Orne était commémoré ce souvenir au Square des Déportés. Devant les autorités et un public fourni malgré le froid et le temps très maussade la cérémonie au square des déportés devant une trentaine de Porte Drapeau emmenés par M. Valliquet et M. Chantepie s'est déroulée avec recueillement et dignité. Une cinquantaine de personnes assistaient en outre à la cérémonie (mme Ozouf, le Lt Colonel Duprez, M. Bayard etc ). M. Hugues Cunégatti, de la Préfecture, a été un parfait maître de la cérémonie, pendant que le Lieutenant-Colonel Jérôme Thieulart, DMD de l'Orne, orchestrait la partie militaire.

Les Gerbes étaient déposées par la Représentante ornaise de ceux de Rawa Ruska (on se rappelle ce sinistre camp en relisant l'hommage à M. Geslain dans "Reportages/souvenirs" sur le site), puis la Présidente des déportés de l'Orne, puis de Mme Goyceta, représentante de la sénatrice , l'adjointe au Maire d'Alençon , Mme Douvry au nom du Conseil Départemental, M. Bertrand Deniaud, vice président du Conseil Régional de Normandie enfin et bien évidemment Mme Chantal Castelnot, Préfète de l'Orne. Les gerbes étaient présentées aux autorités par des élèves des écoles.


La Chorale "Résonance" du Mêle sur Sarthe annoncée par M. Hugues Cunégatti scandait musicalement cette cérémonie avec le « Chant des marais » (Die Moorsoldaten lied ou Börgermoor lied) chanté remarquablement en sourdine. Sous la direction souveraine de son chef de chorale Roland Mazurier, l'hymne européen aux déportés, puis l'hymne national la "Marseillaise" reprise par la foule étaient tous deux fort appréciés et bouleversants. La chorale comportait aujourd'hui une trentaine de membres. La Chorale recherche des voix notamment masculines 06 33 89 33 85. Elle comporte 51membres lorsqu'elle se produit au complet. Elle répète tous les jeudis soir à 20h30 à la salle inter-communale.


Le Chant des Marais ou chant des déportés devenu l'hymne européen des déportés a une histoire complexe. Il nait en 1933 dans le camp de concentration de Bögermoor en Basse Saxe. Dans ce camp sont regroupés des juifs (on pouvait être juif et communiste d'ailleurs) et des opposants au régime de Hitler. Essentiellement à cette époque ceux que cite le pasteur Niemöller, emprisonnés après les Lois scélérates du lendemain de l'incendie du Reichstag (27/28 février 1933). La composition du chant se veut collégiale mais on cite plus particulièrement, parmi les auteurs, un mineur Johann Eisser et l'acteur Wolgang Langhoff auquel se joint le compositeur Rudi Goguel (un visiteur commercial). Le protocole de travail du camp sous la coupe de la SA puis des SS impliquait de faire chanter les prisonniers lorsqu'ils se rendaient au travail (Lied macht frei?). Le « Börgemoor Lied » fut repris en choeur par près de 1000 prisonniers accompagnés des SA quelques jours après sa création le 27 août 1933 lors d'un évènement appelé le «Zirkus Konzentrani ». Le titre du chant se réfère à l'extraction servile de la tourbe par les déportés dans les marais qui environnent le camp.

Certains prisonniers politiques libérés et exilés firent connaitre ce chant en Angleterre puis dans les combats en Espagne et après la déclaration de la Guerre dans tous les camps de concentration. La version initiale a été révisée par Hanns Eisler collaborateur musical de Bertholt Brecht (auteur de nombreuses pièces de Théâtre : Maître Puntila et son valet Matti, l'Opéra de Quat'sous, Arturo Ui entre autres). Les paroles de ce chant sont traduites dans toutes les langues européennes et en hébreu. Ce morceau est repris dans les armes parachutistes et de la Légion Étrangère de nos jours. On retrouve sur l'adresse U-tube jointe le chant des Marais par la Chorale de la Garde républicaine lors du transfert au Panthéon des cendres du Couple de M.Antoine et Mme Simone Veil.

Après la cérémonie Mme La Préfète suivie des autorités qui avaient déposé les gerbes remerciaient les porte-drapeau. Pour la Légion d'honneur assistaient Mme Chantal Castelnot, le Président de la Section le Dr Pierre Petitbon, le Lieutenant colonel Thieulart (DMD), Le Lieutenant Colonel Patrice Joubert de Gendarmerie, adjoint au Colonel Pierre Baillargat, le Colonel Gantiez, Pour le Mérite National M. Mostefa Maachi, Directeur honoraire d'hôpital.
SMLH61

https://www.youtube.com/watch?v=UyViReIewSw

photos : Les autorités, Les porte drapeau, la chorale du Mêle sur Sarthe, Mme la Préfète déposant sa gerbe, la Représantante des déportés de l'Orne déposant sa gerbe.

Pour ceux que cela intéresse les paroles du Chant des Marais


Les PAROLES du CHANT des MARAIS

Loin vers l'infini s'étendent
De grands prés marécageux
Et là-bas nul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher.

II
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d'un grand désert.

III
Bruit des pas et bruit des armes
Sentinelles jours et nuits
Et du sang, et des cris, des larmes
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi. »

Dernier refrain
Ô terre enfin libre
Où nous pourrons revivre,
Aimer, aimer.


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