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Section de l'Orne

CONTÉ INVENTE le CRAYON MODERNE


Conté invente le crayon moderne (étymologiquement issu de « craie »° sur objurgations du CSP (Comité de Salut Public) notamment de Vauquelin inspecteur des mines (sans jeu de mot) et surtout de Lazare CARNOTLa petite histoire raconte qu'on met la pression, contraignant ce pauvre Conté, à inventer le substitut de la plombagine (graphite pur qui ne vient plus d‘Angleterre, en plein blocus) avec un ultimatum d'une semaine !!! En fait la demande est moins pressante et laisse le temps au scientifique. La requête de Vauquelin date du 28 vendémiaire An VIII (vers mars 1794), la découverte date du 27 octobre 1794. Sur les instances pressantes de ses amis, Conté dépose le brevet le 21 janvier 1795. Graphite (amphelite) et Argile, en proportions adéquates, chauffés à 1000° environ repose, en fine tige dans un lit de bois de cèdre.


Conté a vraisemblablement travaillé à partir de l'Amphélite (graphite) de la Ferrière Bechet (tout près de Sées). Le gisement affleurait au presbytère. Le crayon sera ultérieurement polycyclique (mi XIXème siècle innovation US) pour éviter qu'il ne roule sur les plans inclinés des pupitres d'élèves (et qu'ils soient plus confortablement tenus en mains). L'usine verra son gendre, son frère Louis et lui-même en prendre la direction. La constance du produit, fruit de 3 années de mise au point, est désormais confirmée. L'industrialisation et la commercialisation sont désormais possibles. La commission des travaux publics du CSP lui en a déjà commandé trois cent mille. La solarisation obligatoire envisagée par la Convention se met en place progressivement et ouvre des perspectives évidentes.


Le crayon avait des ancêtres. Depuis que l'Histoire avait commencé à Sumer il avait fallu écrire encore que l'on sait que des signes existent dans les grottes depuis que l'homo sapiens existe). Le poinçon pour le granit et l'ostracon, le calame pour le papyrus, le pinceau et la plume pour le parchemin. Enfin le papier, invention chinoise du 2ème siècle, soigneusement préservée et répandue après la prise de Samarkande au VIII ème siècle par la conquête islamique qui en fait le support de la propagation du Coran. Remontant par l'Espagne, cette innovation sera repoussée par Saint Benoit qui trouve qu'un « mélange de chiffons » est indigne de transcrire les textes sacrés de la Bible et des Évangiles. Le papier va appeler le crayon de « toutes ses fibres ».


Le monde romain connait l'ancêtre du crayon avec un mélange de plomb et d'étain (2/3 et 1/3) ce « crayon » aura la vie longue. Il n'est abandonné qu'au milieu du XIXème siècle. Mais c'est la découverte de la Plombalgine (Plumbago = sorte de plomb en anglais) dans une mine du Cumberland à Borrowdale en 1564 qui va offrir le bon support de l'écriture. On saura par le chimiste Karl Wilhelm Scheele en 1770 que la Plombagine est du graphite. Le nom de « graphite » de « graphein » en grec qui signifie écrire, lui est donné par le géologue allemand Abraham Gottlieb Werner. Le graphite pur, mou est taillé en petite tige et emmailloté de ficelle ou intégré dans un étui métallique enserré par deux clips de métal l'un en haut l'autre en bas. Il est aussi enserré parfois dans un gaine de bois ou enchâssé dans du cuir. Ce graphite s'use extrêmement rapidement et le crayon doit être renouvelé très souvent.


L'Angleterre isolée lors de la Révolution ne fournit plus sa Plombagine. Conté intervient dès lors. Il va donc mettre au point son mélange graphite/argile, le chauffer à 1000° et l'insérer en tige dans deux parties de bois de cèdre pour les beaux crayons (les fibres sont très homogènes, le bois très facile à travailler), le bois est de l'épicéa ou du tilleul pour la catégorie ordinaire. Comme souvent, les belles inventions pratiques sont dans l‘air du temps, ont un plusieurs pères et des ancêtres. En l'occurrence deux pères, Nicolas-Jacques Conté en France et Joseph Hardmuth en Autriche (porcelainier qui manie les fours et dont l'usine sera en Tchécoslovaquie). Toutefois le brevet de Conté est déposé en 1796, tandis que celui de Joseph Hardmuth l'est en 1802. Les brevets sont nationaux à l'époque. Ces deux hommes se sont vraisemblablement rencontrés.
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Leurs « grands pères » sont connus. Friedrich Staetdler en 1662 a fabriqué à Nuremberg des crayons avec du graphite très cher qui n'a pu se commercialiser avec succès. En 1760, encore en Allemagne, à Stein près de Nuremberg, Kaspar Faber fabrique des crayons en utilisant du graphite en poudre mélangé à des gommes, résines, colle et autres substances mais avec un succès mitigé. Ces noms nous parlent encore. Lothar Faber le petit-fils de Kaspar a fondé l'usine moderne Faber-Castell dans la première moitié du XIXème siècle. Il a amélioré les mélanges de façon à obtenir les duretés que nous connaissons aujourd'hui. Ses usines existent toujours et, se sont, comme toutes les sociétés qui fabriquent des crayons, diversifiées notamment dans le feutre. Elle est actuellement indépendante et une des plus grosses entreprises du monde dans ce domaine. Faber Castell est par ailleurs toujours leader dans la règle à calcul. Johann Sebastian Staedtler, descendant de Friedrich, fonde en 1835, une des plus grandes sociétés de production de crayons et de matériel de dessin. Elle siège toujours là où son ancêtre avait son atelier de menuisier, à Nuremberg, en Bavière. La Société Hardmuth existe toujours et ses crayons ont été peints en jaune par Franz le petit-fils de Joseph, pour évoquer l'Orient. Après une délocalisation en Chine le rapatriement européen a été effectué en 2015


Franz Hardmuth les appelle Koh I Noor ces crayons peints en jaune pour évoquer, selon Franz, le fameux diamant indien « Montagne de lumière » trouvé en Golconde (vraisemblablement). Ce diamant après bien des aventures, a été enlevé au dernier Rajah Sikh de 11 ans par la perfide Albion (on la retrouve toujours impériale après le rapt de la Pierre de Rosette 50 ans auparavant). Pour les deux cents cinquante ans de la Compagnie des Indes Orientales le Koh I Noor est offert à la Reine Victoria. Le Koh I Noor est sur la couronne impériale depuis 1936. Auparavant passant de 186 à 105 carats il avait été taillé pour en faire un diamant à l'éclat inégalé. Sur sa tiare royale (impériale !!!) il était entouré de 2000 autres diamants. L'Inde revendique en vain, périodiquement, le retour du Koh I Noor. Il existe en Iran (au musée du Golestan) un diamant rose de 182 carats le Daria I Noor (Mer de lumière) lui aussi trouvé en Golconde et enlevé aux Indiens par Nadir Shah en 1739. Le crayon Koh I Noor est considéré comme le meilleur du monde et à cet égard se permet d'être le plus cher.


Les Américains s'emparent du crayon au milieu du 19ème siècle. William Munroe, un autodidacte, produit les premiers crayons en 1812. Il utilise le cèdre pour envelopper, une mine avec un mélange secret (partagé et concocté avec son épouse) sans la chauffer. Le résultat est de médiocre qualité d'autant que l'Angleterre va vendre sur le marché américain ses crayons avec un mélange du graphite très pur bien connu de Borrowdale. Ebenezer Wood vers 1830 va donner la forme actuelle aux crayons en modernisant les techniques de fabrication et en définissant la forme octogonale actuelle. En 1858, les américains ajoutent la gomme à l'extrémité opposée de la mine. Leurs crayons sont peints en jaune pour rappeler le crayon Koh-I-Noor (pour 75% de la production). Ils ont tous une gomme. Le lien utube ci-après permet de suivre les étapes de la fabrication industrielle des crayons https://www.youtube.com/watch?v=bf1slX6_Z3M.


Dès 1795 Conté dispose rapidement d'une usine à Paris. Le crayon Conté est plébiscité à l'Exposition des produits de l'industrie française en 1798 et gagne la médaille d'or des Arts et métiers en 1800. La forme du crayon est une mine entourée de deux hémiovales en cèdre (cf photo). A sa mort en 1805, et même avant (à la mort de son frère Louis, en 1803), la société Conté est reprise par son gendre Humblot (fils de son grand ami Humblot) qui a épousé sa fille Hélène. La société prospèrera jusqu'en 1979 alors qu'elle est introduite en bourse. La Société Conté familiale puis à majorité familiale, est devenue anonyme (SA) en 1919. Elle s'est agrandie par le rachat de Gilbert qui fabrique et vend le fameux « Critérium » depuis 1939. Gilbert racheté devient Gilbert-Blanzy-Poure qui a fusionné avec Conté (Blanzy - Conté - Gilbert) en 1950. Conté sera vendue à Bic en 1979, entreprise fondée par un autodidacte, encore, en 1949. Bich (Bic pour le marketing) a racheté le principe et le brevet de la pointe bille à un Hongrois Lazlo Biro. Le modèle Cristal (le plus populaire, le plus simple, le plus connu, le moins cher) a été vendu à 100 milliards d'exemplaires. Le chiffre d'affaires de Bic, entreprise familiale à 40% (majoritaire), est de 2 milliards d'€ annuels. A l'heure actuelle, Conté toujours individualisé, au sein du consortium Bic, produit 750 000 crayons/jour et chaque crayon peut couvrir 5O km de trait. La dureté des mines permet de choisir le crayon le plus adapté à l'usage que l'on désire : très dur pour le dessin technique 5H au 5H ou extra dur 6H au 9H), tendre pour le dessin artistique (du 3B au 7B) et moyen pour l'usage courant(B – HB – 2B – F).


L'éventail des Crayons Conté s'est étendu aux crayons de couleur et au crayon bicolore « télévision » bleu et rouge chacun à une extrémité et d'un diamètre plus large que les crayons ordinaires. Le graphite vient de Madagascar, du Mexique (mine de Sonora au graphite pulvérulent très pur) et de Sibérie. Le bois utilisé aujourd'hui a dû laisser en paix le Cèdre menacé de disparition, pour favoriser le Cèdre à encens, espèce voisine du Thuya, dont la gestion raisonnée fait plaisir à notre ami Desclos (cf son article sur le bois) . Le crayon (crayon à papier 58% des dénominations utilisées), a conservé une utilisation qui ne semble pas encore contestée mais son avenir sera certainement moins serein. La digitalisation des supports qui se met en place implacablement contestera la place du crayon. L'école de Berd'huis récemment visitée par le Président de la République en est un exemple. A l'heure actuelle tout élève du primaire et du secondaire possède au moins un crayon dans sa trousse. Mais quel avenir est-il réservé à la tablette, concurrente déloyale du crayon?
SMLH61Photos: Crayon de Conté initial, Bloc de graphite pur (Harvard Museum), Cèdre à encens, étapes de fabrication, logo de Bic Conté.


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