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Section de l'Orne

Le 22 AOÛT 1914, LE DESTIN TRAGIQUE du14ème HUSSARDS, des 103 et 104èmes RI. Ce 22 août 1914 de l'ORNE à la BELGIQUE : ETHE, GOMERY et DINANT, Walleran LECLERC de HAUTECLOQUE, commandant provisoire du 14ème HUSSARDS et son fils Bernard, venus d'ALENCON ont une fin brutale, SYMBOLE de ce JOUR FATAL


Le 22 août 1914 le 14ème Hussards sous le commandement du Lieutenant-Colonel Walleran Leclerc de Hautecloque, chef de corps provisoire, parti d'Alençon, où se trouve son casernement transitant par Verdun, se retrouve à Ethe en Belgique. Le titulaire, le Colonel Raymond (blessé à la tête quelques jours plus tard sera évacué à l'hôpital de Malmedy puis fait prisonnier), a été appelé à l'État-Major du IVème Corps d'Armée (Général Boëlle). Le père Walleran et son fils Bernard Leclerc de Hautecloque, sous-lieutenant dans ce même 14ème hussards, meurent le 22 août. On connait les dernières paroles du chef de corps recueillies par ses hommes les maréchaux des logis de la Brunière et Duhault qui veulent le sauver et lui offrir leur monture, « Ce n'est pas la peine dit-il, je ne pourrais pas m'en servir, j'ai le bras cassé et une balle dans la cuisse». Ils lui proposent de le conduire à l'ambulance « Ne vous occupez pas de moi je suis un être sans valeur puisque je ne peux plus me battre » et avec un sourire « ils ne m'auront pourtant pas vivant, j'ai encore un bras valide et mon révolver est chargé. Vous, rejoignez votre régiment car l'ennemi est à deux pas. Ne vous occupez que de lui ». Il sera cité à l'Ordre du Jour N° 24 du IVème CA (Général Boëlle) « pour son admirable courage et pour son action qui a interdit toute pénétration là où se trouvait son régiment de Hussards ». Son corps sera inhumé bien plus tard par le lieutenant Pille du 124ème RI et sa tombe est à Ethe. Le petit fils de Jean Marie DANET, de Sées et du 14ème Hussards, rescapé du combat de Ethe, a effectué un travail de mémoire remarquable sur le 14ème hussards. La Guerre est déclarée avec les allemands depuis le 3 août. On a mobilisé de part et d'autre. La Loi Barthou, qui instaure le service universel en France de 3 ans depuis 1913, permet de lever une armée de 3 700 000 hommes, l'Allemagne en dispose d'autant. Pourtant la France compte moins de 40 000 000 d'habitants l'Allemagne plus de 60. La démographie de la France inversement à celle de l'Allemagne comporte pour de multiples raisons une large portion de « vieux ».


L'Allemagne a envahi la Belgique foulant aux pieds sa neutralité. Le but stratégique de l'Allemagne est de foncer, dans ce Plan Schlieffen, Moltke élaboré de 1905 à 1914, par le Nord à travers la Belgique avec ou sans son autorisation vers Paris et de conclure rapidement par une victoire éclair sur le front ouest pour se retourner sur le front Est (ou peu de troupes sont concentrées initialement) contre la Russie. La France imagine que l'Allemagne va résister à son attaque principale de l'Alsace-Lorraine. Elle a expédié, à la demande du Roi Albert 1er, des troupes pour contrer la supposée aile gauche de l'armée allemande, qui envahit la Belgique. Ce sera la bataille « des ARDENNES » pour les français et de « LONGWY NEUFCHÂTEAU » pour les allemands. La France et l'Angleterre sont garantes de son indépendance depuis le traité de Londres de 1831 (qui a vu la naissance de cette jeune nation par séparation des Pays-Bas). L'erreur de l'Etat-Major et de son chef le Général d'Armée Joffre (basé dans l'Aisne à Château Thierry très loin de la Belgique) mal renseigné, mal informé ou avec des délais énormes pour réagir en temps réel, est excusable (la région d'Ethe ce 22 août est recouverte d'un épais brouillard qui se lèvera en fin de matinée) il ne sait pas qu'en Belgique attaque le gros des troupes allemandes.

Pour ne parler que du Corps d'Armées qui comporte des ornais, le 4ème corps d'armée est opposé à l'armée allemande du prince Impérial, et sa 7ème division supporteront de front l'attaque d'un ennemi supérieur en nombre et en armes (artillerie notamment). L'armée française appelée en renfort par la Belgique du roi Albert 1er pour une manoeuvre apparemment de diversion sur une aile se heurte donc au gros des troupes allemandes dans le cadre de ce fameux Plan Schlieffen.

Les 22, 23 et 24 août 1914, plus de 5.000 citoyennes et citoyens belges, sans armes, ont été massacrés par des unités régulières de l'armée allemande. Leurs maisons ont eté pillées et incendées. Huit villes, 83 bourgs et villages du Luxembourg belge ont été dévastées dans ce qui sembla être un acceès de furie et de vengeance contre les supposés franc-tireurs. Ces massacres de civils, qui feront quelque 6.500 morts sur l'ensemble du royaume, créent une «peur terrible» en Belgique, explique Sophie Soukias, chercheuse au Centre d'études Guerre et Civilisations contemporaines à Bruxelles. L'excuse allemande est stéréotypée il y‘a partout de « francs-tireurs » y compris et surtout dans les bâtiments protégés par une « Croix Rouge ».


Mais contrairement aux certitudes allemandes préconçues les troupes belges résistent. Namur « centre » et Liège« est » places fortes devront être pilonnées par l'artillerie allemande pendant plusieurs jours. Le Roi Albert 1er a demandé l'aide de la France dès le 4 août date du franchissement de ses frontières par les troupes du Kaiser. Cette confrontation franco-belge contre les allemands va provoquer des ravages. Le 15 août un jeune officier français est blessé (éclats d'obus avec fracture de jambe) il s'appelle Charles de Gaulle, il est lieutenant au 33ème RI d'Arras. Il sera blessé à deux autres reprises laissé pour mort à Douaumont où il est fait prisonnier le 3 mars 1916. Il est porté disparu. Le Général Pétain son mentor et son chef lui octroie une magnifique citation améliorée par ses soins. II est pour la joie de tous reonnu vivant deux mois plus tard. Il passera le reste de la guerre prisonnier. Malgré plusieurs tentatives d'évasion (5) et de multiples forteresses, il ne retrouvera ses trois frères (Pierre, Jacques et Xavier) tous vivants, après avoir combattu durant toute la durée de la guerre, qu'à sa libération en 1918.


Le 22 août sera la journée la plus meurtrière de l'histoire militaire française 27 000 morts dont plus de 700 ornais des 103 (Alençon, Paris essentiellement), 104 èmes RI (Paris Argentan) et du 14ème Hussards, le 26RA (artillerie, essentiellement caennais comporte quelques ornais). En 1956 une plaque des anciens combattants de Domfront, Alençon, Sées, Flers et Mortagne est posée à Ethe, à la mémoire de ces ornais morts au champ d'honneur. Plus de 3500 hommes de troupes sous-officiers et officiers tomberont à Ethe. 24 000 dans les environs. Le cimetière français de Rossignol comporte près de 2500 tombes de soldats français inconnus (7000 morts français parmi lesquels Ernest Psichari, petit fils d'Ernest Renan, patriote et de l'armée coloniale qui perd plus de 60% de ses effectifs, ). Le Dr Chon du 4ème escadron du 14ème hussards constate que 70 soldats français ont été exécutés par un sous-lieutenant allemand qui achève dans l'amoncellement les survivants. Il demande au Dr Chon de lui désigner les rescapés. Le médecin refuse énergiquement. Un officier allemand survient qui permet au Dr Chon de prélever les survivants parmi lesquels il reconnait certains de ses infirmiers et brancardiers. Les Allemands trient les blessé légers des graves mais éloignent le médecin et les infirmiers de ceux-ci. Le Médecin Major de la 7ème division le Docteur Jules Simonin, en selle sur sa jument Irène a été blessé au genou. Replié dans le poste de secours du Château de Gomery. Le commandement militaire est repris par le Médecin Major Legrand


Le 23 au matin les troupes valides tentent de quitter le village. Les blessés, médecins, infirmiers, brancardiers et civils belges qui ont assisté les blessés seront fusillés. Un prêtre de Ethe dénudé, flagellé sera requis avec des infirmiers et brancardiers pour enterrer les très nombreux cadavres. Ils seront fusillés après avoir exécuté leur mission macabre. Ces exactions et d'autres sont rapportées par le Docteur Sedillot ou par le capitaine Kelle du 104ème et retranscrites dans le carnet de route du Cdt Grasset (Berger Levrault) sur les crimes de Ethe et Gomery. Le capitaine Privat du 104ème RI est blessé en plusieurs endroits, le lieutenant Jeanin amputé d'un pied devra s'enfuir, après son amputation sans anesthésie (supportée stoïquement ). Il échappera aux massacres en courant, dans les champs, sur son moignon. Il mourra quelques heures plus tard. Le 23 au matin le 47ème régiment de Basse Silésie va abattre à Gomery le Dr Vayssières, le médecin auxiliaire Grimbert, blesser le Dr Sédillot mis en joue par un revolver (français suspendu par un cordon au cou du lieutenant allemand tireur) et qui arrive a le détourner et au lieu de la tête c'est l'épaule qui reçoit la balle. Le Médecin Bourgis parvient à s'enfuir. Les soudards hurlent de joie et abattent les blessés et infirmiers comme au tir aux pigeons avec force rires et chantant à tue tête le « Deutschland Uber alles ». Le feu est mis au château de Gomery, Sédillot et Jeanin s'enfuient ils retrouvent le capitaine Privat et le Dr Charrette. Ils seront plus tard les narrateurs de ces faits atroces.


Le Dr Joyeux médecin major de 2ème classe, le Dr Besnard médecin aide major du 104ème et le médecin auxiliaire Duchamp de Geneslé du 103ème vont soigner à Ethe les blessés. Ils les transfèrent dans un café, à la mairie, à la gare et dans les maisons épargnées par les flammes. 400 blessés sont installés parmi lesquels une cinquantaine d'Allemands. Les allemands victorieux ont mis 150 français contre un mur et veulent y conduire les médecins. Un Officier supérieur allemand s'y oppose. Il sont emmenés les yeux bandés vers Virton proche. Ce village pris par les Allemands, qui ont enlevé le drapeau belge du clocher et avancé l'horloge d'une heure, sera repris le 22 août par les Français reçus dans une liesse indescrptible par les belges, avant de passer définivement sous possession brutale et criminelle allemande. Les blessés plus de 150 sont extraits avec infirmiers et brancardiers (sauf dix infirmiers) puis exécutés. Les exécutions se multiplient notamment parmi les bénévoles belges de la Croix-Rouge. Le Dr Besnard va être fusillé, il montre son livret militaire ce qui lui sauve la vie mais pas celle des blessés, brancardiers et infirmiers (sauf 4) au nombre de 80 qui seront fusillés.


Des femmes d'Ethe sont parquées pour être fusillées par 50 soldats français requis. Tous refusent. Ils sont fusillés. Ces crimes qui semblent être une décision isolée ne le sont pas. Il s'agit bien d' une théorie de guerre de la nation et de son État-Major. A Arlon le 25 août à la terrasse d'un café le Lieutenant-Colonel Von Tesmar donne l'ordre d'évacuer 108 Belges sur Trêves puis il se ravise « c'est beaucoup de d'embarras pour cette canaille, qu'on fusille cette canaille ». Le Général Commandant le XVIème corps d'armée « On ne doit faire aucun anglais prisonnier, il faut les tuer tous. Pour des raisons politiques les soldats hindous doivent être traités avec grands égards et les plus grands ménagements ». Un ordre du Général Von Lochow commandant le 111ème corps d'armée : « après la réussite de l'attaque, l'ennemi doit être vigoureusement poursuivi jusqu'à complète extermination. Une troupe qui fait des prisonniers s'encombre ». L'ordre du Général Stenger est équivalent « massacrez les tous ». Outre Rhin dans la presse on pouvait lire la prescription d'Hindenbourg « Une fois envahi par ses troupes, 10 ans ne suffiraient pas à un pays pour se relever ». Les théoriciens allemands de la guerre du XIXème siècle (et auparavant) ont toujours proclamé « l'on ne saurait introduire dans la philosophie de la guerre un principe de modération sans commettre une absurdité ». Ils ajoutent « le respect du droit des gens ne devra jamais paralyser l'action militaire en lui imposant des entraves »>. Tout cela est en faveur de la responsabilité d'une nation toute entière dans la réalisation de ces crimes de guerre. On sait que ce sont les 58 et 47 régiments de Basse Silésie et le 50ème régiment d'infanterie qui à Ethe sont responsables des crimes. On trouvera 7000 morts français dont plus de 2500 inconnus, dans le village voisin de ROSSIGNOLau nom charmant, à l'histoire sinistre. Nous devons une reconnaissance éternelle au Roi Albert 1er et à son pays la Belgique petit par la superficie mais grand dans l'honneur.


Le 103 ème RI (régiment d'infanterie) : Le 2 août 1914, le 103e R. I. (colonel CALLY), constitué de solides Normands et de Parisiens alertes est mobilisé à Paris et Alençon. Il part aux frontières avec la foi joyeuse, le plus bel esprit de sacrifice et l'ardente volonté de vaincre. Il débarque et se rassemble dans la région de Verdun (8-9 août 1914). Le premier choc avec l'ennemi est rude. Le 22 août à ETHE le 103éme RI se heurte à un ennemi très supérieur en nombre et aidé d'une artillerie puissante. Toutes les unités sont engagées, une lutte féroce s'engage toute la journée. Tous les officiers en première ligne sont tombés pantalon garance au vent. Les pertes sont sévères mais les survivants sont restés maîtres du terrain. Ils se retirent le soir épuisés, écrasés. L'ennemi craint de les poursuivre devant tant de vaillance qui ne leur dit rien de bon. Les Allemands eux aussi sont mal informés sur les positions et les forces françaises qu'ils ont en face. 60% des forces du 103ème sont hors de combat. Le Régiment se reforme à Charencey-Vezin et couvre la retraite à Marville. Il subit le 25 août sans défaillance bombardements et attaques sans cesse renouvelées (3ème bataillon au cimetière de Malville). Puis sur ordre de Joffre qui prépare le repli défensif de la Marne, les « restes » du régiment se rendent à Ste Ménehould pour se replier sur Paris. Gallieni embarquera le 10ème dans ses fameux « taxis de la Marne ». La Bataille de l'OURCQ sera gagnée. Les Allemands n'atteignent pas Paris. Il sont en France et disposent avec le Nord du charbon et du fer qui s'ajoutent à ceux de Lorraine dont ils étaient déjà propriétaires depuis 1870. Le 103ème en 1914 perdra à Ethe 19 officiers, 430 soldats et au total jusqu'à la fin de l'année 46 officiers et 2471 tués. Le 103ème sera dès lors un maillon de ces tranchées qui couvriront le terrain de la mer du Nord à la frontière de Suisse. La course à la mer sera gagnée par les Alliés en décembre 1914.


Le 104ème RI (Régiment d'Infanterie) le 6 août 1914
D'Argentan, le 6 aout 1914, et de Paris, deux jours après, les bataillons du 104e R.I. partent en chemin de fer dans l'enthousiasme inoubliable qui agite la France entière. Le régiment, sous les ordres du Colonel Drouot, son adjoint est le Lieutenant Colonel Rochefrette débarque à Verdun. Le 9, il fait étape à Bras et Belleville le 10, il est à Maucourt le 11, à Grémilly, sur les Jumelles d'Ornes, où les hommes creusent les premières tranchées le 12, à Gincrey le 14, à Haut-Fourneau le 17, à Romagnes-sous-les-Côtes le 18, à Dombras et Grand-Failly le 19, il est chargé de défendre la zone située entre Grand-Failly et Rupt-sur-Othain le 21, il se met en marche vers la Belgique. Le moment approche où il va pouvoir se mesurer avec l'ennemi.


Le 22 août le 103ème quitte Ruette le matin tôt. La bataille d'Ethe va s'engager. La brume est là qui gêne la vision du champ de bataille. Ethe se situe dans une zone forestière. Le combat sera très violent. Mais l'action de ce régiment sera véritablement héroïque au niveau tactique de terrain. Les bataillons se protègent mutuellement, les sections contrôlent les ailes. Mais à des canons de 75 s'oppose une artillerie lourde, aux mitrailleuses françaises répliquent des obus qui tuent les servants et détruisent le matériel. La retraite peut démarrer en bon ordre elle s'achèvera par les batailles de l'Ourcq et de la Marne. Le capitaine Tourte, commandant le 3ème bataillon du 14ème hussards dans une charge libératrice va dégager la 3ème compagnie du lieutenant Moreton du 104ème RI 3ème bataillon, de recueillir du même 104ème RI, les 9ème, Capitaine Tourte, et 12 ème, Capitaine Vinter, compagnies déployées sur le talus du chemin de fer et de la ramener sous protection dans Ethe.


Le reste du 3e bataillon, rallié par le capitaine Peltier de la 10ème compagnie, après la blessure du capitaine Tourte, essaye, par la manoeuvre, de protéger la sortie sud du village et le pont sur la Tonne. Le capitaine Peltier suit le lit du ruisseau pour se porter sur un mamelon situé à cinq cents mètres au sud-ouest d'Ethe. Mais, à deux reprises, il est cloué au sol par un feu nourri de mitrailleuses partant des crêtes nord du village. L'infanterie allemande contourne le mamelon et menace notre ligne de retraite. Cependant les braves défenseurs du 103ème RI, 8ème bataillon interdisent les lisières d'Ethe. Les officiers ne peuvent cependant pas regrouper les isolés qui, traversant la route de Gomery à Ethe. Ils se replient dans la soirée, par les bois se trouvant à l'est de la route au nord de Gomery. Les mitrailleuses du Lieutenant Poigny tiennent les allemands à distance mais l'artillerie allemande tuera les servants et détruira le matériel. L'artillerie allemande prend à partie cette section, dont l'une des pièces est brisée par un obus qui tue tous les servants. La nuit tombe. Si les allemands ont réussi à contourner Ethe à droite et à gauche, les défenseurs du village résistent toujours stoïquement. Le général de brigade Felineau, qui commande la 14ème brigade (103 et 104èmes RI) sur la grand'place, encourage la résistance. Vains efforts ! Ethe, assailli par un déluge de projectiles, doit être abandonné. Les combats du 22 août ont été aussi meurtriers en officiers, sous-officiers et hommes de troupe que pour le 103ème environ 2500 officiers, sous-officiers et hommes de troupes.


Que s'est il passé en août 1914? Joffre est dans l'Aisne à Château Thierry. Il préconise « l'offensive à outrance ». Les ordres du jour en faveur de cette doctrine pleuvent comme les obus sur l'armée française. « Le Lieutenant-colonel, Commandant provisoirement le Régiment, est heureux de porter à la connaissance du 14ème Hussards la brillante conduite du Hussard Delaval, blessé d'un coup de feu à l'épaule et qui a eu l'honneur d'être le premier du Régiment à verser son sang pour la Patrie pendant la campagne de 1914. Le Lieutenant-colonel Commandant provisoirement le Régiment, Signé : De HAUTECLOCQUE.

Le Plan Schlieffen réactualisé par Moltke prévoit une attaque frontale par la Belgique. La IIIème Armée, Général Ruffey (du 3 au 30 août) son 4ème CA (Général Boelle), sa 7ème Division (Général de Trentinian jusqu'à fin septembre), les 13 et 14èmes (Général Félineau) brigades avec leurs 101, 102, 103, 104, 14ème Hussards, le 26 RA et le 1er Génie sont sur le front belge supportent cette force supérieure en tous les points, nombre et équipement notamment en artillerie lourde. La IVème armée avec le Général de Lanrezac plus au sud fait ce même constat. La conjonction et regroupement des forces françaises sera impossible pour de multiples raisons.Les officiers supérieurs feront preuve de courage mais certains semblent dépassés. Le Général Raffenel chef du Corps colonial verra ses troupes décimées (60% de pertes on le répète). Il perdra la raison et sera retrouvé loin des locaux de son Etat-Major avec une balle dans la tête. Suicide ? Le Général de Trentinian (Commandant la 7ème brigade de la 4ème armée) sera l'objet d'une « révocation » pour avoir été séparé de ses troupes laissées sans instructions et qui ont souffert. Il fera partie ultérieurement des troupes de Galliéni expédiées en Taxi sur la Marne. Il participera à la victoire de la Marne. Il sera réhabilité par Galliéni (en étant élevé au grade de Grand Croix de la Légion d'honneur) au fait des évènements et qui ne se laisse pas convaincre par les rumeurs.


Le retard infligé aux Allemands dans la zone du Luxembourg belge est capital pour la suite. Ce village, Ethe, et ceux des environs Rossignol par exemple, Latour, Gomery, ont été le siège, de combats féroces et de massacres par les Allemands de troupes non combattantes – brancardiers infirmiers médecins - de civils et de blessés on le rappelle. Dans les villages avoisinant, du Luxembourg belge de Dinant (647 civils exécutés par la « furie teutonne »), Latour, Rossignol encore (700 morts dans ce seul village) permet donc à la France de perdre certes la « bataille des frontières » puisque dorénavant toute la guerre se déroulera en territoire français. Le front de 600 kms est rompu en faveur des allemands. Mais ce retard décisif permet de se replier en bon ordre et d'arrêter 3 semaines plus tard l'avancée allemande à la bataille de l'Ourcq. L'avancée allemande en territoire français s'effectuera en hernie mais sans déchirure.


La bataille de la Marne stabilisera le front, fera creuser les tranchées, conduira aux batailles de Verdun et de la Somme meurtrières et dévastatrices avant que la reconquête ne démarre en août 1918 (le 8) avec l'offensive de la Bataille d'Amiens menée dans le premier des" cent jours" de la reconquête par les anglo canadiens et australiens associés aux Français au sud. 30 000 morts ce jour chez les allemands "le jour noir de l'armée allemande" selon Ludendorff. Les anglais viennent de nous le rappeler avec la cérémonie du souvenir sous la haute autorité du Prince William. Ils ont le droit de le faire puisque pour eux-mêmes anglais, si le 11 novembre 1918 n'est qu'un armistice, ils n'ont pas perdu la première manche de la guerre suivante seulement un des premiers rounds. Le film récent « Dunkerque » le rappelle de façon réaliste. La Mémoire se construit sans discontinuer il s'agit d'un principe physiologique qui ne doit rien à Lyssenko qui semble être un grand triomphateur de sa remise au goût du jour. La France en 1914 aura su réagir avec vigueur sur une erreur d'appréciation initiale dont les motifs sont complexes. Elle aura su réagir rapidement et sauver le pays. Il en sera de même pour l'organisation sanitaire. Le Médecin inspecteur Delorme, conscience de la médecine militaire de l'époque, s'était lourdement trompé sur les causes envisagées des blessures. Il saura lui aussi pour le système sanitaire militaire français réagir avec une extrême rapidité. Le médecin Inspecteur Jules Simonin, médecin de la 7ème division n'était pas disponible sur le terrain. Il a été blessé. Son successeur,le Docteur Legrand, saura rétablir tant bien que mal une situation difficile (barbarie, train sanitaire bloqué par les combats, dispersion des forces militaires en retraite).


On sait que l'appui anglais initial puis américain compensera, après la paix de Brest-Litovsk (3 mars 1918), succédant à la révolution russe, le déficit démographique français face aux Allemands et à l'Empire austro-hongrois. Les troupes allemandes sont rappatriées en masse vers le front ouest. Ce traité rompra cependant les liens entre la Pologne et l'Empire austro hongrois et modifiera les idées d'un homme que l'Orne connait bien un officier polonais du nom de Stanislaw MACZECK qui combattait avec les empires centraux (avec l'Autriche Hongrie). On connait la suite de l'existence de cet homme au parcours exceptionnel. L'Etat français et l'Etat polonais, le département de l'Orne, commémorent sa mémoire à Montormel chaque année fin août ( www.smlh61.fr reportages/figures de proue). Nous témoignerons notre estime, notre attachement et notre admiration ce 25 août par un dépôt de gerbe au monument de la1ère division blindée polonaise et un témoignage exceptionnel devant le buste du Général. Il est élevé au rang de commandeur de la Légion d'honneur par décret spécial du Général de Gaulle en date du 3 février 1945.


La Belgique pays ami, qui supporte depuis bien longtemps nos histoires belges a prouvé qu'il avait de l'honneur, de la fierté et le sens du sacrifice. Sa liesse que le peuple belge manifestait lorsqu'il recevait à Ethe, Rossignol, Latour, Gomery, le 22 août l'armée française, qui accourait à leur appel, est une attitude que nous ne devrons jamais oublier. Ce peuple mérite pour les massacres consécutifs à son amour de son pays et de la France à Dinant, Namur, Liège, Ethé, Gomery, Latour, Rossignol, toute notre compassion, notre estime et notre admiration. Il n'existe pas assez de statues d'Albert Ier dans notre pays.


SMLH61


Sources sommaires :
Le carnet de route du Commandant Grasset (Berger Levrault) fourni par les archives d'Argentan (Mme Murielle Vivier)
De Verdun à Mannheim, ETHE, 22, 23, 24 août, Médecin Inspecteur Jules Simonin, editions, Pierre VITET
« Les Murs de Dinant » Interview de André Dartevelle réalisateur
« Cent Ans d'Oubli », Olivier Favier
« L'Historique du 101ème Régiment d'infanterie » Edition du Progrès A Felix, Sartrouville
Du même éditeur « l'Historique du 104ème Régiment d'infanterie »
« Historique sommaire du 14ème Régiment de Hussards » Campagne de 1914 -1915 – 1916 – 1917 – 1918 Ed Henri Charles Lavauzelle
Travail de DANET sur son Grand père « Extrait de mon journal Sagien » Jean Marie DANET, rescapé de ETHE.

PHOTOS La plaque commémorative à ETHE posée en 1956 par les ornais, La stèle en mémoire du IVème corps d'armée et ses composants, Le monument aux troupes française de Belgique de la Zone de ETHE, photo Sagienne : le 14 ème Hussards à la gauche au premier Jean Marie Danet rescapé, avec veste noire au premier rang le Lieutenant-Colonel Walleran Leclerc de Hautecloque (son fils est derrière lui), à la droite le Colonel Raymond, veste blanche, Portrait de Walleran et de son fils Bernard.


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