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Section de l'Orne

RENCONTRE FORTUITE ET INOUBLIABLE, DES SABLES de l'ARABIE au PERCHE ORNAIS


« Le Perche, c'est là, qu'il faut vivre!!

Le Perche ??? C'est où ?? ».

Nous étions alors dans notre résidence de Jeddah (Arabie Saoudite) où mon mari avait été nommé en qualité de Consul Général de France. Nous avions, eu égard au métier de diplomate de mon époux, beaucoup voyagé, soit en poste, soit pour des loisirs : Arabie, Yémen,Turquie, Pakistan, Tunisie, Irak, Grèce, Espagne, Inde, Egypte. etc.. La liste est trop longue ! A ma grande honte, je ne connaissais pas le Perche. Comment peut-on ne pas connaître le Perche ? Une explication, des cartes et des photos eurent raison de mon ignorance coupable.


Ce que je vis me parut charmant– paysages verdoyants, architecture authentique, chevaux racés dont le fameux Percheron– et me fit envisager prudemment ce dont mon mari rêvait : une maison en province. Je suis parisienne de naissance, de père parisien et j'aime ma ville sans restriction. Après toutes ces années passées à l'étranger j'avais juste hâte de retrouver le bruit et la pollution . Imaginez une vie en province !!!! Mon tendre époux tissait ses filets. Une fois admis que le pays me semblait tout à fait agréable et que « ce n'était pas trop (sic) loin de Paris », il me porta le coup fatal en me montrant les demeures qu'il avait sélectionnées à Mortagne-au-Perche


« Prends l'avion le plus rapidement possible et vois si une résidence pourrait nous convenir » .

Me voila sur la place centrale de Mortagne en train de siroter un verre de cidre bien frais. J'avais visité plusieurs charmantes maisons qui auraient pu convenir mais, mais... un je ne sais quoi me retenais. En outre, je n'étais pas mécontente de me dire que j'avais fait mon possible mais que... Je prévins ma tendre moitié que les visites n'étaient pas convaincantes. Le ton déçu de sa voix m'émut et je décidai de tenter de dénicher une autre agence immobilière, chose faite rapidement.

Déception du responsable immobilier qui n'avait rien à me proposer qui puisse correspondre à notre demande à Mortagne. Il en avait une à me proposer à Sées qui était faite pour moi (discours de vendeur, me dis-je). Sées, pas plus que le Perche, précédemment n'éveillait quelque chose en moi (ce qui prouve que je ne suis pas cruciverbiste comme mon père qui me crucifia net pour mon inculture coupable). Sées cité épiscopale se situe à 28 kms de Mortagne-au-Perche. et le propriétaire et son épouse consultés nous attendaient. Comment refuser ?


Dès le portail franchi, l'architecture sobre et fière répondit à mon souhait pour la simplicité et l'élégance sans excès mon goût. L'hôtel particulier, inondé de soleil, le propriétaire à l'ombre de la petite orangerie que jouxte un arbre plus que bicentenaire, les roses odorantes, cet air de paix et bien-être me ravirent tout de suite. Les propriétaires étaient antiquaires et une partie de l'hôtel était dédié à cette activité. On me fit visiter avec cordialité.


L'hôtel, devenu bien de l'évêché avait servi, au fil des ans, de maison diocésaine, de pension pour jeunes filles, de résidence pour un gradé allemand pendant la seconde guerre mondiale, de bureaux et quand je le visitais d'habitation familiale, de magasin d'antiquités, d'atelier et de bureau, Il ne subsistait que peu de chose d'origine à l'intérieur, si ce n'est une magnifique enfilade au rez-de chaussée, un escalier à spirale majestueux et pourtant aérien, des hauts plafonds, des fenêtres donnant lumière et majesté au lieu et du parquet « Versailles » dans la chambre de maître. Les propriétaires du lieu avaient effectué des travaux très appréciables pour la mise aux normes électrique, une chaudière, le renouvellement des sols et la peinture extérieure, etc.


En un mot, je fus séduite et m'imaginais déjà dans ces lieux. Mon mari fut surpris de mon revirement et de mon enthousiasme démesuré pour cet hôtel particulier, mais accepta avec joie de l'acquérir. Même si le propriétaire précédent avait déjà effectué des travaux agréables, je me lançais dans le réagencement et la décoration avec l'enthousiasme de l'amateur. Mon mari toujours en poste à l'étranger, je me retrouvai seule dans cette maison, sans jamais souffrir de cette solitude passagère. Mon mari à son retour apprécia lui aussi la qualité de vie de cet hôtel particulier.


Nous ne possédions qu'une seule photographie ancienne de l'hôtel sur laquelle était inscrit « Hôtel Delamare ancien hôtel Le Veneur », Une visite au château de Carrouges nous permit de faire le lien avec la famille Le Veneur comte de Carrouges. Les Le Veneur avaient de nombreuses propriétés dans la région et l'hôtel de Sées n'est pas spécialement mentionné. Grâce à un travail très interessant de la Société historique et archéologique de l'Orne, on y apprend que le Comte Le Veneur de Tillièes fut tout d'abord officier d'Ancien Régime, Entré à 17 ans dans la carrière militaire, il fit sa carrière dans l'infanterie,Il fut successivement, lieutenant, colonnel et enfin général le 9 mars 1788 en même temps que Dumouriez et Kellermann. [1]

Le 10 août 1792, après avoir suivi La Fayette dans la désertion, Le Veneur décide de servir la République qui a remplacé la Royauté pour sauver sa patrie et devient officier de la Révolution : siège de Maastricht (là même, où le 25 juin 1673, mourut d'en coup de fusil fatal le 25 juin 1673, le capitaine des mousquetaires d'Artagnan dont on ne retrouva jamais le corps), démêlés avec la hiérarchie jusqu'au Ministre de La Guerre, il est suspendu le 25 juillet 1793 et arrêté le 1er Août 1793. Libéré grâce à l'intervention de son épouse, vraisemblablement du futur Général Lazare Hoche, ancien aide de camp de Leveneur, (qui est son oncle de lait et son mentor), des autorités locales de Carrouges et d'Alençon le 13 septembre 1794.


Suspendu et sans affectation, il va être, à sa demande, relevé par le Comité de Salut Public de sa suspension le 8 mai 1795. Comte d'Empire (1810), Officier de la légion d'honneur (directement élevé à ce grade par l'Empereur en 1811), il fut également député sous Louis XVIII. Son nom figure sous la voûte de l'arc de Triomphe à Paris. [2]

Il fit cadeau à sa fille de l'hôtel particulier de Sées où il y avait une bibliothèque moins importante certes qu'à Carrouges, mais de bonne tenue. Des textes en attestent comme ils attestent aussi de la vie culturelle riche de cette famille qui s'adonnait volontiers au théâtre, à la poésie et à la musique. Si Alexis Le Veneur comte de Tillières mourut à Carrouges, son épouse Henriette Charlotte de Verdelin mourut à Sées. Les lieux chargés d'histoire ont une âme et l'hôtel Le Veneur en a une que j'ai ressentie dès l'abord.

Nous sommes heureux, d'avoir perpétué les habitudes de cette famille, mon mari et moi-même, bien modestement, et sans le savoir, en privilégiant les bibliothèques où enfants et petits- enfants viennent fouiller en s'émerveillant, en installant un atelier servant pour la peinture et les répétitions de théâtre avec nos petits-enfants, Merci à vous les Le Veneur pour ce plaisir partagé dans ce lieu d'exception.


Muriel Maraut
[1]) Carrouges et la famille Le Veneur, tome CXXIV- 4ème trimestre, décembre 2005
[2]) Pour plus de d'informations, cf. article du Dr Pierre Petitbon, « Carrouges, famille Le Veneur de Tellières » in le site électronique de la SMLH61,


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