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Section de l'Orne

Le Général de Division de Gendarmerie (2s) Léon NIVLET, « L'exemple d'un père et les échelons militaires gravis»


Le 22 août 1962 le Capitaine de Gendarmerie (Garde Mobiles) Léon Nivlet basé à Verdun est mis en branle-bas avec toute la Gendarmerie de la Région de Metz. Que s'est – il passé ? L'opération « Charlotte Corday » a échoué en effet mais rien ne dit que ceux qui « tirent comme des cochons » n'ont pas baissé les bras. Certes l'attentat « OAS » du Petit Clamart a été mal monté et mal exécuté. Pourquoi n'auraient-ils pas un second plan près du domicile de campagne de leur cible initiale, le Chef de l'Etat, fondateur de la Vème République ? Léon Nivlet, capitaine, commandant l'escadron de gendarmerie mobile de Verdun et ceux de la Légion militaire de Metz doivent boucler les accès à un petit village qu'il doivent protéger les armes à la main. Ils vont donner un coup de main à leur collègue Francis Marroux qui a fait preuve de présence d'esprit, de détermination et d'adresse. Malgré tout quand ils le croiseront ils constateront que ce valeureux militaire est un peu secoué. Il a eu la chance de disposer à ses côtés d'un officier général de cran et de sens de l'autorité. Il a bien protégé sa belle-famille. Le Général Alain de Boissieu, gendre et aide de camp, en ordonnant à son beau père et belle mère « couchez-vous » leur a sauvé la vie. Les balles sont passées juste au-dessus (17 impacts sur la voiture, pneus inclus, le pare-brise arrière cassé), deux pneus avant crevés. La voiture quoique blessée amènera à bon "aéroport", à Villacoublay, tout le monde pour prendre place dans un avion qui débarquera à St Dizier, le Général et son entourage. Une voiture les attend potégée et escortée par les gendarmes. Le conducteur est toujours Francis Marroux il les déposera à la Boisserie, à Colombey les deux églises.


Léon Nivlet de retour récent (un mois) d'Algérie, avait été mobilisé dans cette période de crise. Le Général de Gaulle vient d'échapper à l'attentat de Bastien Thiry au Petit Clamart. Son chauffeur, le gendarme Francis Marroux, ancien résistant, membre du réseau du Colonel Pol Dupuy en Dordogne, suit son chef de réseau devenu responsable de la sécurité de l'Elysée. Le colonel a proposé à ce gendarme, qu'il connait, de devenir le chauffeur du Président. Francis Marroux a la chance de conduire une DS voiture que le général de Gaulle apprécie et a choisi car c'est un fleuron confortable révolutionnaire, de l'industrie automobile française. L'attentat de Pont sur Seine 8 septembre 1961 et du Petit Clamart feront la légende à la fois du véhicule et du chauffeur (Au Petit Clamart, Francis Marroux, rétrograde et accélère sur une voiture qui quoique sur deux pneus restés intacts reste en équilibre grâce à sa suspension hydropneumatique). Francis Marroux deviendra Officier honoraire, décoré de la Légion d'honneur et de l'Ordre National du Mérite. Il suivra le Général jusqu'à sa mort et Madame de Gaulle jusqu'à son entrée en maison de retraite. Le gendarme ne dira jamais un mot de sa période d'activité ou postérieure à celle-ci.


Revenons à notre sociétaire ornais, admis dans la Gendarmerie Nationale avec rang de capitaine le 02 04 1962, après une période en AEF et deux périodes en Algérie, Léon Nivlet est donc basé à Verdun proche de Colombey les deux Eglises. Il participera au bouclage des accès et au filtrage des allers et venues. Il entendra la version « ils ont tiré comme des cochons » (pour certaines sources dont le Capitaine Nivlet témoin en première ligne : "ils ont tiré comme des cons" ) c'est ce que le Général a rapporté au téléphone à Georges Pompidou. Bastien Thiry (Lieutenant-Colonel, Polytechnicien) sera fusillé le 11 mars 1963 dans les fossés du Fort d'Ivry. Le Général ne lui pardonnera pas l'attentat qui impliquait Tante Yvonne, des passants innocents, le concours de mercenaires « étrangers » stipendiés et la non-participation à l'action elle-même de l'officier.


Léon Nivlet, sorti du rang, après avoir réussi l'Ecole de Saint Cyr, deviendra Officier Général. C'est un parcours qui mérite respect et admiration. Il nait dans une région au lourd passé historique la Meurthe et Moselle , à Charency Vezin en 1929, le 30 mai. Il est appelé en activité le 22 10 1949 après un conseil de révision qui le déclare inapte à l'infanterie mais apte aux transmissions. Il débute comme 2ème classe mais ses compétences et son application le voient être élevé aux grades de caporal-chef puis sergent en l'espace de 6 mois. Puis deux mois plus tard il est proposé comme aspirant de réserve et nommé le 22 mai 1950. Il s'engage à nouveau pour 2 ans dans un bataillon de transmission. Il est homologué intendance en octobre 1950. Inscrit pour un départ aux TOE 1/04/1951 mais bénéficie d'un sursis car il est inscrit au concours du Peloton Préparatoire à l'École Spéciale Militaire Interarmes. Il est admis en 1951 au PPESMIA. Puis admis à l'Ecole d'Officiers d'active le 15/091961. Il est reçu à l'examen de sortie (229/400) de la 15ème série corps de troupe. Il choisit l'Infanterie coloniale, spécialité Transmissions. Rejoint l'Ecole d'application de son arme le 1/10/1953.


Il effectues les services habituels avec nombre d'affectations en tant qu'Officier. Sous-lieutenant d'active le 01/10/1953. Il suit la formation de l'Ecole d'Application des Transmissions et choisit l'annexe d'Agen. Il est promu au grade de lieutenant 01/10/1955. Il est désigné pour un poste en AEF (Afrique Équatoriale Française). Il débarque du SS Foucauld le 18/11/1955 à Pointe Noire (Congo-Brazzaville) pour prendre ses fonctions à la Compagnie Militaire de Transmission AEF Congo Brazzaville. Fin de séjour 09/06/1958. En octobre après ses congés est nommé au 21ème Régiment d'Infanterie coloniale. Le lieutenant Nivlet embarque à Marseille et débarque à Alger. Il est muté en août 1959 au 21ème RIMA mais reste à la disposition du Colonel Cdt l'Arrondissement de Blida sous les ordres donc du Colonel André Lavergne. Il est promu capitaine le 01/07/1961. Passe le Concours de la Gendarmerie Nationale en 1961 est admis à l'École des Officiers de la Gendarmerie Nationale. Il est en stage dans cette école à compter du 01/09/1961 et est nommé capitaine de gendarmerie le 02/04/1962. Après un séjour à Alger et Mers el Kebir pour maintien de l'Ordre, il est débarqué à Marseille le 02/08/1962 et rejoint Verdun. Il obtient une pension d'invalidité après une intervention chirurgicale, de 20%, et est promu chef d'escadron le 01/04/1967. Il devient commandant du Groupement de Gendarmerie Nationale de l'Orne à Alençon sous les ordres du Colonel Samson, Commandant la Région Basse-Normandie 01/08/1973. Il est ensuite nommé à Paris au Commandement régional de Gendarmerie de Basse-Normandie le 15/09/1975 et promu Lieutenant-colonel le 01/10/1976 et colonel le 01/10/1979 après avoir été chef d'État-Major au Commandement régional de la Gendarmerie Nationale à Paris. Le Général Rigaud, en est le commandant (15/08/1978).


Il devient donc Colonel, chef de la Légion du Centre, commandant de la Légion à Orléans à compter du 01/08/1982. Il est général de Brigade (1ère section) le 01/02/1984. Il devient sous-directeur du personnel de la Gendarmerie Nationale le 01/10/1984. Nommé Général de Division (1ère section) 01/09/1987 il devient commandant de la 5ème région de Gendarmerie à compter du 01/09/1987. Cette région est immense elle atteint la méditerranée et comporte les Alpes. La Sécurité est dévorée par la Sécurité civile. La Vème Région regroupe 5 régions civiles : Rhône Alpes, Auvergne, Languedoc-Roussillon, Provence-Côte d'Azur et Corse. 20000 hommes sont sous ses ordres, gendarmerie départementale, alpine, maritime, et mobile. Les missions comportent, police judiciaire, maintien de l'ordre, sécurité routière, surveillance et secours en montagne et en mer. Durant cette période 1987 1990, il a reçu des officiels, le Ministre Chevènement, le Premier Ministre Rocard. Il a rendu des visites de courtoisie à ses voisins italiens des Carabinieri du Piemont (Generale Rochietti March) à Turin et espagnols de la Guardia Civile de Catalogne à Barcelone. De beaux souvenirs avec la commémoration de la Sainte Geneviève à Ajaccio en 1987 et des Inspections régionales dans ses subdivisions.


Léon Nivlet, est placé sur sa demande le 01/03/1990 par anticipation dans la 2ème section du Cadre des Officiers généraux. Une cérémonie d'adieu se déroule devant les autorités civiles (Préfet de Zone et Directeur de la Gendarmerie Nationale, M. Mourier) et militaires (air, terre et mer) dont le camarade de promotion, Regnaut, Général de Gendarmerie, son second à la Région, qui ouvre le bal des discours. Le cadeau de son état-major accompagne ce départ : une épée ciselée d'Officier général de Gendarmerie modèle 1885 et un casque de gendarmerie modèle 1912 «l'attaque et la défense ». Les amis, la famille, les enfants un Cyrard à l'époque et un jeune officier de l'air, un neveu. Une cérémonie à Lyon empreinte de la dignité militaire et de la nostalgie de l'abandon de l'uniforme (porté 41 ans) pour le costume civil. Les discours traitant du passé avec admiration et la réponse du Général Nivlet qui retrace son parcours avec le sens du devoir accompli et le rappel de l'exemple des anciens. Des camarades de promotion et sa famille dont Nicole le soutiennent.


Ses mentors :
Le Général André Lavergne, a été le patron de Léon Nivlet durant ses deux séjours en Algérie (21 ème et 23 ème Régiment d'Infanterie Coloniale rebaptisés pudiquement Régiments d'Infanterie de Marine) dans la région de Blida. Leon Nivlet abandonne son patron Lavergne pour opter pour l'arme de la Gendarmerie alors que le Général Lavergne lui proposait de le suivre à Djibouti. (Léon Nivlet refuse car son épouse Nicole, demoiselle Vanheeghe, qu'il avait épousé le 17 octobre 1955, par autorisation du Gal Cdt la 5ème Région militaire, avait eu du mal à supporter le climat colonial en AEF). Lavergne lui a laissé une formule qui lui a servi tout au long de sa carrière. Alors que submergé de travail il demandait un adjoint à son supérieur (requête acceptée), le Général lui rappela qu'il fallait donner beaucoup de travail à ses collaborateurs sinon ils « devenaient vite des emmerdeurs ». Grand Officier de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération - décret du 12 septembre 1945, après une campagne avec la 2ème DB de Leclerc au sein du Régiment de Marche du Tchad, Croix de Guerre 39/45 (6 citations), Croix de Guerre des TOE (3 citations), Croix de la Valeur Militaire (3 citations).


Le colonel Kirsch, Commandeur de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération - décret du 23 mai 1942, membre du Régiment de Marche du Tchad, Commandeur de l'Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39/45 (5 citations), atteint d'une blessure au bras (au Bourget en 1944) qu'il attachait à son ceinturon pour ne pas être handicapé. Il l'avait soutenu lors d'une opération dirigée par radio transmission, par Léon Nivlet en Algérie, en l'absence imprévue, pour réflexion sur la situation, du chef en titre du groupe impliqué, sans que quiconque ne s'aperçoive de ce tour de prestidigitation.


Le Général Marcel Philippe fut aussi un de ses mentors. Il avait été un des Officiers illustres de la 13DBLE. C'était un homme à la vista incomparable et au flegme impérial. C'était un ancien de Dien Bien Phu qui avait dû cesser le combat faute de munitions. Officier supérieur que Léon Nivlet admirait, il lui remit en privé en présence de sa seule famille la cravate de commandeur de l'Ordre National du Mérite.


Le Général Samsonqui fut son chef lors de son commandement du groupement de l'Orne et à l'École des Officiers de Gendarmerie, fut un maître pour conserver la maîtrise ferme et souriante de ses devoirs.


Puis le Général Pierre Rigaud qui fut l'architecte de sa carrière finale, Chef de son Etat-Major, alors que le Général Rigaud était Commandant la Région de Gendarmerie de Paris, Léon Nivlet assure qu'à son contact, il a appris beaucoup notamment la gestion de l'urgence dans le calme et la maitrise de ses propres émotions. La fulgurance de ses analyses étaient un exemple incomparable. Le Général Rigaud, décédé à l'âge de 97 ans était Commandeur de la Légion d'honneur, Grand Officier de l'Ordre national du Mérite, Croix de Guerre 39-45 avec palme


Léon Nivlet manifeste son sens de l'humour en mettant en exergue ce joli texte, peu connu des civils, du père de l'Armée Française moderne :
« Un chef de corps est tout bonnement un personnage qui use son temps et ses moyens à lutter contre le commandement tout au long de la voie hiérarchique et jusqu'au ministre inclus, pour tâcher de préserver ses effectifs, son matériel, ses cadres et sa propre volonté contre le tumulte des ordres, circulaires, prescriptions, règlements généralement absurdes et toujours contradictoires qui auraient tôt fait de réduire à rien les diverses cellules de l'armée si d'aventure il les appliquait. Fort heureusement on ne les applique pas quitte à sauvegarder les apparences au moyen de compte rendus. Au reste tout le monde à commencer par les échelons qui prescrivent et réglementent savent ce qu'il en est en réalité. » Lettre du Colonel de Gaulle, Commandant le 507 régiment de chars, 1937.


Sa Famille est comme toujours pour les familles dignes de ce nom la cellule bien cimentée grâce aux épouses qui pallient l'absence des maris submergés:


A sa mère Mariette Guilhen-Nivlet elle aussi le mortier d'une famille éparpillée par les évènements qui touchaient la France, 2ème guerre mondiale, Indochine, Algérie il voue un amour filial intangible. Des hommes l'ont marqué. Son père, premier militaire de la Famille, Marcel Nivlet, stationné au Maroc, coiffé du Chèche, décoré dans son trajet au sein de la 2ème DB de la prestigieuse « Presidential unit citation ». Il a suivi son patron, à Fes, le Commandant Henri Mirambeau, polytechnicien promo 1929, artilleur, qui lui a fait tourner le dos à Vichy et lui a permis d'entrer dans l'épopée de la 2ème DB. Marcel Nivlet a terminé sa carrière militaire Lieutenant Colonel. Mirambeau a participé au coup d'Etat du 13 mai 1958 en étant basé au Sahara. Devenu Général, le Général Mirambeau, voisin à Fez de la famille Nivlet, a participé à la vocation de Léon Nivlet et lui a manifesté une affection pérenne quasi paternelle. Il a rendu visite à Léon et Nicole dans toutes leurs affectations. A sa mort il lui a légué des livres auxquels il tenait particulièrement. Sa fin de carrière fut brutale révoqué par la République pour avoir laissé paraître un pamphlet de son subordonné le Colonel Bigeard veiné etroseen 1962. Il fut néanmoins Président de la Fédération Nationale de l'Artillerie (FNA) de 1970 à 1987.


Les enfants de Nicole et Léon Nivlet
Son fils, Jean François officier de Gendarmerie Lieutenant colonel en 2013 qui pantouflera à ce grade, Jean Pierre Nivlet, civil, Véronique Nivlet divorcée, civile

ses frères et soeurs


Josette Nivlet, sa soeur, infirmière, devenue Josette Nivlet Del Vecchio en épousant un militaire américain de l'US Air Force. Elle est mère d'un Officier Pompier de New York, Philipp del Vecchio, qui a participé aux actions d'extinction et de sauvetage lors de l'attentat à New York le 11 septembre 2001 des deux Tours du World Trade Center. Elle est grand-mère de deux officiers de l'armée de terre.

Annie sa soeur, est mariée à un civil, Guy, son frère, militaire a été commandant à Rennes, il a un fils Serge qui après un passage dans les forces spéciales actuellement colonel doit être, sauf accident, nommé général dans l'Armée de Terre et Gérard son frère a été colonel de gendarmerie.


Le Général de Division (2ème section) Léon Nivlet profite chez nous dans l'Orne à Gueprei d'une retraite bien méritée. Village caché du comité d'Argentan. Il habite une charmante maison bien aménagée avec une belle véranda qui illumine la salle de séjour. Son épouse Nicole pare à tout, s'occupe de tout avec tonus et fraîcheur. Elle accompagne comme depuis toujours son général de mari avec amour et attentions. Mariés en 1955 par autorisation, on le rappelle, du Commandant la Vème région militaire, quelle époque ! l'armée s'occupait de tout. 65 ans de mariage : Noces de Palissandre quel beau nom, quel bois précieux. Photos collection personnelle de Nicole et Léon Nivlet SMLH61


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