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Section de l'Orne

Anna GERBET née SVANDA, une Intégration réussie,


- Anna Gerbet, née en France est d'origine tchècoslovaque, le 22 Mai 1934, à St-Pierre Montlimart (49). Son père, Vladimir est Slovaque, est né en 1909. Il est venu seul, travailler en France avec un contrat alléchant, pour un tchécoslovaque, dans les Mines du Nord en 1927. Il se transporte avec un contrat plus rémunéré, à Saint Pierre Montlimart (49), en suivant son meilleur ami. Il s'agit d'une mine d'or. Celle-ci sera exploitée de 1905 à 1952 faisant appel à une nombreuse main d'oeuvre étrangère. Il a découvert sa future épouse en travaillant certes et dans un club sportif de football, car elle était la soeur d'un joueur, ce meilleur ami qu'il avait suivi, du Nord, à St Pierre de Montlimart.


- En 1938 cependant la Mine ne va pas bien et son père se transporte à Saint Clair de Halouze avec un bon contrat. Vladimir avait épousé donc Spinar Anna – née en 1909 - Tchèque, venue en famille dans le Nord en 1923. Ils se sont rencontrés dans le Nord puis mariés en 1933 à St-Pierre Montlimart ( 49). La famille de sa mère, Spinar, se disperse en raison des contrats divers de chacun.


Avec ce nouveau contrat de mineur, la famille Svanda s'installe donc en 1938 à St-Clair de Halouze (61) où Anna a grandi – sa maman est embauchée à la société des Filatures et Tissages de Flers. La famille a vécu là dans une cité ouvrière où se trouvaient des familles polonaises – italiennes – espagnoles – russes Parlant seulement le Tchèque jusqu'à 4 ans, Anna a appris la langue française à l'école de la Mine (groupe Chatillon-Commentry) et dit en avoir gardé « le souci du mot juste ». Le sens de l'effort et de la réussite lui est venu pour plaire à ses parents et honorer ses enseignants. Mais tout de même, en pleine seconde guerre mondiale, il est traumatisant pour une petite fille de s'entendre appeler « boche » dans la cour de l'école parce qu'elle ne parle pas Français à la maison


La langue française Anna a commencé à mieux l'apprendre à l'école Mais elle précise : à l'école de ce temps-là. C'est sûrement ce qui lui vaut d'avoir, encore aujourd'hui, ce souci du mot juste, de l'orthographe et le plaisir des jolies phrases dans cette langue qui ne lui est pas « maternelle ». Dès 1939, leur voisinage a été perturbé et les évènements jusqu'aux années 1944/45 ont été particulièrement cruels. Anna parlait toujours tchèque à la maison, les Svanda étaient donc encore plus des étrangers. Ses camarades d'école, avec méchanceté on le rappelle, la traitaient de « boche » et voulaient qu'on la renvoie dans son pays ! Maman très sensible à ce climat malsain recommandait la perfection en tout : « tu dois être très polie la première en classe au catéchisme – tu dois être toujours irréprochable sinon, on peut nous renvoyer ! »


Renvoyer ??? où ??? ça a été longtemps son cauchemar.
En 1949, le gouvernement Tchécoslovaque a rapatrié ses ressortissants : ses oncles et tantes maternels du Maine et Loire, sont retourné là-bas. Puis le rideau de fer à l'Est est tombé. Leurs rares lettres arrivaient d'abord ouvertes et puis plus rien ! Pas de téléphone évidemment, les liens se sont perdus. Les Spinar avaient perdu leur parenté ! Anna avoue qu'à la libéralisation de 1990 (après plus de 40 ans d'éloignement), elle n'a pas cherché à les retrouver. Ses grands-parents maternels reposent au cimetière de S-Pierre de Montlimart.


Tchécoslovaque de naissance, dans une famille modeste qui ne pouvait payer des études. Elle devait être toujours en tête, Anna a essayé, soutenue efficacement , elle le reconnait avec bonheur, par ses institutrices d'école primaire. Mme Hergault, surtout, qui l'encourageait : « tu peux le faire, petite ! applique-toi, tu dois réussir ».


Il lui était interdit de concourir aux Bourses d'études ou d'accéder aux établissements d'enseignement de son choix : (Ecole Normale d'instituteurs – Ecole d'infirmières de l'A.P. ), seulement le Centre Public d'Apprentissage à Flers, lui a été permis. Elle y a étudié le secrétariat et la comptabilité de 1948 à 1951


Anna avait déjà des réactions fortes par rapport au régime politique de l'Europe de l'Est, dit « démocratique » et que des Français de son entourage voulaient imposer en France. Elle exige de ses parents qu'ils demandent la nationalité française, qui est accordée à la famille, par décret 30501X35 du 6 février 1953 (à 19 ans, Anna n'était pas majeure). Sa première carte d'identité française datée du 1er avril 1953 , elle la conserve pieusement. Elle l'aurait volontiers portée en pendentif. Elle est cocardière. Elle trouve donc un emploi dans le privé, aucun emploi public ne lui étant autorisé. Professionnellement elle travaille : un an à la Chambre de Commerce de Flers - 5 ans chez un Expert-Comptable de Flers qui a fermé son cabinet. Elle entre alors comptable en 1958 dans une entreprise de bâtiment (peinture) où elle reste jusqu'en 1994 (retraite). Avec Monsieur Chuquet d'abord et Jean Poidevin ensuite, c'était la confiance réciproque. La recherche de chantiers pour les équipes, une saine gestion, l'équilibre sans course au profit


21 Février 1955 elle épouse Guy Gerbet – horloger à Flers (décédé en 2012). Le 27 Décembre 1955 – naissance d'une fille – Marie-Christine (mariée en 1981 à Jean-Pierre Dubuc). Elle quitte donc St-Clair. « Un bébé un an après j'étais enfin réellement « dans la norme ». Ce bébé trop petit et trop fragile nous a donné bien du souci. Mais notre fille est devenue une femme magnifique. Elle nous a amené « le gendre idéal » et nous a donné 5 petits-enfants exceptionnels bien sûr ! Chez mes petits-enfants je cherche souvent les traits de ma famille dispersée ont-ils quelque part en Europe Centrale, des petits cousins sosies ?


Le Docteur Douard, pour monter sa liste aux élections Municipales de Flers en 1983, la sollicite. Dès 1956, Anna, forte de sa nouvelle identité et plus que jamais motivée, avait déjà approché les candidats aux élections locales et militait activement. Toujours soucieuse de « son droit » à aucun moment cependant elle n'imagine qu'elle puisse être plus qu'un « bon petit soldat » toujours en retrait. Par ailleurs son travail l'occupe énormément. « En 1958 elle a senti des fourmillements. Elle était témoin d'une mobilisation pour une certaine idée de la grandeur de la France. Enthousiasmée, elle voulait participer elle aussi puisque désormais elle en avait le droit. La réalité de la situation à l'Est en ce temps là, l'apologie que certains faisaient de ce régime qui avait dispersé sa famille, la poussaient à militer. Elle ne pouvait admettre cela dans son pays la France. Elle savait mieux que personne ce que peut être la Liberté : la liberté de penser , de circuler, d'être informé et par dessus tout le respect de la liberté d'autrui. »


Après la victoire aux élections, le Dr Douard succède à Mme Louaintier. Il lui propose d'être son adjointe aux Affaires Sociales. S'engager servir être utile C'est une révélation . De beaux dossiers lui sont confiés , dont le suivi du contrat Etat/Ville en faveur des Harkis et leurs enfants gestion du C.C.A.S Passionnée par la vie locale, Anna assiste aux travaux des autres commissions municipales et s'instruit ainsi au fonctionnement de la Collectivité.


En 1989 échec de la liste des sortants aux mêmes élections municipales, elle reste alors très proche des politiques locaux de droite et prend part aux élections départementales et régionales. Les Gerbet avaient fait construire une maison à St-Georges de Groseillers, leur fille vivait sa vie et Anna commençait à tourner en rond La retraite en 1994 a été une perspective catastrophique : « et maintenant ? que vais-je faire ? » se disait-elle. Elle est partie en Juin dans sa famille adoptive de Tahiti avec la perspective d'y passer un long séjour. En septembre elle n'en pouvait plus elle étouffait. La grande île : 120 kms de tour c'est petit et surtout sa Normandie lui manquait. C'est alors seulement qu'elle a réalisé quels liens solides l'attachent à cette terre et surtout à ceux qui vivent là.


En 1994 ( cette fameuse année de la retraite) l'équipe sortante de la Mairie de St-Georges des Groseillers sollicite Anna pour figurer sur sa liste. Accepté avec enthousiasme. Le Maire sortant ne se représentant pas, les co-listiers demandent à Anna de prendre la tête de cette liste. Victoire en Mars 1995. Les actions du Maire de St-Georges sont en tous points semblables à celles de ses collègues. Les aménagements publics, le bien-être des concitoyens, le mieux pour tous ! St-Georges des Groseillers fait partie du groupement de Communes de Flers. Le Président Michel Lambert confie à Anna Gerbet la Vice-Présidence pour les Affaires Economiques.


C'est une période de grands travaux sur le Bocage flérien (Acquisitions foncières- Aménagement de zônes d'activités – Accueil d'investisseurs – développement économique important) Venant elle même du bâtiment, Anna se plaît à travailler à la Maîtrise d'Ouvrage publique. Le monde de l'entreprise lui est accessible elle en connaît l'esprit et les difficultés. Très heureuse encore maintenant d'avoir fait en ce temps là de belles rencontres.


Elections de 2002 – Anna est réélue à la Mairie de St-Georges – Yves Goasdoué, Président de la Communauté d'Agglomération de Flers, lui propose la reconduction dans sa fonction de Vice-Présidente, elle est confortablement élue. L'enjeu majeur de cette mandature a été l'aménagement de la zône du Pont de Vère et le maintien sur place des activités de Faurécia. Le dossier porté par la Région, le Département et la Communauté d'Agglomération a bénéficié d'une coordination parfaite par la volonté de tous les intervenants. A la région : René Garrec Président et son Directeur de Cabinet Joël Bruneau et ensuite Philippe Buron et son vice-président Bernard Cazeneuve ont été d'une aide précieuse, et tout aussi activement avec son efficacité redoutable, Madame le Député Sylvia Bassot, tous ont soutenu les élus locaux face aux exigences multiples qu'un tel dossier peut présenter.


Un jour de Février 2004, l'évocation de la Légion d'honneur,Anna Gerbet se rendait à Paris par le train, le Sous-Préfetd'Argentan, Monsieur Malhanche, l'a appelée sur le portable pour lui dire qu'il devait retourner le jour même un dossier la concernant, à la Présidence de la République. Anna Gerbet n'a pas tout de suite compris et a dû lui paraître bien sotte. Toutes précisions reçues, ses cheveux se sont dressés et elle a transpiré à grosses gouttes. Ses battements de coeur apaisés, elle a essayé de raisonner : « pourquoi elle ? »


Anna a vu un film se projeter de retour à sa place, encore toute ramollie de confusion: .. les premiers souvenirs d'une petite fille née à St-Pierre Montlimart en Maine et Loire, dans une famille tout à fait normale : Maman, Papa, Grand-Maman, Grand-Papa, des oncles, des tantes, tous Tchécoslovaques, arrivés en France en 1926/1927 avec des contrats d'embauches dans les Mines du Nord. Papa célibataire a rencontré la famille de son copain de foot-ball et en a suivi la famille dans ses déplacements. En 1938, il épousait la soeur de son ami, la maisonnée était très unie. On parlait tchèque à la maison, on chantait tchèque, on mangeait la cuisine de l'Est Il lui en reste des odeurs, des saveurs, des sons inoubliables.


2004 – remise de l'insigne de Chevalier de la Légion d'Honneur par M. Alain Lambert, ancien ministre. Et là avec une immense émotion, entourée de sa fille, son gendre et ses petits enfants, Anna « regarde » le chemin parcouru et pense que si s'était à refaire elle ne changerait rien ! Le moment est venu de dire à tous et à chacun en particulier ses remerciements et sa reconnaissance. Tous l'ont poussée à l'effort – soutenue dans les épreuves – aidée à surmonter les difficultés de toutes sortes – donné leur confiance – marqué leur sympathie ou simplement offert leur amitié. Anna lors de sa réponse a confirmé être si heureuse de les voir ici.


Cette distinction exceptionnelle, elle la dédie à « Maman et Papa qui doivent fondre de fierté là où ils sont » et surtout à ses cinq puces qui grandissent trop vite et qui comprendront elle l'espère, que Nani n'a pas toujours le temps pour ceci ou cela parce que ce temps elle l'a beaucoup donné et continue de le donner aux autres. Aujourd'hui elle reçoit pour cela la plus haute et la plus belle des récompenses.


2008 – échec aux élections municipales . S'entendre dire par ses collègues : « vous avez fait du bon travail à votre âge il est temps de vous reposer » est terrible ! Mais le ressort est toujours bien tendu – aujourd'hui Anna est membre actif de diverses associations :
- Société des Membres de la Légion d'honneur : présidente du Comité Flers/Bocage
- Maire Honoraire de St-Georges des Groseillers
- Lions Club de Flers : membre actif
- Association des Anciens Maires de l'Orne : secrétaire
- Association EHPAD Jean-Baptiste Lecornu à Flers : secrétaire
- Comité d'Entente des sociétés Patriotiques de Flers : membre actif
- Association du.jumelage Flers-Warminster (G.B) : administrateur
- Médaille de la Réserve Citoyenne le 25 septembre 202O, remise par le DMD de l'Orne le lieutenant-colonel Jérôme Thieulart en présence du Porte Drapeau de l'Orne de la SMLH


Note personnelle –
C'est le temps du regard dans le rétroviseur : Anna ne voit pas ce qui aurait pu être autrement mais sans doute cet investissement personnel pour le bien public lui a-t-il fait négliger sa famille et manquer quelques bons moments avec ses petits-enfants qui sont cependant aujourd'hui sa plus grande fierté. Elle n'a peut-être pas assez pris le temps de leur dire combien ils lui sont chers. Elle espère seulement qu'ils le savent. Elle le leur dit là maintenant encore plus.
Il est bien évident que la SMLH de l'Orne est très fière de sa Président de Comité qui tient parfaitement son rôle, assiste aux commémorations a d'excellentes relations avec les élus qu'elle a bien connus au cours de ses mandats. Bravo à Anna Gerbet et belle cérémonie le 15 septembre c'est un honneur pour elle et une belle tâche pour la SMLH61. SMLH61 Photos Anna Gerbet


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