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Section de l'Orne

Ouvrage de l'Amiral A.Coldefy


Le sel et les étoiles chez « Favre » ouvrage de notre Président de la SMLH. 25€. A lire avec plaisir car il instruit.
Une « préface », sous forme de lettre manuscrite, présentée en fac-similé de l'amiral Philippe de Gaulle. Une écriture à la forme régulière, bien liée, bien nette. Un style classique précis, articulé d'amiral d'une génération précédent celle de l'amiral Coldefy. Le fond est clair et technique. On saisit que l'amiral Philippe de Gaulle a vécu sa vie de marin et, du haut de ses 99 ans qu'il avoue, avec une coquetterie touchante, il s'est tenu informé et connait la marine comme sa poche. C'est remarquable de symboles évocateurs et de flamme permanente. La concision et la précision sont étonnantes. L'Appel du 18 juin de son père dure 2'30 et tout est dit en deux parties, l'état des lieux et l'espoir, face aux 20 à 25 mn des allocutions des temps récents pour lesquels la Presse nous dit ensuite ce que l'on doit ou ce qu'il faut retenir. L'Amiral a placé ce texte à l'ouverture de son ouvrage suivi d'une préface de Erik Orsenna.

En conclusion, l'amiral Philippe de Gaulle par un billet écrit, de cette même plume manuscrite, rappelle le rapport fort de son père avec la Légion d'honneur. La Croix de Compagnon de la Libération n'a été placée qu'en deuxième position hiérarchiquement. C'est à partir du 3 octobre, lorsque, devenu seul Président du Comité Français de la Libération Nationale, que le Général s'est senti le droit de décerner à nouveau la Légion d'honneur. Il considérait légitimes les Grands Chanceliers, le Général Charles Nollet, nommé en 1934 jusqu'en 1940 ainsi que le Général Paul Bricard, Grand Chancelier de 1940 à 1944, fidèle du Maréchal, certes, mais anti-allemand et pour cette raison écarté du cercle vichyste pour être nommé Grand Chancelier.


« Le Sel et les Etoiles » relate la vie d'un Officier supérieur de Marine et la vision d'un homme de caractère sur le monde qui l'environne. Ce n'est pas un livre d'histoire, encore que l'ouvrage la tutoie bien souvent. Par exemple lorsqu'il rappelle le rôle de l'amiral Nomy dans la reconstitution de l'aéronavale (Le « Colossus » anglais, cédé aux Français, baptisé l' « Arromanche »). L'Amiral sait, comme le dit Peguy dans Clio, que « je ne suis point démocrate, dit l'histoire, pas plus aristocrate puisque je suis historienne ». Le croisement entre l'existence de l'auteur au service de la Royale et les virulences du monde se manifestent tout au long de l'ouvrage.


L'amiral (étymologie arabe «émir »), Alain Coldefy, est le produit d'une famille d'agriculteurs, d'origine irlandaise, venue en France au 11ème siècle autour de Rocamadour (L'Amiral, très fier, en est citoyen d'honneur). Ils se sont stabilisés dès lors dans cette région. Plus récemment, sa famille est un pur produit de l'école républicaine de Jules Ferry : un grand père sorti des arts et métiers ingénieur dans le chemin de fer (ligne Paris/Orléans/Bordeaux) et l'autre ingénieur chez Bergougnan (concurrent de Michelin). Un père médecin militaire dont il apprendra après sa mort, que fait prisonnier en 1940, il s'évade, puis se porte volontaire pour soigner les prisonniers en stalags (y compris en Pologne).


Un parcours qui va le mener au grade d'Amiral (5 étoiles) après être passé dans le ministère des armées (5 ministres dont Léotard, Richard, Alliot-Marie, Joxe). Il est étonné de la pléthore de conseillers. Il sera Président de l'Académie de Marine et Président des anciens du Prytanée de la Flèche. Cette école, fondée par Henri IV dans un collège de Jésuites, sera renommée par Napoléon Prytanée (temple ou brûle une flamme permanente et où l'on honore les citoyens méritants). Il y fait ses études et entre à Navale. Puis il sera conseiller à EADS (European aeronautic defence and space company), rebaptisée AIRBUS par Tom Enders en 2013. EADS est née d'un accord Chirac- Schroeder à partir d'Airbus en 2000 !!!. L'Amiral aura une place à part, une vision stratégique du monde « fiche après fiche ». Il regrette que la Marine un des plus gros « clients » d'EADS ne soit pas plus abondamment représentée. Il est lors de son « embauche » dans cette prestigieuse entreprise, chargé par le Président Gallois de lui dire « des choses qui l'intéressent » . Tout en effet ne résulte pas des sources de la sérenpidité. Difficile mais on comprend bien que cela est formateur. Des Chefs d'Etat-Major de la Marine ou des Armées ont démissionné pour défendre leur Armée dans la Nation : l'Amiral Patou et plus près de nous le Général de Villiers. L'Amiral n'a pas connu telle situation bloquée.


Il a commencé sa carrière, après le tour du monde sur la Jeanne en bon midship, par un « débarquement » type 6 juin avec un seul BDC (Bâtiment de Débarquement de Chars) - au large de Port Etienne (Nouadibouh en Mauritanie) sur « l' Argens ». Sur « la Paimpolaise », il patrouille en Polynésie, il découvre Anne, à Tahiti avec ses parents (nommés pour deux ans), sa future épouse, mère de leur trois fils. Sur l'escorteur d'escadre le « du Chayla » (ancien officier sur le « Franklin » à Aboukir) il a appris que la mer est dominatrice. Il faut être humble, appliquer à la fois ce que l'on a appris à Navale et écouter les officiers d'expérience. Il affronte une effroyable tempête et il obéit à l'Officier marinier, chef des opérations portuaires pour ne pas accoster à tort, avec risques, à Brest. Il se met à la cape au large pour ne pas sancir et attendre que les éléments se calment. Cette carrière est à observer à rebours.


L'Amiral a été Pacha en 1993 (première opération de l'OTAN depuis sa création), sur le « Clémenceau » (en Bosnie). Le « Clémenceau » ce sont 2000 marins qui savent vivre ensemble car si chacun a un métier tous se respectent et observent les règles. C'est un dépôt de munitions de la roquette à l'arme nucléaire, un dépôt de carburant, une base aérienne, un centre de commandement pour la préparation et la conduite des opérations, un vecteur de projections de forces spéciales, un hôpital ou bien même si besoin une structure d'accueil de populations sinistrées. Plus de cent pompiers assurent la sécurité incendie, voies d'eau etc.. Des épisodes anecdotiques la signature des procurations de votes : les officiers à leurs épouses, les officiers mariniers à leurs conjoints ou fratries et les marins aux parents (question de statut familial et d'âge). Le cash de la trésorerie est en dollars. On comprend pourquoi en mission à l'étranger cette monnaie sert pour les achats de tous ordres. L'énergie électrique est celle d'une ville de 60 000 habitants. Commander sans anicroche est là encore et formateur et un signal vis-à-vis des décideurs de la Royale. Enfin il faut observer, sans faille, une bulle aérienne de plusieurs centaines de kilomètres de rayon et un volume sous-marin pour lequel il faut être très vigilant. Si aucun kamikaze n'a coulé un porte-avions US lors de la Guerre du Pacifique, une torpille sous la ligne de flottaison peut couler un porte-avions en quelques minutes.


L'Amiral a structuré ses connaissances en géopolitique et sur les progrès technologiques lors de son passage à l'École de Guerre de la Marine. Après un stage à l'Institut des Hautes Études de la Défense nationale (IHEDN), il effectuera des périodes ministérielles, au cours desquelles l'administration n'aura plus de secret pour lui. Il apprendra à naviguer sur les flots des subtilités politiques. Il est DRH de 5000 officiers de marine. Le dossier bien ficelé et le budget bien respecté sont les clefs de la réussite. La synthèse destinée, à un politique spécialiste en politique, mais pas forcément dans la défense, oblige à la clarté « ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement ». Puis vient la période la plus forte du commandement de l'Amiral. Contre-Amiral en 1996 il est responsable adjoint des relations internationales.


En 1998 il est le commandant à la mer d'une force aéronavale (le porte-avions « FOCH » et un sous-marin d'attaque nucléaire) opérant au large du Kosovo. Il saura faire savoir aux Serbes qu'il a obtenu l'autorisation de répliquer à toute attaque militairement spontanément, sur le champ, sans demander l'autorisation chronophage à ses supérieurs (politiques ou militaires). Dans la baie de Kotor il affrontera sereinement l'hostilité des américains. Le commandement américain voulait substituer un de leurs sous-marin, au français pour être libre d'agir avec violence éventuellement. En 1999 le « FOCH» avec l'auteur au large du Kosovo (rappel) a assumé le commandement d'un binôme sous-marin d'attaque et Porte-avions ce qui avait « épaté » les anglais et « étonné » les américains. Au chef de mission cela demande le respect de trois règles : du sens, du soutien et du suivi.


Tout au long de son ouvrage l'Amiral vante la qualité de l'équipement et des équipages français qui n'ont pas à rougir face aux USA. Il expose le plaisir de travailler avec les anglais « la sister country » et l'honneur qu'il a ressenti lorsqu'on l'a autorisé à décorer deux marins anglais « on the behalf of the queen » (devant de nombreux journalistes anglais et aucun français). Il relate en revanche une remise à sa place par un vétéran américain quand pour le soixantième anniversaire du débarquement américain, ému, il dit à cet ancien combattant du débarquement « vous pourriez être mon père » celui-ci réplique : « j'avais 20 ans ». Vice-amiral d'escadre (4étoiles) sa carrière s'achève par de très hauts postes (directeur des relations internationales des armées, « Major Général des Armées (2002 – 2005) » (vice-chef d'Etat-Major). A ce poste il doit essentiellement, après avoir établi un état des lieux, un relevé des maintenances, des besoins, une prospective, défendre le budget, enfin il devien Inspecteur Général des Armées (2005 – 2006). Amiral (5 étoiles) il est versé dans la 2ème section en 2006. Il est Grand-Croix de l'Ordre National du Mérite, Grand-Officier de la Légion d'honneur, il est titulaire de la Croix de la Valeur Militaire. Il explique que de tous ses camarades de promotion de navale il est celui qui a eu la plus longue carrière, les autres ont pantouflé !!. Il peut dès lors intégrer EADS jusqu'au 1er juillet 2012 en tant que Vice-président, Affaires Politiques France. Son expérience est irremplaçable au service d'un fleuron de l'industrie franco européenne. L'Amiral regrette que malgré ses fenêtres océaniques (métropolitaines et ultramarines) la France contrairement à la Grande Bretagne n'ai pas cru que son avenir était sur les mers. Avec nostalgie il cite Arthur Charles Clarke dans 2001 Odyssée de l'Espace "Quelle idée d'appeler cette planète terre alors qu'elle est clairement Océan"


Le parcours est limpide. L'Amiral a occupé des fonctions administratives et de gestion y compris de « DRH » (emplois et arrières des 5000 officiers de la Marine). Le parcours est jalonné de diplômes outre l'École Navale, École de Guerre de la Marine, IHEDN (Institut des Hautes Études de la Défense Nationale) pour ne citer que les essentielles. Enfin les cabinets ministériels lui ont permis de saisir les subtilités de la communication et des réseaux politiques même si parfois les dilutions des responsabilités des nombreux conseillers dans les ministères lui ont paru étonnantes. La SMLH peut se vanter d'avoir dorénavant, pour président, un homme qui tout au long de son existence, a réussi sa vie, sa famille, sa carrière d'officier, sa carrière de commandement de vaisseau ou de groupe aéronaval. Enfin tous les postes occupés ont profité de son entregent, de sa force de travail et de persuasion. Un exemple la solution d'un imbroglio qui semblait insoluble en transférant à l'Académie de Marine transformée en « Maison de la Marine », les locaux de la place de la Concorde du Ministère de la Marine, lors de sa période de Présidence de la vieille maison de « l'Académie de Marine ». De la « baleinière » (Rappelons que l'Amiral Médecin a recousu en Polynésie un baleinier qui content de son « Taote » - médecin en tahitien - voulait lui payer ses honoraires, refusés mais bus ensemble), l'Amiral est passé du « Porte-avions » flanqué d'un sous-marin d'attaque nucléaire, aux armements et à l'Espace.

Le Président de la SMLH, à peine élu, a effectué sa première sortie dans l'Orne lors du concours « De la Médecine dans la Grande Guerre : évolution et progrès » au Château de Lassay (Mayenne certes) en 2018, labellisé du « Centenaire ». Pourquoi ce titre « Le sel et les étoiles » car évidemment c'est le sel de l'océan surmonté du firmament céleste mais aussi guide du marin qui a alerté l'auteur. Peut-être peut on y voir une allusion à la remarque de Richelieu « les larmes de nos souverains qui ont le goût du sel de la mer qu'ils ont ignorée »

SMLH61 PHOTOS Page de couverture et SMLH61 à Lassay en 2018


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