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Section de l'Orne

« Poilus » des monuments aux morts du Perche ornais


Madame Françoise Leblond, Présidente du Comité du Perche ornais de la section de l'Orne a bien voulu effectuer un beau travail d'historienne des monuments aux morts de son comité. Elle s'est appuyée sur un texte de Mme Marie José Michel pour celui de Verrières, sur un site de l'université de Lille pour les monuments aux morts de la France en général, sur les travaux de M. Jousselin, historien du Perche et sur des recherches personnelles. Ce joli travail honore la section de l'Orne et le Comité du Perche ornais.


Préaux du Perche

Le monument aux morts de Préaux du Perche est un monument de série (n°2152 du catalogue des marbreries). C'est le « Poilu mourant défendant son drapeau » ou « Pro patria » des Marbreries Générales de Paris dirigées par U. Gourdon comme le monument de Montfarville dans la Manche.
https://monumentsmorts.univ-lille.fr/monument/


Le Theil sur Huisne

Le Poilu du monument aux morts du Theil sur Huisne, comme celui de Préaux du Perche, est un « Poilu mourant défendant son drapeau » ou « Pro patria » des Marbreries Générales de Paris.

Bruno Jousselin, historien du Perche


Rémalard en Perche

Le Poilu du monument aux morts de Rémalard en Perche se tient fièrement debout, appuyé sur son fusil. Il regarde au loin vers le centre-ville, prêt à affronter l'ennemi si nécessaire. Le modèle qui a été retenu est celui d'un « Poilu au repos » qui a été le modèle le plus vendu. Il a été réalisé par le sculpteur Robert Gaullier (1874-1922) qui a également fait celui du Lude dans la Sarthe.
https://monumentsmorts.univ-lille.fr/monument/

Verrières

Le « Poilu » du monument aux morts de Verrières, après quelques mois d'absence en 2018, a enfin retrouvé sa place sur son socle en granit taillé, pour les cérémonies du 11 novembre 2018. Il a été restauré et repeint aux couleurs fanées des « Poilus de la Grande Guerre ». Voici en quelques mots l'histoire de sa création (d'après les archives municipales de Verrières). La guerre achevée, le 11 novembre 1918, Verrières soigne ses blessés et pleure ses défunts. C'est seulement en 1920, que la municipalité ouvre un crédit de 1340 francs pour un banquet et un bal en l'honneur des « mobilisés de Verrières ». La paroisse, de son côté, finance un tableau commémoratif apposé dans l'église et dédié à « nos 24 glorieuses victimes de la Grande Guerre ». Puis, c'est au tour des associations verriéroises de se mobiliser pour financer un monument aux morts par souscription. Alors, au printemps 1921, le conseil municipal finalise un projet de réalisation. Et, en plus des 5012 francs collectés, la municipalité reçoit en don une petite parcelle de terrain au carrefour des routes de Dancé et de Condeau cédée par madame veuve Boullay. Ce sera l'emplacement du futur édifice. Il reste à commander et installer un monument.

Le choix qui est fait alors est celui d'une statue en fonte de fer, ciselée, de 1 mètre 60 de haut, intitulée « le Poilu », fondue par les établissements Jacomet de Villedieu (Vaucluse). Le modèle qui a été retenu est celui d'un « Poilu au repos ». Il est placé sur « un socle de granit taillé sur lequel sont gravés les noms des enfants de Verrières morts pour la France ». Il faut également ajouter au budget : des fournitures, la pose et les prestations de monsieur Maury, architecte à Nogent-le-Rotrou. Par conséquent la municipalité doit ajouter une « contribution complémentaire à hauteur de 1096 francs pour couvrir l'ensemble de la dépense ».

Nul doute qu'ensuite, fin août 1922, la municipalité et les habitants de Verrières sont particulièrement fiers de montrer cette création lors du comice agricole qui se déroule dans la commune ! Puis, ce beau « Poilu au repos » se patine lentement et résiste courageusement jusqu'à l'hiver 2017, presqu'un siècle de longévité ! Mais la rouille commence alors à l'attaquer sérieusement aussi, et dans la perspective des commémorations du centenaire de la Grande Guerre, la municipalité de Verrières décide de financer la restauration de « son Poilu ». Le travail est exécuté par les ateliers Pecchioli de Préaux du Perche. Depuis lors, le poilu de Verrières, qui a pris des couleurs, est pleinement entré dans le XXIe siècle !

Marie-José Michel www.verrieres-patrimoine.fr


Histoire des « Poilus » des monuments aux morts


Après la Grande Guerre, plus de 30.000 monuments aux morts sont érigés sur tout le territoire français, la majorité entre 1920 et 1925. Quinze monuments par jour sont inaugurés dans les trois premières années d'après-guerre. Les groupes d'anciens combattants deviennent une force politique et morale très influente dans les années 1920-1930. Ils revendiquent la célébration de leurs camarades morts au combat par des actions à l'échelon local et national. La loi du 25 octobre 1919 sur « la commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre » établit le principe d'une subvention aux communes qui envisagent d'honorer le souvenir de leurs disparus. Le montant de la subvention de l'Etat, est fixé par la loi de finances du 31 juillet 1920. Il est proportionnel au nombre de pertes humaines subies par la commune et à la richesse de cette dernière. La loi du 29 avril 1925 interrompt le dispositif des subventions. La loi du 24 octobre 1922 fait du 11 novembre un jour de fête nationale. Toutes les communes de France veulent honorer leurs morts pour la Patrie en édifiant un monument sur lequel apparaîtront les noms des martyrs.


Pour la réalisation, il faut suivre une procédure particulière, choisir un comité d'érection, engager des fonds, choisir l'auteur du monument. Le choix de l'artiste est du ressort du comité. Le plus souvent, il s'oriente sur un artiste local déjà réputé, qui a été formé dans un atelier reconnu. Le comité peut décider aussi d'organiser un concours, la plupart du temps réservé à des artistes régionaux. Rarement, mais pour des projets d'envergure dans les grandes villes, le comité lance un concours de portée nationale. La renommée de l'artiste compte de manière décisive dans la sélection du maître d'oeuvre. Le projet de construction doit faire l´objet d´une délibération du conseil municipal. Celle-ci est soumise à l'approbation préfectorale.

Le projet doit ensuite recevoir l'accord d'une commission d'examen créée au niveau départemental pour veiller à l'esthétique des productions. Pour le choix du « Poilu » la plupart des communes font appel à des fonderies. Les fonderies vont proposer des Poilus sur catalogues, c'est ce qu'on appellera, « le marché de la mort ». Le Poilu est présent dans la moitié des communes. Les fondeurs proposent des poilus en ciment (1.800 à 2.400 F) ou en fonte (3.500 à 4.500 F) avec un enrobage de bronze. Les sculpteurs proposent des poilus en granit de kersanton-kersantite, en grès, en calcaire, en marbre blanc (8.000 à 12.000 F). Les poilus des fondeurs pèsent entre 400 et 500 kg pour une hauteur de 1,60 à 2,15 m.


Les 2 modèles les plus vendus sont :
Le poilu au repos d'Etienne Camus à 700 exemplaires
Le poilu triomphant d'Eugène Benet

Les fonderies vendent des effigies en fonte de fer ton bronze patiné (rarement en bronze) ou de ton pierre ou peintes en couleurs naturelles, tirées en série à partir de modèles d'artistes dans les fonderies d'art du Val d'Osne, Durenne et Tusey, entre autres. Les poilus du sculpteur Charles-Henri Pourquet rencontrent un vif succès, tout comme le « soldat mourant » de Jules Déchin, fondu par Durenne, ou le « poilu au repos » d'Etienne Camus, produit aussi bien par la fonderie Tusey que par l'établissement E. Guichard et Cie.


Ornements les plus courants
La couronne de feuilles de chêne ou la branche de chêne, symboles des vertus civiques

La couronne de feuilles de laurier ou la branche de laurier, symboles des vertus militaires

La palme de victoire en métal ou gravée dans la pierre

La croix de guerre 1914-1918, plus ou moins épurée au point de n'être parfois qu'une simple croix pattée

Le poilu lui-même peut être représenté, en buste ou à la taille réelle avec son équipement et dans diverses attitudes. Assez souvent, peuvent figurer des civils tels qu'une femme veuve et un(e) enfant) penchés sur une tombe ou tenant un bouquet. Ponctuellement, le civil représenté peut être muni d'un signe particulier en référence à la région ou à une activité spécifique, générale comme une charrue tirée par un cheval évoquant de toute évidence le monde agricole, ou bien plus précise, comme un outil par ex. un louchet à tourbe à La Faloise.

Des poilus dans le catalogue des fondeurs - Grande Guerre : territoriaux bretons et normands du 87 DIT (canalblog.com)


Mme Françoise LEBLOND, Présidente du Comité du Perche ornais de la SMLH61
photos sélectionnées par Madame Françoise LEBLOND par ordre de déroulement : Monuments : de Préaux du Perche, Le Theil sur Huisne, Remalard en Perche, Verrières,


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