Logo de la Société des Membres de la Légion d'Honneur Ruban de la Société des Membres de la Légion d'Honneur
Section de l'Orne

Remise des insignes de Chevalier de la Légion d'honneur à Mme Isabelle Imbert, Professeure et chercheuse en virologie par le Dr Pierre Petitbon, Président de la SMLH61, en présence de M. Guy Dabadie, Président de la SMLH13, administrateur de la SMLH.


Après un rappel par Guy Dabadie, (ancien pilote d'essai d'hélicoptères et détenteur d'un record du monde vitesse sur Dauphin), administrateur de la SMLH et Président de la Section des Bouches du Rhône (1400 membres) de ce qu'est la Légion d'honneur, décoration récompensant des mérites éminents rendus à la Nation, crée par Bonaparte, Premier Consul en 1802, première distinction française et la seule au monde de renommée planétaire (désirée ardemment par artistes et hommes d'états étrangers), Guy Dabadie insiste sur l'attribution civile et militaire voulue par Bonaparte et la parité hommes femmes instaurée par le Président Sarkozy. Il rappelle que le Président Macron a souhaité redonner plus de lustre à cette décoration en réduisant de 50% les promotions annuelles civiles tout en conservant la parité hommes/femmes. Actuellement 91000 titulaires de la Légion d'honneur vivent dans notre pays. Guy Dabadie rappelle en outre les vertus de la SMLH qui promeut l'entraide entre les membres plus jeunes et les très anciens et qui pour ses cent ans organise les Olympiades de la Jeunesse. Il laisse la parole à Pierre Petitbon.


Cher Président, cher Guy, Chère Isabelle, Chère Anne Marie et Cher Patrick Imbert, Chère madame Geneviève Casile - Hugues, Chers amis, c'est un très grand plaisir pour moi d'être parmi vous pour honorer Isabelle Imbert cette brillante chercheuse.


Pour Isabelle Imbert le SARS-CoV-2 (Syndrome aigu respiratoire sévère du Covid Virus 2) doit être cerné par des algorithmes de l'intelligence artificielle qui définiront ses futures mutations et contribueront au traitement. Il faut, comprendre comment le SARS CoV-2 se réplique pour l'en empêcher. La SMLH61 lit cet article percutant le 7/4/2020 dans la revue de l'INSERM (Inserm Institut national de la santé et de la recherche médicale) et par l'intermédiaired'un mécène décide de lui accorder un Prix. Mme Imbert nous remercie chaleureusement, des liens se nouent et le (petit) chèque après un parcours autour du monde lui parvient.


Guillaume d'Orange a dit jadis qu'« il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Cette maxime concerne aussi bien la recherche scientifique que les dossiers de proposition habituellement difficiles de nomination dans l'Ordre de la Légion d'honneur. Le dossier sera aisé pour Isabelle. Les travaux d'Isabelle suivent les traces de Lwoff, Monod et Jacob de l'Institut Pasteur (Prix Nobel 1965) sans oublier François Gros, qui ont découvert et nommé, il y a plus de 60 ans, le fameux ARN messager dans la genèse de la régulation de l'ADN et de la réplication des chaînes protéiniques.


Deux appuis déterminants celui de M. Yves GAUDIN, et de Mme Marie Paule KIENY étaient la demande de nomination. Le Premier est Ancien élève de l'Ecole Polytechnique (X85), Directeur de Recherche au CNRS, Responsable d'équipe au sein de l'Institut de Biologie Intégrative, Prix de la Fondation Schueller, Bettencourt « Coup d'Elan » en 2019, la seconde Mme Marie Paule KIENY est Directrice du programme prioritaire de recherche sur l'antibio-résistance à l'Inserm, chevalier de la Lh, ancienne Vice-Présidente de l'OMS.


Tous les deux soulignent le parcours scientifique exceptionnel de longue haleine d'Isabelle notamment avec sa réussite récente au concours de Professeur Agrégée des Universités, concours très sélectif confirme Mme Kieny. Avec une certaine amertume Yves GAUDIN souligne que « c'est grâce à des chercheuses de la qualité d'Isabelle que la France a conservé un peu de compétitivité dans le domaine de la recherche sur le coronavirus et plus généralement en virologie fondamentale ».


Après un doctorat (2000-2003) à Strasbourg dirigé par le Dr Catherine Schuster, succédant à un stage dans la société privée Transgène, Isabelle s'est dirigée vers l'équipe du Pr Canard à Marseille. 17 articles originaux révèlent les travaux d'Isabelle, dans 7 revues et 2 chapitres de livres. Deux articles illustrent ses travaux dans une revue princeps de l'Académie des Sciences des Etats-Unis, Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, (PNAS) en 2014 sur l'individualisation de deux co-facteurs indispensables pour la réplication virale, permettant la reconstitution in vitro du coeur catalytique de la réplication du SARS-CoV-1. En 2018 elle prouve que le virus dispose d'une propriété lui permettant de corriger ses erreurs lors de la réplication du génome. Ses articles ont été cités 834 fois (35 citations/article). Isabelle est une chercheuse qui, depuis 20 ans, a assis sa renommée internationale. A une époque où rien n'était connu sur la fonction des 16 protéines impliquées dans la réplication du génome viral dont le fameux ARN polymérase, Isabelle a fouillé et découvert.


Ces travaux sur le SARS CoV-1 lors de la survenue du SARS CoV-2 ont permis une exportation rapide de ces découvertes car les deux virus sont semblables. Ce complexe de reconstitution du SARS CoV 2 permettra sans doute la mise en service de nouveaux anti viraux. La Ribavarine, antiviral à large spectre, n'a pas d'effet sur le Coronavirus, elle est expulsée par l'exonucléase confirment les travaux d'Isabelle.


Isabelle est connue dans les médias scientifiques certes mais aussi du grand public (AFP, France 2, Parisien, Point, France Culture, Libération, Figaro Magazine ou Business News (amère, elle expose qu'elle passerait plus de temps à la recherche si elle devait moins courir après les financements). Isabelle a subi quelques preuves de misogynie ça et là au long de son parcours, dommage.
Dans le domaine collectif Isabelle est membre experte de l'HCERES, ( Le Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l' enseignement supérieur), membre nommée du Comité National de la Recherche scientifique du CNRS (section 20 biologie moléculaire et structurale ainsi que la biochimie). Professeure agrégée elle fournit 192h d'enseignement.


Ce qu'Isabelle prône dans l'alliance de la recherche fondamentale et des algorithmes a reçu l'appui financier de REACTing, (REsearch and ACTion targeting emerging infectious diseases) partenariat de l'INSERM et de l'AVIESAN, (alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé) ainsi que de l'ANR (agence nationale de la recherche). Les travaux sont là, somme énorme de travail en filigrane. La reconnaissance nationale et internationale, l'agrégation et son domaine de recherche lui ouvriront les portes des financements.


Isabelle est mère de deux enfants 9 Charline et Alexis 11 ans, son époux, Xavier, membre du Samu 13 a des horaires que nous connaissons, profitons en pour souligner son abnégation. La tâche de chercheuse d'Isabelle n'en est que plus difficile, son dévouement plus manifeste. Ses parents Anne Marie et Patrick peuvent être fiers de leur fille. Hélène sa soeur épouse d'un pilote de Rafale est admiratve d' Isabelle. Ses beaux parents Nadine et Bernard sont heureux de leurs petits enfants et d'avoir une belle fille de cette valeur. Patricia retrouve son amie depuis a seonde avec toujours le même plaisir. Le président Guy Dabadie, pilote d'essai d'hélicoptère émérite, titulaire d'un record de vitesse (au nez et à la barbe de Sikorski) a été clair, les mérites d'Isabelle découlent bien de l'esprit de Bonaparte et de ses successeurs.


Louis XIV disait que « chaque fois qu'il octroyait une faveur il faisait un ingrat et cent envieux ». Aujourd'hui il n'existera ni ingrats, ni envieux.

« Mme Isabelle Imbert au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d'honneur »



Réponse d'Isabelle IMBERT


C'est avec beaucoup d'émotion que je vais vous dire ces quelques mots aujourd'hui. Il y a peu d'occasions où l'univers professionnel rencontre la sphère personnelle, à part lors de la soutenance de la thèse qui remonte pour moi au 29 septembre 2003. Cette reconnaissance qui me paraît toujours surnaturelle pour moi, m'offre la possibilité de vous dire MERCI. Car c'est bien la conjonction de ces 2 mondes qui fait ce que je suis et qui a guidé mes accomplissements passés. En effet, ceux sont ces piliers que représentent la famille et les amis, associés à des belles rencontres faites dans mon environnement professionnel qui m'ont construites. J'en profite pour vous remercier d'être présents aujourd'hui, cela me réjouis d'autant plus qu'il y a des représentants des étapes clés de mon parcours. Et c'est à vous que je veux rendre hommage :


Mes parents et ma famille m'ont mis sur les rails (surtout avec un papa cheminot). J'ai toujours pu compter sur leur indéfectible soutien. Et cela n'a pas toujours été évident pour eux, surtout au début. Je me souviens quand il me manquait 15 points pour avoir le bac et que j'ai dit à mes parents que je ne voulais pas avoir mon bac au rattrapage et que je préférai redoubler ma terminale. Heureusement, que mon père a été là pour me convaincre de ne pas faire ça. Et il avait raison ! Après une première année de médecine, heureusement que mes parents étaient là pour faire les démarches afin que je sois prise en 2éme de Deug B. Ces 2 premières années universitaires ont été pour moi un véritable déclic, avec la confirmation d'un fort intérêt pour la santé humaine et également la découverte de la microbiologie. Là je me suis mise à travailler.


J'ai ainsi pu intégrer l'école d'ingénieur en GBMA à Luminy. Tout ce que j'ai découvert a fait que je n'avais plus du tout envie de repartir en 1ere année de médecine mais au contraire d'aller vers la recherche avec un lien vers la santé humaine. Fin des années 90, de grands espoirs se portent sur la thérapie génique et je suis fascinée par ces approches. A l'époque, la société Transgène à Strasbourg est pionnière dans ce domaine et développe des vecteurs d'origine virale pour apporter au patient un gène manquant ou erroné. Je réussis à obtenir mon stage de fin d'étude. Pendant 8 mois, j'ai travaillé sur les Adénovirus comme vecteur pour la thérapie génique. Malheureusement, l'histoire n'a pas démontré un succès de ces approches. Par contre, je suis contente de voir que 20 ans après, l'utilisation des adénovirus à des fins vaccinales est par contre un véritable succès.


Apres l'obtention de mon diplôme d'ingénieur, je sais que je veux continuer ma formation et devenir chercheur dans le domaine de la virologie humaine. Je rejoins l'institut de virologie à Strasbourg, et plus particulièrement une équipe nouvellement créée par MP Kieny. Le destin me fait rencontrer Catherine Schuster (CR Inserm) et je deviens sa 1ére étudiante en thèse.On est début des années 2000 et on peut dire que l'on s'est cassé les dents sur le virus de l'hépatite C. Mais de façon paradoxale, malgré beaucoup d'échecs, j'ai énormément appris àses côtés, Catherine a vraiment été et est toujours un modèle pour moi et je suis d'autant plus heureuse que l'on a toujours gardé ce lien et que l'on continue à se voir pour des raisons personnelles et également professionnelles.


Je soutiens ma thèse le 29 septembre 2003, et le destin tape une nouvelle fois à ma porte avec une offre de poste de demi-ATER à Marseille. Dans ce poste tout était réuni, la virologie humaine, une expérience en enseignement et un retour dans ma région d'origine. Le seul petit bémol était le salaire. Xavier accepte de quitter son nord-est natal pour me suivre à Marseille. J'intègre donc le laboratoire AFMB en octobre 2003 et 2003 est l'année de l'émergence du 1ér CoV hautement pathogène pour l'homme, le SARS-CoV. J'ai eu la chance d'avoir tout l'environnement pour développer mon programme de recherche sur ce virus. J'ai travaillé dur, très dur pendant 13 ans sur ce virus, c'était tellement stimulant car quasiment rien n'était connu sur ces virus. Il a fallu être patient, avec des échecs mais également des découvertes qui je suis fière de dire qu'elles servent actuellement dans la lutte contre le SARSCoV-2.


C'est vous qui m'avez donné la force de ne jamais renoncer, de m'accrocher etd'avancer. Je reconnais que parfois ce n'est pas évident d'être votre fille papa et maman, d'être ta soeur Hélène, ta femme, Xavier, votre maman Charline et Alexis, votre belle-fille, Nadine et Bernard, et vous autres, votre amie. < br>

Il y a ces périodes plus ou moins longues, où je suis tellement obnubilée par mon travail que je ne donne aucun signe de vie, je ne prends même pas le temps de passer un coup de fil à mes amis. Mais ma famille et mes amis, vous me pardonnez toujours. Il y a ces périodes où je n'ai pas beaucoup de patience et vous mes enfants me pardonnez. Il y a des moments où rien ne marche ou bien encore où je dois faire face à une certaine adversité de la part de certaines personnes. J'ai failli abandonner, renoncer, mais à chaque fois, chacun, vous avez contribué à ce que je me remette en selle. Je n'ai pas besoin de citer de noms, je sais que vous vous reconnaitrez. Janvier 2018, j'arrête pour différentes raisons de travailler sur le SARS-CoV et trouve un « nouveau virus » pour lequel beaucoup de choses restent à découvrir. Il s'agit du virus de l'hépatite E. Je repars à 0, ça me fait peur mais à la fois c'est terriblement stimulant. Je travaille encore dur, très dur et encore au détriment de mes proches.


Janvier 2020, j'attends parler de ce nouveau CoV, venu de Chine. Je me souviens que pas une seconde je n'ai imaginé que cela se passerait ainsi. Pour moi, c'était un copié/collé du SARS-CoV de 2003. Très rapidement je comprends que j'ai tort. Je veux participer à monpetit niveau à la lutte. Fin février, je commence à écrire un projet de recherche sur ce virus. Je ne fais plus que ça, comme une sorte d'addiction.

Le samedi 14 mars, je rentre précipitamment de Paris où j'étais partie 1 semaineauparavant pour le CNRS. Je suis cas-contact. Je vis donc 14 jours recluse dans ma chambre avec ma belle-mère qui a accepté d'être confinée avec nous 4. D'un séjour initialement prévu de 2 semaines, elle sera finalement restée plus de 6 semaines. Elle aura tout géré pendantque moi je travaillais en continu dans ma chambre et que Xavier travaillait à l'hôpital. Cela m'a permis d'abattre un travail que je n'aurai jamais pu faire dans des conditions normales. Jedécroche des financements sur ce nouveau projet monté 2 mois plus tôt où je combinel'informatique à la virologie. J'obtiens mon poste de professeur d'université. Je fais de nombreuses visios avec d'autres chercheurs pour monter des projets collaboratifs et j'essaiede répondre aux sollicitations des journalistes.


Le jeudi 7 mai 2020 à 19h40, le destin m'envoie un mail. Il s'agit d'un mail d'encouragement de la part de Pierre Petitbon, président de la société des membres de la légion d'honneur de l'Orne. Pierre avait lu un article sur mes travaux de recherche dans le journal de l'Inserm. Comme toute bonne fée, Pierre avait une baguette magique où je devraiplutôt dire un club de golf, en la personne de Guy Dabadie, président de la section de la LH des Bouches du Rhône. Sans leur soutien, leur encouragement nous ne serions pas réunis aujourd'hui. C'est dur d'exprimer tout ce que je ressens, tout ce que vous m'apportez, avec juste ces 5 lettres que forme le mot M.E.R.C.I Je finirai juste par vous dire que cette médaille est la vôtre.

>Photos SMLH61 et famille d'Isabelle Imbert


Retourner à l'historique des activités



  © SMLH - 2016