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Section de l'Orne

Avertissement : le Livre "Clandestinité" d'André Mazeline de 1947, a été réédité en juin 2020 par les Editions Corlet à la demande de Gérard Fournier, Professeur agrégé d'histoire honoraire, docteur en Histoire, Président de Mémoires de la Résistance et de la Déportation normandes association héritières de plusieurs associations patriotiques dont les CVR du Calvados et de la Manche.. L'article que vous propose la SMLH61 est destiné à rappeler, à ceux qui ont vécu, ou entendu parler des évènements par leur famille, qu'ils pourront se les remémorer en lisant ou relisant l'ouvrage. Pour ceux qui ignorent cette période, il sera judicieux de s'emparer de ce livre dense et exact comme un rapport, qui relate des faits, une chronologie, sans oublier les souffrances et les admirations ressenties par l'auteur du livre. Evidemment l'article, qui résume le livre, est supposé éveiller la curiosité du lecteur éventuel.

André Mazeline est un des résistants phares de l'Orne,, il n'est pas le seul : Robert Aubin, par exemple a fondé l'OCM dans l'Orne, il est arrêté, Daniel Desmeulles lui succède, Edouard Paysant, responsable du BOA (Bureau des Opérations aériennes) qui sélectionnait des terrains de parachutages et réceptionnait les parachutages anglais ou américains, de l'Orne. Il sera obligé de fuir en sauvant des aviateurs américains. Il finira exécuté, en juin 1944, dans le Morbihan sans que l'on retrouve son corps. Sa fille Françoise Comte elle aussi résistante, a sa biographie dans le site. (reportages / figures de proue) Henri Véniard le premier fusillé, Etienne Panthou, Henri Laforest, Romain Darchy à l'Aigle qui a donné sa vie, en juin 1944, torturé sans parler et le propre frère d'André Mazeline, Jean, responsable à Sées des FFI, exécuté à l'Hôme Chamondot, en août 1944, après un passage horrible au Château des Ducs d'Alençon, pour ne citer que les plus emblématiques peut-être. L'Orne a beaucoup souffert dans ses résistants les plus décimés de Normandie, puis lors de sa libération. Les Ornais savent qu'Argentan, Flers entre autres ont beaucoup souffert des bombardements alliés et allemands. André Mazeline, une carrière remarquable et exemplaire au service de la France. Dans la Résistance ornaise son rôle a suivi, fin 1942, l'essor de celle-ci. Son pays a reconnu ses mérites. Il est Officier de la Légion d'honneur (1956), Croix de Guerre avec palme et une étoile de vermeil, médaille commémorative 39/45, Croix de guerre TOE (1 palme, 1étoile de bronze), médaille coloniale avec agrafe EO, Officier d'académie, Médaille commémorative de l'AFN, Croix du Combattant volontaire 39/45, Croix de la Valeur militaire (1 étoile d'argent), Croix du combattant volontaire de la résistance. Il a aussi reçu la Bronze Star Medal américaine (4ème plus haute distinction US pour mérite et bravoure) et il est chevalier de l'étoile noire du Bénin


André Mazeline avant de s'éteindre le 26 janvier 1979, après avoir lutté contre une lourde maladie, bien plus longtemps que ne le supposaient ses médecins, a vécu une vie riche. Cette existence remplie, à l'ombre de ce que la République et ses parents lui avaient enseigné : le respect du travail, l'honnêteté, l'honneur, l'amour de la France. Il a fait une guerre de 39/40 « l'arme » au pied comme il l'écrit à son jeune frère (6 ans de moins) Jean. Ce jeune frère qui vivra ses dernières heures précédant son exécution au Château de Brotz, à l'Home-Chamondot, où la Gestapo avait installé une prison..


Ce jeune frère, Jean, André lui avait vanté dans une lettre, de 1948 à 1952. lors de sa guerre l'arme au pied : « La France c'est le pays le plus représentatif de la civilisation la plus complète, la plus culturelle, c'est le pays de la Liberté, de la finesse d'esprit, de la justice c'est l'union de coeurs généreux et de braves gens. Je sais que tout n'est pas parfait, on trouve des brebis galeuses, des défauts de structure, des malpropretés, des trahisons même. Cela n'excuse pas la lâcheté. La civilisation française est trop belle pour qu'on lui refuse son aide». Dans cette autre lettre (Annexe V de l'ouvrage édité chez Corlet) André relate les dernières heures de Jean, précédant son exécution par les allemands. Dans ce texte bouleversant dans lequel il transcrit tels qu'il les ressent, les derniers instants de Jean. Au château de Brotz à l'Hôme-Chamondot, dans l'Orne, la Gestapo a installé une prison. Extrait de la Prison des ducs à Alençon, fuyant l'avancée fulgurante des Américains les gestapistes dont un français (la mère de celui -ci ricanera en leur disant « vous avez voulu le plaisir, vous allez payer ». Jean sera exécuté le 9 août 1944 avec Fernand Bouilhac, Albert Frémiot, Fernand Chasseguet, Jean Moreau. Dénoncés par les services de la « Bande à Jardin » ce sinistre personnage lui-même fervent défenseur nazi. Jardin, sera fusillé, malgré une défense assurée par Me Isorni, défenseur entre autres de Pétain, le 17 août 1946.


La Guerre finie André Mazeline pense que son devoir doit le conduire sur les terres où la France combat un autre totalitarisme. De même que les colonies sont venues au secours de la France dans le besoin, de même il doit leur apporter son concours. Il s'embarque pour l'Indochine. Il y combattra avec les honneurs déjà cités, de 1948 à 1950. Puis il séjourne en Allemagne occupée puis au Sénégal de 1952 à 1958. Dans ce pays il réorganise l'école militaire préparatoire de Saint Louis.


De 1959 à 1962 il exerce des commandements en Algérie (1959 Adrar, Sahara, 1er bataillon du 23ème régiment d'infanterie de marine – RIMA). Là encore les honneurs lui sont attribués. En 1962 il est affecté à Phnom Penh (directeur des études à l'école militaire khmère). En 1964, lieutenant-colonel il revient en France à Caen. L'inactivité lui pèse il demande comme il en a le droit sa réintégration dans l'Éducation nationale. Il est nommé à Falaise jusqu'en 1973 (il enseigne l‘histoire et la géographie, quelle chance pour ses élèves!) date à laquelle un mal implacable l'atteint.


CITATIONS


Pourquoi les transcrireet ne pas se contenter de les
énumérer ? Les militaires ont toujours su, dans un langage sobre, décrire ce qui a attiré l'attention des chefs dans les actes d'un militaire. Le militaire cité s'est distingué de ses pairs, il a fait preuve de courage, d'esprit d'initiative, de dévouement. Les voici concernant André Mazeline, in extenso les unes après les autres. Nous rappelons la hiérarchie Citation à l'armée avec une palme sur la Croix afférente, Citation à l'Ordre du Corps d'Armée avec étoile de Vermeil, Citation à l'Ordre de la Division, avec Etoile d'Argent, Citation à l'ordre de la Brigade et du Régiment avec étoile de Bronze. André Mazeline a 6 citations ce qui est énorme. Pour la 2ème guerre mondiale 39/45,

Citation du VIIIème CA, N°54, 8224/1 « sous-officier du groupe franc, d'une bravoure exceptionnelle et s'étant distingué au cours de circonstances difficiles. Le 24/3/40 s'est porté spontanément avec 1 officier, 3 sous-officiers, à 800m de nos lignes auprès d'un avion tombé en flammes. Malgré un feu violent de mitrailleuses, a progressé assez près de l'avion pour interdire l'approche aux allemands. A contribué aussi à sauver un aviateur. Au cours de la même opération et au mépris de tirs ajustés à 50mètres a également contribué à recueillir 1 sous- officier et 2 hommes de troupe d'une patrouille d'un Régiment voisin, cloué au sol par le feu de l'ennemi ». Homologuée dans le JO du 27/6/41 comme la suivante.


Citation du Régiment , N°47, N° 399 par le Colonel Cdt l'infanterie du 7ème régiment de la DI « Sous-officier très brave, le 9/6/40, bien qu'accomplissant les fonctions de comptable, alors que la compagnie avait franchi le pont de la Verberie, est reparti de l'autre côté du pont bombardé, pour ramasser 2 mitrailleuses laissées sur place. A installé une pièce sur la berge et est resté comme tireur pendant plusieurs heures sous les feux ennemis » déjà cité.


Pour cette même Deuxième guerre mondiale au titre de la Résistance Citation à l'Armée N°40 du 25/05/1945 « A su galvaniser la Résistance active dans le département de l'Orne s'imposant à tous a pris une part des plus actives aux opérations de libération , se tirant à maintes reprises des situations les plus périlleuses pas son sang froid et sa bravoure. A notamment mené le combat en forêt d'Ecouves, en Juillet – Août 1944 puis franchissant avec ses hommes les lignes allemandes a rejoint le 11/08/1944 la 2° DB pour participer aux combats de Francheville et d'Ecouves appuyant efficacement l'attaque de cette division. »


Les TOE sont devenus les lieux de l'expression de ses énormes qualités de chef courageux Citation à l'Ordre de l'Armée à titre exceptionnel JORF le 2/7/50 Décision N°19 : « Commandant de compagnie dans un bataillon d'intervention, avait déjà donné au cours de nombreuses opérations de multiples preuves de sa valeur militaire. S'est particulièrement distingué le 18/03/1950 à AN LAC (Tonkin) où payant personnellement d'exemple il a entraîné son unité à l'assaut de formations rebelles retranchées et puissamment armées, pour dégager une compagnie voisine fortement accrochée. Blessé au cours de l'action a continué d'assurer son commandement et a refusé de se laisser évacuer »


Ce n'est pas fini une citation à l'Ordre de la Brigade N° 137 du 18/12/48, vient renforcer l'image que l'on a d'André Mazeline Il n'est pas pour l'arme aux pieds quand l'occasion se présente pour confirmer son courage et son esprit d'initiative. Il est toujours au Tonkin à Maï Chu « Le 13 novembre 1948 à MAÏ CHU a monté sur renseignements et réussi un coup de main délicat et audacieux. A abattu personnellement deux rebelles a récupéré deux révolvers, des grenades et une importante documentation donnant ainsi un bel exemple de courage à ses troupes »


Il est officier supérieur en Algérie et à ce titre il commande un secteur (Orleansville puis Miliana). Il reçoit une citation à l'Ordre de la Division (O.G. N°1 , 10/03/1962, Général Cdt la RT et le CA d'Alger) et avec attribution de la Croix de Guerre, la Valeur militaire, avec étoile d'argent « Officier supérieur de valeur, qui depuis un an a assuré le commandement en second d'un Bataillon d'abord implanté dans le Quartier Pilote de Pacification de WARNI (secteur d'Orleansville puis secteur de Miliana où lui a été confié le commandement du quartier de LAVARANDE. A obtenu d'aussi bons résultats sur le plan de la pacification que sur celui de la lutte contre la rébellion. Faisant preuve de sens tactique avisé, a monté et dirigé de nombreuses opérations et des séries d'embuscades nocturnes d'envergure qui ont neutralisé l'action rebelle et lui ont infligé des pertes. S'est particulièrement distingué le 11 mai 1961 dans le Douar OULED FARES, les 19 et 25 juin dans le Douar d'EL HADJERAF (secteur d'Orléansville), le 21 décembre dans le BOU-MAAD (secteur de Miliana) au cours d'opération qui ont permis de tuer 4 rebelles, faire 7 prisonniers, de saisir 7 armes, deux obus de 105, de détruire un poste de commandement rebelle important et de s'emparer de documents et matériels divers ». André Mazeline est un homme de décision, d'initiative et courageux. Il a en plus cette qualité d'entraîneur d'hommes cela implique un charisme et une confiance de ses troupes dans la solution qu'il adopte.


Né le 8 avril 1915 dans une famille d'instituteurs André Mazeline deviendra lui-même instituteur, formé par l'École normale d'Alençon. Il reçoit de sa famille la notion des valeurs de la République et des citoyens. Il fait un service militaire en 1936 de deux ans, il est classé auxiliaire (blessure au genou) mais demande sa réintégration dans l'armée d'active à la déclaration de la guerre. Affecté au corps franc du 4ème RIC le 10/2/1940. Il récoltera pour sa bravoure deux citations au CA, une au régiment avec attribution de croix de guerre avec étoile de vermeil. Démobilisé il rejoint la Ferté Macé, puis il est nommé à Ste Opportune.


Cet homme de conviction est un résistant sans avoir entendu le texte de « l'APPEL ». Insensiblement et progressivement il entrera dans la Résistance d'abord par des gestes anodins : graffitis, tracts etc.. Puis dans des structures de résistance élaborées qui seront progressivement de plus en plus fortes et hostiles aux allemands (boches ou teutons selon les dénominations de l'époque). Au début l'on sait que de Gaulle est isolé en Angleterre. Visionnaire il écrit, « Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. » Avant que les Nazis attaquent la Russie, les structures résistantes n'impliquent que les Gaullistes. Les FTP (Francs-Tireurs et Partisans) n'entreront en masse, en résistance, qu' après le lancement de Barbarossa le 22 juin 1941.


Dès lors les forces en présence qui s'opposent aux Allemands, sont le MLN (Mouvement de Libération Nord), les FTP (Francs-Tireurs et Partisans), l'AS (Armée Secrète), le BOA (Bureau des Opérations Aériennes) rappelons-le. Les organisations sont difficiles à mettre en place pour des raisons évidentes de sécurité, de confidentialité, de sélection (notamment pas de bavards !). La Gestapo, les forces de police françaises, la milice, la gendarmerie sont aux ordres de Vichy (rappelons que l'Orne est en zone occupée). La Gestapo sait utiliser les nuisances locales de délation. Les structures de Résistance départementales, sont mises en place par des représentants régionaux ou nationaux, qui se déplacent. Les FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) émanation de l'AS, prennent naissance le 20 juin 1944 dans l'Orne car tous les mouvements ont compris que l'union fait la force. Le chef de l'Armée secrète (AS) Daniel Desmeulles a été arrêté le 13 juin. André Mazeline, connu sous le pseudo de « MARSOUIN » précédemment nommé par Robert Aubin, (chef départemental de l'OCM), chef de l'AS d'Athis est nommé le 20 juin 1944, pour son autorité naturelle, chef des FFI de l'Orne par le Général Allard commandant la zone Ouest des FFI, sous le commandement du Général Audibert.


Dans son ouvrage « Clandestinité » d'André Mazeline (réédité récemment par les éditions Corlet à l'initiative de Gérard Fournier, Professeur agrégé d'histoire honoraire, docteur en Histoire, Président de Mémoires de la Résistance et de la Déportation normandes association héritières de plusieurs associations patriotiques dont les CVR du Calvados et de la Manche rappelons-le. André Mazeline décrit par le menu les actions « Tortue » de retardement des forces allemandes. Il rappelle que malgré les actions du « BOA » les armements sont faibles, sauf peut-être pour le groupe « Foccart » forestier de Rânes dont le livre de Pierre Péan» « Les hommes de l'Ombre » trace un parcours ambigu voire criminel.


En venant à Flers activer les réseaux communistes Pierre Georges, militant communiste connu sous le pseudonyme de « colonel Fabien » auteur du premier attentat contre un allemand à Paris (métro Denfert Rochereau, l'aspirant Alfons Moser, de la Kriegsmarine le 21 août 1941). Cette activation des réseaux communistes provoquera le premier fusillé en novembre 1941, Henri Véniard (encore que Pierre Baudu ait été fusillé à Boucé auparavant pour détention d'arme le 16 juillet 1940 ).


Les secteurs, réseaux, organisations, armement se sont mis en place progressivement Les liens se sont noués avec le Mouvement Libération Nord.(MLN)

. Le BOA, (bureau des opérations aériennes) qui assure les ramassages des parachutages sur une dizaine des 20 points prédéterminés. L' OCM organisation, civile et militaire, dirigée par « Robert Aubin » se veut le bras armé de la Résistance . Avant le débarquement, seuls les FTP effectuaient des actes de sabotage, sous le commandement des chefs locaux d'Argentan : Soubabère, cheminot dit « Meu meu » et Giroux, journaliste connu sous le pseudo de « Boulard ». L'OCM et l'AS souhaitent s'équiper et se tenir prêts pour le débarquement. Les FTP tiennent déjà à contrecarrer la présence allemande. Leurs efforts de sabotage sont fructueux. Argentan, point ferroviaire bien surveillé par la Gestapo et les services associés est dangereux. Le capitaine de Gendarmerie Laplanche a, par exemple, arrêté (4 mars 1944) le maquis de Vrigny (Haute Bellière) et a fusillé six FTP le 27 avril 1944.


Lorsqu'André Mazeline est désigné à la tête des FFI, il transmet aux FFI de l'Orne, son Ordre du Jour signé Marsouin :
« 1 Gérard (Desmeulles) est arrêté nous perdons tous un chef, je perds un ami. Je suis désigné pour être son successeur.
2 . L'État-Major des FFI exige l'action immédiate. Vous rappellerez à vos hommes qu'ils ont pris l'engagement de servir et fait serment d ‘obéissance. J'ordonne le soulèvement général de toutes les forces de combat de l'Orne. Quoique sans uniformes les volontaires des FFI sont des soldats et se battront en soldats.
3 . Voici mes consignes particulières :
- Continuez les sabotages selon les plans prévus : abattis d'arbres sur les routes, coupures de lignes téléphoniques, destruction de panneaux de signalisation et fléchages
- Intensifiez la guérilla. Il est nécessaire que nos troupes se meurent avec l'ennemi chaque fois qu'elles en trouvent l'occasion. Les attaques de convois, camions, autos, motos et d'allemands isolés doivent être journalières. Nous n'avons pas à craindre d'engager le combat chaque fois que notre armement et notre nombre nous permettent d'espérer le succès.
- Il faut harceler l'ennemi partout à la fois. Notre action sur ses arrières a une importance capitale. La lutte ainsi menée exerce dans ses rangs une démoralisation incontestable qui hâte la victoire.
- D'autre part combattre est un devoir de solidarité vis-à-vis de nos camarades qui se sont engagés dans cette voie, car multiplier les points d'insurrection obligent l'Allemand à disperser ses forces de répression ce qui diminue d'autant leur efficacité.
- Abattre sans pitié tous les agents de la Gestapo, les traîtres, les mouchards, les boches. Ceux qui sont à la solde du Biche doivent payer de leur vie leur félonie. C'est une mesure de sécurité pour nous tous. La terreur est le seul moyen d'imposer le silence aux délateurs. Les exécutés ne nuiront plus. Les autres n'oseront parler.
Nous avons à mener un combat sans merci. Je sais pouvoir compter sur vos hommes et sur vous. L'heure de la Libération approche. Aux côtés de nos grands Alliés nous vaincrons.
Vive la France
PC Le 20 juin 1944
Marsouin



Que se passe-t-il à partir du 21 juin 1944? Les actes de sabotages très nombreux sont altérés par les succès de la Gestapo. La lenteur de la progression des Alliés qui sont à Caen (à 60 kms) surprend tous les maquisards, leur coupe partiellement les jambes et donne des ailes à la Gestapo et à leurs sordides alliés de la bande à Jardin. Parmi les FTP de Saniez (commandant ceux de Flers), 6 FTP sont fusillés, pris à Condé sur Sarthe, le 9 août 1944. Sont exécutés à L'Hôme-Chamondot outre Jean Mazeline le frère d'André, responsable AS du canton de Sées , arrêté le 27 juillet à Tuboeuf, François Bouilhac, responsable AS d'Alençon, arrêté le 24 juin en forêt d'Ardenay en Sarthe, ou Albert Frémiot responsable BOA/AS du secteur de Sées arrêté le 12 juillet, Jean Moreau responsable FTP de la Manche, du Calvados et de l'Eure arrêté le 17mai 1944 à Argentan. On sait que André Mazeline a écrit une très émouvant éloge funèbre, de la sinistre mort de son frère, comme si il revivait en souffrance, les derniers instants de Jean et de ses compagnons. (Annexe 5 dans le Livre de Corlet).

Dans cet ouvrage par ailleurs André Mazeline élabore un monument aux morts, en fournissant la liste des morts pour la France dans la Résistance ornaise. Pour la plupart jeunes et très jeunes. Ils sont plus de 250. On ne les citera pas tous. On en rappelle que certains emblématiques. André Mazeline pense ne pas en avoir oublié. Il nomme les FTP du maquis de la Haute Bellière exécutés le 27/04/1944, parmi eux Jacques Louvel, ceux de saint Germain du Corbéis exécutés le 12 mai 1944, les 12 de Lignières fusillés sur place le 13 juin 1944, les otages exécutés à Tanville. Les 8 fusillés à la ferme des Riaux pris à Francheville, le 28 juin 1944, les 12 fusillés à Condé sur Sarthe le 30 juin, capturés à Courcerault le 5 juin. Il énumère ensuite ceux qui seront exécutés en juillet 1944. En août 1944 ce sont les 9 de Saint Cyr la Rosière tués au combat ou parmi lesquels le Dr Paul Gireaux, fait prisonnier et exécuté. On a cité Bouilhac, chef de l'AS d'Alençon, avec ceux qui ont été exécutés à l'Hôme Chamondot Édouard Paysant est mort dans le Morbihan son corps jamais retrouvé nous l'avons dit.


Marsouin prononcera à Trun, une bel éloge funèbre à Louis Guêné « Gloire à la France éternelle, Gloire à ceux qui sont morts pour Elle, Aux Martyrs, aux Vaillants, aux Forts qui s'achève par ces vers du chant des partisans
Ici, chacun ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe
Ami si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place
Demain du sang noir sèchera au grand soleil, sur nos routes
Sifflez compagnons dans la nuit la liberté vous écoute"
Chant des partisans
.
Parmi les actions fortes et significatives Le combat à Ecouché avec les chars du Capitaine Dronne de la 2ème DB, celui qui entrera le premier à Paris qui valent citation « Le capitaine Raymond Dronne, commandant la 9ème compagnie du 3ème RMT (régiment de marche du Tchad) certifie que les FFI de l'Orne lui ont apporté une aide précieuse du 12 au 16 août 1944, dans la marche en avant vers Ecouché et dans la défense de cette ville, qu'elles ont assuré de nombreuses patrouilles et de nombreuses missions de jour et de nuit, qu'elles ont en particulier exécuté un coup de main dans l'après-midi du 14, qui lui a permis de ramener 129 prisonniers allemands, de capturer un important matériel, armes et véhicules et de délivrer 8 Américains dont 7 blessés. 17/08/1944 signé Dronne »
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Juin, Juillet, Août 1944 75 jours de combat, 6 véhicules par jour sont détruits, le plan « Tortue » retardateur fonctionne, les renseignements aux Alliés furent abondants et efficaces, les troupes FFI seront aux côtés des Alliés à Flers, Argentan, Alençon. Le MLB de Linker sera lui aussi actif au centre du département. André Mazeline rejoindra la 2ème DB à Alençon et effectuera un parcours militaire avec cette division puis dans l'active dans les TOE comme nous l'avons vu.


Les traîtres délateurs et exécuteurs des basses oeuvres de la Gestapo ont été en majorité punis, arrêtés et exécutés dont Bernard Jardin arrêté en Italie, ramené en France, jugé et fusillé le 10 avril 1946 malgré une défense de Me Isorni le défenseur de Pétain (entre autres) nous l'avons déjà dit. Onze des comparses de Jardin, seront pour la plus grande partie fusillés et 2 seront condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Darchy de l'Aigle, au courage indomptable qui n'a pas desserré les dents, fait partie des victimes de cette sinistre bande. Ceux que cette équipe de tortionnaires a fait fusiller, ou exécutés bénéficieront à Argentan d'un monument dédié à la mémoire et à la gloire des Résistants. Argentan, ville martyre, recevra la « Légion d'honneur » et la « La Croix de Guerre avec palme »,

Ce monument à la gloire des Résistants est inauguré le 29 septembre 1957 par le maire le Dr Couinaud, ancien résistant déporté. Les dons, parmi lesquels les droits d'auteur de l'ouvrage d'André Mazeline, contribueront à l'érection de cette colonne de la commémoration. A sa base les ouvrages du sculpteur fertois célèbre Marcel Pierre illustrent les actes de bravoure. Sur une de ses faces Marcel Pierre, a dépeint les aspects de la résistance : la guérilla avec un maquisard équipé d'une mitraillette Sten, les opérations aériennes avec le parachute déployé derrière un maquisard et un FFI qui transporte un container sous la protection d'un camarade casqué et armé, le sabotage avec un poseur de mine, les transmissions radio clandestines avec l'opérateur radio (écouteurs sur les oreilles) et enfin le renseignement objectivé par un observateur de l'ennemi à la jumelle, accompagné d'une femme qui transmet les messages.

André Mazeline disparait le 26 janvier 1979. Danielle Mazeline nous transmet le dernier message de son époux « La vie a un sens et un but il appartient à chacun d'entre nous de chercher à les découvrir » écrivait-il à quelques jours de sa disparition « L'entreprise n'est pas aisée et rien n'est moins sûr que tous y parviennent. Il n'y a pas lieu de renoncer pour autant, car l'effort de réflexion et de méditation fourni par une telle tentative ne peut être inutile ». André Mazeline a commencé sa vie comme instituteur et à la fin de sa période sous les armes de la Résistance puis de l'armée "régulière" pour achever sa carrière avec le grade de Lieutenant-colonel, il a repris le chemin de l'école. A l'égal de Cincinnatus, qui avait retrouvé sa charrue, André Mazeline a repris le chemin du Lycée pour y retrouver ses élèves avec passion.

Texte de la SMLH61 basé sur les Citations (in extenso) fournies par Mme Danielle Mazeline et le Livre de M. André Mazeline "Clandestinité" édité chez Corlet en juin 2020 et rappelons-le à la demande de Gérard Fournier, Professeur agrégé d'histoire honoraire, docteur en Histoire, Président de Mémoires de la Résistance et de la Déportation normandes association héritières de plusieurs associations patriotiques dont les CVR du Calvados et de la Manche. Il a fourni un énorme travail. Il a relu et retranscrit sur word le texte en adjoignant le fruit de ses recherches. Cet ouvrage est recommandé à votre lecture.
Les photos SMLH61 sont extraites du Livre de M. Mazeline avec autorisation de Mme Mazeline et des Editions Corlet qu'elles en soient remerciées ici. Ce sont des photos des illustrations du livre. Dans l'ordre du défilement : André Mazeline, Romain Darchy, Edouard Paysant, Jean Mazeline, Daniel Desmeulles.


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