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Section de l'Orne

Georges CLEMENCEAU est Président du Conseil le 16 novembre 1917. Il y a juste cent ans. Il est élu par : 418 voix contre 65 toutes socialistes et 40 abstentions (socialistes et radicaux). Le Président de la République, Raymond POINCARE,a fait appel à lui à contre coeur. Ce polytechnicien rigoureux et froid est l'antithèse du fougueux vendéen. Clémenceau a 76 ans. Il a une réputation désastreuse dans le monde ouvrier (répression de la grève de mineurs en 1906 avec deux morts dont la génèse est mal élucidée). « Il a engraissé, sa surdité a augmenté, son intelligence est intacte » accuse et reconnait Poincaré juste avant de le pressentir.


Pourquoi fait-on appel à lui? En 1917 la situation de l'avant et de l'arrière est catastrophique. Martin MALVY, Ministre inamovible de l'intérieur depuis juin 1914 que Clémenceau vient d'attaquer dans un discours au sénat le 22 juillet 1917 (durant 2heures!!) relayé par la presse et vigoureusement applaudi par les sénateurs doit démissionner le 31 août. Il entraîne dans sa chute son Président du Conseil RIBOT. Pourquoi la situation de Malvy est intenable ? Il est suspecté de complicité avec les pacifistes et ceux qui désarment le moral des arrières et suscitent des mutineries, dont ALMEREYDA. Ce dernier de son nom, Eugène VIGO ( père du cinéaste Jean Vigo), se suicidera, ce que ne croira jamais Clémenceau. Depuis le début 1917 le Ministère Clémenceau sera le 4ème (Briand, Ribot, Painlevé) et depuis août 1914 il sera le 6ème.


Clémenceau a toujours dit à son entourage proche qu'il n'est pas chaud pour reprendre le pouvoir.. Il a son âge et il est diabétique. Mais en juin 1917, les rapports des 83 Préfets des départements dans lesquels sont absents les allemands, précisent que le moral des Français, campagnes et villes, est défaillant dans plus de la moitié. Il n'est excellent que dans huit. La hausse des prix début 1917 affecte la population dans son ensemble. Clémenceau veut avoir un objectif simple : La Victoire. Il faut faire la guerre. Ne pas tenter de négocier, ce que Poincaré contacté par l'Autriche se prépare peut être à entamer.

Clémenceau se conditionne donc simplement à redonner le moral aux Français et à réorganiser le front par ses chefs et par l'approvisionnement de l'arrière pour les biens de la vie quotidienne et du front pour la gamelle et les munitions et armes. Il musèle sans censure la presse favorable aux pacifistes et aux grévistes. Il pourchasse les embusqués et toujours les pacifistes. Bien qu'hostile au colonialisme de Jules FERRY il va faire appel à la « Force noire » de MANGIN malgré l'opposition de PETAIN à ce général. Blaise DIAGNE sénégalais, SFIO, sera nommé Commissaire au recrutement indigène. Malvy sera condamné par la Haute Cour ainsi que CAILLAUX (réhabilité pa le Cartel des Gauches, et qui demeurera le grand homme politique de MAMERS jusqu'en 1936). On se souvient que son épouse furieuse des attaques du FIGARO, contre son époux, de Gaston CALMETTE, tuera le directeur du quotidien dans son bureau de trois coups de révolver et sera plus tard acquittée (le crime passionnel!!!).


Mais pourquoi Clémenceau 76 ans est-il aussi espéré par les élus et surtout la population. Marcel SEMBAT et ses socialistes ainsi que les anarchistes en revanche n'en veulent pas. Clémenceau a été un homme de tempérament durant sa carrière politique. Il a eu 47 duels tous gagnés dont le plus représentatif (paradoxe, de l'existence de Clémenceau), au pâle DESCHANEL (en 1894, pour l'affaire de Panama ce qui lui vaudra une traversée du désert politique de 9 ans). Deschanel le battra en 1920 (en fait Clémenceau s'est retiré) à l'élection, seul candidat, à la Présidence de la République. Il sera le mieux élu des Présidents de la IIIème République avec le destin désarmant que l'on connait.

Clémenceau a été Dreyfusard. Il est à l'époque journaliste à " l'AURORE " (propriétaire, fondateur VAUGHAN). C'est lui qui trouve le titre « J'accuse » de l'article d'Emile ZOLA. Sa plume d'abord dans « l'Aurore », il a contribué à sa création, puis dans sa propre publication le « Journal enchaîné » qui sera « libre » à partir de novembre 1917, est redoutable.

C'est aussi un orateur né. Le discours de septembre 1917 qui achèvera Martin Malvy aura duré 2heures. C'est une force de la nature pour un intellectuel pur. Il est vendéen, athée. La mère du futur Maréchal de LATTRE de TASSIGNY voisine et amie de la famille Clémenceau récitera sa vie durant des chapelets pour rapprocher Clémenceau de l'Eglise. CHURCHILL a dit de lui que, si « un homme peut à lui seul représenter son pays c'est bien lui ».

Politiquement depuis 1875 il a une vie active, sénateur, ministre de l'intérieur en 1906 , il se dénomme lui-même « premier flic de France ». Il a maté les grèves, mais il a été favorable avec Victor HUGO, le premier, puis GAMBETTA, Président de la Chambre, à l'amnistie des communards qui sera voté en 1880. Il a fait voter, Président du Conseil, le premier congé hebdomadaire. Il va aussi mettre sur les rails l'impôt sur le revenu qu'a voulu CAILLAUX en 1907 (sur les modèles allemands et anglais bien plus anciens) et qui ne sera mis en vigueur définitivement qu'au début de l'année 1914 et effectif en 1917.


Il est anticolonialiste et opposé à Jules Ferry pourtant père de l'école républicaine à laquelle Clémenceau est favorable. Clémenceau fera tomber le ministère Ferry en 1885 sur l'affaire de Lang Son (une méprise, certes, qui a 24h près, a valu la déconfiture de Ferry). Jules Ferry ne reviendra plus jamais, soumis à la vindicte de Clémenceau sur le devant de la scène. Voilà, bien que lui-même soit haï, par les socialistes, sa vie politique a toujours penché du bon côté. Cela lui a valu sur une longue période une belle réputation et une belle estime de la population. On sait qu'il veut récupérer l'Alsace et la Lorraine. On lui reconnait sa vivacité d'esprit, son intelligence et sa puissance de persuasion. Il la manifestera en se rendant coiffé de son chapeau vendéen, sans casque, ne voulant pas prétendre au combat, à de nombreuses reprises dans les tranchées de novembre 1917 à novembre 1918. Clémenceau dispose d'un capital d'estime dans la population, mais doit composer avec de farouches opposants chez les parlementaires. Il sera comme Churchill, de Gaulle désavoué à la fin de la guerre et en 1920 sera définitivement hors course. Il fonde avec le Père Daniel BROTTIER, rencontré dans une tranchée, fin novembre 1917, l'UNC (Union Nationale des Combattants) à qui Clémenceau donne 100 000Fr, don de la mère d'un soldat décédé au front. Cet aumônier du 26ème régiment d'infanterie jouit d'un grand prestige car il est survivant depuis 1914, malgré les obus qui ont éclaté à ses côtés, (miracle qu'il attribue à Ste Thérèse de LISIEUX). Clémenceau restera son ami jusqu'à la fin.

Avant sa mort il écrit ses mémoires pour rectifier les mesquineries malheureuses du Maréchal FOCH (rapportées par un journaliste RECOULY) dans le « Mémorial de Foch, mes entretiens avec le maréchal » publiées en mai 1929. Le Maréchal fait parler la haine, née de la jalousie, pour Clémenceau qui avait éclatée en fin de la Grande Guerre. Clémenceau écrira donc en six mois avec l'aide de ses collaborateurs « Grandeurs et Misères d'une Victoire » qui répondra aux nombreuses attaques misérables de Foch, ce grand chef, qui niait, entre autres, le rôle de Clémenceau dans sa nomination de généralissime des Troupes Alliées. Le Général. HAIG, avait dit en effet, à Clémenceau qu'il n'obéissait qu'à son Roi. Clémenceau en fine mouche fit demander par MILNER, Ministre des Armées britanniques, le soin d'unifier sous le commandement de Foch, désigné par Clémenceau, les troupes alliées. « C'est la dernière victoire du Maréchal, d'avoir provoqué la publication des mémoires de Clémenceau » dit Jean Baptiste DUROSELLE le plus complet biographe de Clémenceau (on prête une phrase identique à Tomeï)


.Clémenceau va mourir le 24 novembre 1929 à 88 ans chez lui à Paris, mais sera enterré dans sa Vendée à Mouchamps, près de son père, médecin lui aussi. Son cercueil fut porté par son chauffeur et son homme de compagnie. De nombreux vendéens paysans l'accompagnèrent alors qu'il n'avait voulu pour ses obsèques que «le strict minimum c'est-à-dire moi ».

Il fut Président du Conseil en 1906 1909 puis de 1917 à 1920. Il a été Sénateur de 1902 à 1920 après avoir été Député de 1876 à 1893. Il est né en 1841 à Mouilleron en Pareds (Vendée). Sa statue, au Rond-Point des Champs Elysées Clémenceau, sculptée par François COGNE, érigée en 1932, inaugurée par Edouard HERRIOT reçoit chaque année pour la commémoration du 11 novembre la visite du Président de la République. Il n'est pas légionnaire.
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Photos internet : Clémenceau Président du Conseil, Clémenceau dans les tranchées, l'emplacement de la Statue de Cogné à Paris, la Statue de Clémenceau, sa Tombe au cimetière de Mouchamps en Vendée


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