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Section de l'Orne

Aujourd'hui 3 décembre 2020, Raymond CIROUX entouré de son épouse, Gisèle, de ses enfants et petits enfants a été inhumé à Sées après une cérémonie à Courteilles en l'Eglise du Christ Roi, en présence d'un aéropage recueilli. Les participants étaient accueillis par le père Roland KONOUTCHINI, venu du Congo, en mission fidei donum, il y a deux ans qui offrait à la famille de M. CIROUX et à sa famille un très bel office. Mme Françoise Tahéri, Préfète de l'Orne, présidait la cérémonie avec les honneurs militaires. M. le Maire, Joaquim Pueyo et Mme Christine Roimier étaient au premier rang à ses côtés. Le DMD de l'Orne le Lieutenant Colonel Jérôme Thieulart était accompagné du Dr Pierre Petitbon, Président de la SMLH61. M. Christophe Bayard, Vice Président de la Fondation de la France Libre et M. le Lieutenant Colonel Yves Duprez, Délégué général du Souvenir français de l'Orne, étaient aussi présents avec Mme Magali Ozouf directrice de l'ONACVG. Le Colonel Ernest GAUDET, chef d'un escadron de chars de la 2ème DB, lisait le rapport qu'il avait rédigé à l'époque et aménagé lors de l'allocution devant le Maire d'Alençon, M. Pierre Mauger et Charles de Hautecloque, le fils du Maréchal, dont il sera longuement question dans la suite de ce texte. Cette allocution prononcée le 18 août 1989 lors de la pose de la plaque commémorative de la libération d'Alençon.

Valérie sa fille et Philippe son gendre, avaient retracé l'existence de Raymond Ciroux manifestement entouré d'amour et d'estime par sa famille présente.


Raymond Ciroux est né le 14/4 1925 à Dreux. Son père était charcutier issu de la Sarthe (Ancines), sa mère institutrice originaire de l'Orne (Hellou). Raymond avait un frère Pierre plus vieux de 11 ans qui était inspecteur des impôts à Domfront. Scolarisé au Lycée d'Alençon (devenu Lycée Alain en 1958) et à l'Ecole Saint François de Sales. Il passe brillamment le baccalauréat en cette période agitée. A partir de 1945 il fera carrière dans les PTT inspecteur, il achèvera sa carrière receveur en classe exceptionnelle à Evry.


Marié une première fois à Jacqueline GAPIN il aura trois filles Françoise, Catherine et Valérie. Après séparation il se marie avec Gisèle PAGANETTI née en 1942 à Alençon qui l'a accompagné jusqu'à la fin de sa vie.


Le fait marquant de son existence est d'avoir contribué de façon décisive à la préservation d'Alençon, ses 16000 habitants et son patrimoine. Le colonel GAUDET vous l' explicitera. Ce n'était pas pour lui du courage mais le simple sens de l'honneur et du devoir. On le dira, cet acte exemplaire lui valut à 19 ans signé du Général Leclerc de Hautecloque (futur, à titre posthume, il a 48 ans, Maréchal de France après ce fatal accident d‘avion en novembre 1947 près de Colomb Bechar en Algérie) commandant la prestigieuse 2ème DB la plus haute distinction qu'un général de division peut octroyer : la Croix de Guerre avec étoile d'Argent. En 1988 la Légion d'honneur couronne ce beau trajet de vie. Voilà ce que nous lit Valérie sa fille.


Son gendre Philippe Thouart à son tour retrace un autre parcours de Raymond Ciroux. Je laisserai au Colonel Ernest GAUDET le soin de prendre la parole pour relater les faits militaires de Raymond reliés à la 2ème DB et à la libération d'Alençon. Je me permets une réflexion personnelle sur ce fait historique qui épargna la chair et les pierres de la ville, le patrimoine historique et permit à la ville de repartir vers le futur sans cicatrices à guérir. Eviter les larmes et la peur à une population c'est toute la grandeur d'une armée digne de la plus chaleureuse reconnaissance. L'alliance d'un jeune civil et d'une prestigieuse armée inscrivit face à l'occupation allemande un des plus beaux faits de la résistance.


Raymond Ciroux soulagé de voir Alençon libre s'engagea dans la 2ème DB dans le XIIème régiment des cuirassiers du Colonel Gaudet comme aide pilote. Après le mariage avec Jacqueline GAPIN qui lui donna 3 filles, il s'ensuivit une séparation. Il croisa le chemin de GISELE qui fut une providence dans son existence.


Raymond sauva Alençon Gisèle accompagna Raymond et lui offrit affection qui préserva et sauva son existence. Sa carrière magnifique aux PTT lui fit recevoir ses observations dithyrambiques de ses supérieurs. Homme complet il fit progresser les services dont il avait la charge de façon remarquable et remarquée.


Gisèle atteinte d'une maladie fit preuve d'un courage exceptionnel pour faire face et résister au désastreux Covid 19 cauchemar de solitude pour ce couple. Nicole Vilain, chef de service de médecine de l'hôpital de Sées et cousine de Raymond prit le relai. Gisèle même à distance était là, présente. Nicole et sa mère Françoise, qui l'épaulait, contribuèrent au soulagement de Gisèle et de Raymond et de toute la famille. L'EHPAD de Sées bien dirigée, bien administrée, avec un personnel soignant dévoué et havre de chaleur humaine a bien pris soin de Raymond jusqu'au dénouement. Raymond a fait preuve de tendresse jusqu'au bout envers Gisèle toujours présente pour l'accompagner. Sa résistance a fait l'admiration de tous. il s'est incliné face à l'inévitable. Sa mémoire résistera au temps.

RAPPORT du Colonel Ernest GAUDET sur les évènements de la nuit du 11 au 12 août 1944

Le 11 août 1944 vers 22h, alors que je parvenais à la tête de mon escadron, aux abords du village de St gilles, un jeune résistant, Raymond CIROUX se portait spontanément à l'avant de mes chars. Il me fournissait de précieux renseignements: notamment il m'indiqua que si des patrouilles d'infanterie ennemie sillonnaient encore la campagne environnante, la ville d'Alençon était évacuée par les allemands. Mais que cette ville et ses ponts étaient toujours intacts, d'importantes forces allemandes étaient concentrées dans les forêts d'Ecouves et de Perseigne, où elles diposaient de nombreuses munitions entreposées dans des tranchées creusées sur ordre de l'occupant par des populations civiles aussi il convenait de s'emparer rapidement d'Alençon.

La nuit étant complète je ne pouvais prendre l'initiative de poursuivre ma progression avec mes chars aussi je transmettais un message radio au P.C du G.T.D. pour l'informer de la situation. Nulle réponse ne m'étant parvenue, Raymond Ciroux, se proposait alors pour porter personnellement les informations qu'il détenait à l'Etat Major à Champfleur. Mission périlleuse qu'il effectuera à bicyclette avec le lieutenant Rogers, malgré les risques évidents qu'ils encouraient.

Mes équipages étant harassés, je leur donnais consigne de se reposer jusqu'à l'aube où nous attaquerions Alençon. Mais bientôt le Général Leclerc me réveillait et me donnait l'ordre d'investir immédiatement la ville. Mission très audacieuse que mon escadron effectuerait sans reconnaissance du terrain, en se déplaçant en file indienne sur la route sinueuse et bordée de haies propices aux embuscades, reliant St Gilles à Alençon. Ainsi que décidé par le Général LECLERC nous étions guidés dans la pénombre par le Jeune Raymond CIROUX qui avait pris place dans la jeep du Capitaine DA à l'avant de mes chars.

A l'arrivée à Alençon, place des Pouilles, Raymond Ciroux, reconnaissait que le Pont Neuf n'était pas défendu, le Général Leclerc le suivait et en prenait immédiatement possession puis y installait son P.C. et me donnait l'ordre d'assurer la protection nord de la ville en direction de la forêt d'Ecouves secteur névralgique où toujours guidés par Raymond Ciroux, nous nous heurtions à l'ennemi, stoppant net la progression de ses éléments avancés, chargés précisément de nous empêcher de libérer Alençon et surtout de nous empêcher de nous emparer de ses ponts.

Notre victoire acquise sur le fil du rasoir était éclatante et totale tout à la fois en effet elle épargnait Alençon et elle permettait à la division Leclerc de mettre rapidement fin à la bataille de Normandie.

Le mérite de cette victoire en revient incontestablement au Général Leclerc, à son audace et à son esprit de décision ainsi qu'à la rage de vaincre qu'il avait su inculquer à l'ensemble des combattants de la 2ème D.B. et à la lucidité et au courage indéniable dont fit preuve le jeune résistant Raymond Ciroux. Voici donc résumé M. Le Maire, une page glorieuse de l'histoire de la France qui fut aussi une page de l'histoire de votre commune, dont aujourd'hui, grâce à votre initiative, ses habitants peuvent à juste titre s'enorgueillir.

Le Colonel Ernest GAUDET Le Val de Grâce le 2 août 1989 dans une allocution prononcée à Alençon le 11 août 1988 lors de l'allocution prononcée devant Charles de Hautecloque lors de l'inauguration de la plaque commémorative "Ici le Général Leclerc ..

M. Raymond Ciroux a été nommé dans l'Ordre de la Légion d'honneur en 1988 grâce à l'intervention justifiée de M. Pierre Mauger. Il était titulaire de la Croix de Guerre avec étoile d'argent (= citation à l'Ordre de la Division en l'occurence la 2ème DB). Les porte-drapeaux étaient présents, dont le nôtre, porté par M. Jean Chantepie. Un détachement de l'arme, le XIIème régiment de cuirassiers, de Raymond Ciroux, lorsqu'il sétait engagé dans la 2ème DB s'était déplacée d'Olivet grâce à l'amabilité du chef de corps le Lieutenant Colonel Verlet. M. Raymond Ciroux, né à Dreux est mort à 95 ans après une très belle carrière aux PTT. Une belle vie, une existence dans la veine de l'épopée napoléonienne. Raymond Ciroux a arrêté sa période militaire avec la fin de la chevauchée des chars de Leclerc. C'est une belle vie quand droit dans ses bottes on peut se retourner et être fier de ce que l'on a accompli. Son voeu le plus cher est que le Drapeau du XIIème cuirs porte, outre les mentions de Paris et Strasbourg 1944, la mention d'Alençon 1944, première ville française libérée par des seules troupes françaises.

SMLH61Photos SMLH61 et famille Ciroux Gisèle et Raymond lors du 70ème anniversaire du débarquement et Madame Tahéri, Préfète de l'Orne prononçant l'éloge de Raymond Ciroux


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