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Section de l'Orne

Photographie de la dernière activité

SIMON IGEL, IN MEMORIAM,

Né le 18 août 1927 en Pologne à Zolkiew (près de Cracovie). Sa famille avait fui le nazisme, par Vienne (son père exerçait la profession de fourreur), vers la France dans l'Yonne, avec l'intention plus tard de retrouver aux USA le frère de sa mère. Ses parents, son père Markus, sa mère Jeantha, ses frères Menassé, l'aîné et Joseph le cadet sont, par la police de Vichy, incarcérés les premiers le 12 juillet 1942, à la prison d'Auxerre sur ordre du Préfet de l'Yonne. Lors de son arrestation, Menassé confie sa chevalière à Simon. Dès le 17 juillet tous, sauf Simon qui a moins de 15 ans et est confié à l'Assistance Publique d'Auxerre, sont transférés à Auschwitz pour y disparaître. Toutefois son père l'avait, auparavant, par document écrit, confié à une famille qui l'accueillera chaleureusement, les Coqblin. Ceux-ci aidé des Roche (Simon a gardé des liens après la guerre avec leur fille Jacqueline) permettent à Simon de vivre caché et prudent. Simon garde une reconnaissance émue pour ces « justes ». Il passe par l'intermédiaire d'un passeur rémunéré mais honnête en Zone libre, à Saint Étienne, qui en novembre 1942 devient ville de zone occupée.

Il sera dénoncé et arrêté par la gestapo ce jour anniversaire de ses 16 ans. Emprisonné au Fort de Montluc à Lyon (on lui confisque la chevalière de son frère), il est embarqué trois semaines plus tard pour le camp de Drancy (on ne lui rend pas la chevalière, il la réclame et reçoit un coup de pied « aux fesses de Barbie »). Le 6 octobre 1943 il est mis dans un wagon et part, déporté car juif, de la gare de Bobigny pour rejoindre le camp de concentration d'Auschwitz 1. Son matricule 157 085 tatoué (le tatouage systématique à Auschwitz est instauré en février 1943) sur son avant bras gauche lui rappelait cette période d'humiliation et de détresse.

Enfants de moins de 16 ans, femmes enceintes et vieillards, après un tri sélectif, étaient immédiatement conduits aux chambres à gaz. Les jeunes adultes et adolescents participaient au travail comme « esclaves » pour l'économie nazie. L'épuisement et l'inanition qui conduisaient à la mort constituaient le lot de la plupart. Le camp d'extermination d'Auschwitz 2 (Birkenau) a abrité la « solution finale » de 1 million de juifs. Le Camp d'Auschwitz 3 (Buna Monowitz) servait de logement et de camp à ceux qui pouvaient effectuer un travail manuel. Les Sonderkommandos étaient en charge des basses besognes telle que l'évacuation des cadavres des chambres à gaz, l'arrachage des dents en or etc.. La SS (Schutz Staffel) était gardienne des camps, aidés par des auxiliaires des pays baltes ou ukrainiens et assistés de Kapos.

Nombreux déportés, dont Simon IGEL, avaient été évacués (marches épuisantes et mortelles) dès le 18 janvier vers d'autres camps en plein hiver. Il aboutit au camp de Dora (camp de travail pour la construction des V2) et y demeure jusqu'au 1er avril 1945 avant d'être transféré à Bergen Belsen où il est libéré par les Anglais le 15 avril 1945. Simon Igel regagne la France, via le Lutetia, et reçoit sa carte de rapatrié et une maigre pension.

Il épouse à Paris en 1951, une infirmière libérale catholique pratiquante et se sédentarise à Chanu en 1970. Conseiller municipal de Chanu de 1983 à 1989, près avoir achevé sa vie professionnelle comme directeur du magasin Assaut, Simon Igel s'est à Flers, consacré à des conférences en milieu scolaire (Guéhenno) ou dans structures plus vastes comme le Zénith à Caen devant 6000 assistants lors des commémorations du 70ème anniversaire du débarquement. Simon Igel sera décoré de la Légion d'Honneur en 2005.

Madame COMTE, Commandeur de la Légion d'honneur, clôt lors des obsèques, les interventions orales, elle même déportée au même âge à Ravensbrck, pour faits de résistance, au même âge, de ce choc des jeunes de 16 ans qui sont confrontés brutalement et de façon atroce, en « culottes courtes », à un monde d'adultes odieux, barbare et cruel. Ses mots sont justes.

Le Kadish a été lu, par deux amis, dont l'un a été déporté en même temps que Simon Igel et après que la traduction en français ait été prononcée par Patrick, son fils. Ce dernier avait auparavant chanté le « Libera me » du Requiem de Fauré d'une voix de baryton magnifique. Simon n'était pas grand père. Son départ est une douleur pour tous ceux qui l'ont connu.

Docteur Pierre PETITBON, Président de la Section SMLH61

le 13 février 2015


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