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Section de l'Orne

Mise au point du Dr Philippe PAUX, ancien médecin-chef du3° Rpima (Régiment de parachutistes d'infanterie de marine) au sujet de la médecine coloniale:


Pourquoi j'adhère à ce petit rappel historique car j'ai été VSNA (Iran 1970 – 1972) et Coopérant civil en Somalie (1974 – 1977, pays dans lequel confronté à la clitoridectomie pharaonique j'avais alerté le Président de la République, le général Siyaad Barré, qui Chef d'Etat Socialiste Scientifique y était personnellement hostile). Il doit se retourner dans sa tombe de vant es excations des shebabs financés et formés par les imams TURCS. Par ailleurs j'avais suivi dans les territoires exotiques de la République mes parents et ai côtoyé ces médecins sources pour partie de ma vocation. Notamment à Papeete un médecin spécialiste de l'éléphantiasis.


Mes Héros dit ce médecin colonial, n'étaient pas footballeurs, chanteurs, acteurs, mais médecins coloniaux exerçant dans les conditions les plus extrêmes, dans ces pays tropicaux, sans la moindre politique ou infrastructure de santé, où sévissaient des guerres inter ethniques, le tribalisme, le féodalisme, l'esclavagisme, la famine, l'irrationalité, la pensée magique, les mutilations rituelles sexuelles ou corporelles et l'anthropophagie .


Je n'ai eu de cesse, tout au long de ma carrière, de médecin de la Coloniale, des Troupes de Marine, au sortir de l'illustre Institut de Médecine tropicale du Pharo à Marseille de représenter mes illustres Anciens, de sauver parfois, de soulager souvent, de servir l'humain toujours. Secourir était mon combat, sauver, ma victoire quelques soit l'Homme, de Mopti, de Bobo-Dioulasso, de Grand Bassam, de Bouaké, de Korhogo, de Brazzaville, de Bangui, de Ndjamena, de Moundou, de Bardai, de Hienghène, de Lifou, de Maripasoula, de Camopi, de Paramaribo, de Mata-Utu, de Tchibanga, de Brazzaville, et bien d'autres villages africains, sud-américains et océaniens.


Partout et toujours pour l'Humanité, j'ai soigné, soulagé et prévenu, à pied, à cheval, par le ciel, par les eaux des mers, rivières et rapides, dans les déserts, dans les montagnes, dans les forêts, dans les ruines d'un tremblement de terre, dans les tempêtes, dans le feu, sous le feu, mais jamais autant que mes Anciens qui ont pour beaucoup donné leur vie et parfois la vie de leurs proches.


Ayons un peu de respect, d'égard, et surtout gardons les en mémoire, pour tous ces Hommes, pour vous « criminels contre l'Humanité » mais en fait, les premiers « French Doctors», la modestie et l'humilité en plus. Et comme le disait, il y a quelques années, le premier doyen de la Faculté de médecine de Dakar « Y a-t-il au monde plus petite équipe d'hommes ayant rendu plus de services à l'humanité souffrante ? Y a-t-il au monde oeuvre plus désintéressée, plus obscure, ayant obtenu de si éclatants résultats et qui soit pourtant ignorée, aussi peu glorifiée, aussi peu récompensée ? Qui peut prétendre avoir fait mieux, où, quand et comment ? »


Un peu d'histoire. Tous ces Médecins coloniaux, mes héros, sont associés à ces maladies dont certaines ne vous sont même pas connues et d'autres vous évoqueront probablement des souvenirs plus de voyages que d'Histoire, l'Histoire que vous bradez par clientélisme. Ces maladies sont parfaitement bien rapportées par Louis-Armand Héraut, historien de la médecine.


La peste, cette maladie tueuse qui élimina au XVe siècle un tiers de l'humanité et sema encore la terreur à Marseille en 1720. C'est le médecin colonial Alexandre Yersin qui, découvrit à Hong Kong le bacille qui porte désormais son nom. Quatre ans plus tard, à Karachi, le médecin colonial Paul-Louis Simond démontre le rôle vecteur de la puce du rat. Soulignons La mort héroïque en soignant des milliers de pestiférés du médecin major Gérard Mesny en 1911, lors de l'épidémie de Mandchourie. On ne peut oublier la mort tout aussi courageuse du médecin colonial Gaston Bourret en 1917 dans son laboratoire de Nouméa. Enfin ce sont les médecins militaires coloniaux Girard et Robic qui réussirent à mettre au point en 1932 à Tananarive un vaccin anti-pesteux efficace.


La variole fit l'objet d'une lutte constante dès les premiers temps de la colonisation aussi bien en Afrique qu'en Asie. L'action sans défaillance du Service de santé des troupes coloniales a contribué de façon décisive à l'éradication de cette maladie effroyable qui, faisait en France 10 000 victimes par an à la fin du 18e siècle. La vaccination, qui se faisait au début de bras à bras fut grandement améliorée quand on put inoculer le virus à partir de jeunes buffles, créer des centres vaccinogènes et transporter, grâce à Calmette, lui aussi médecin colonial, la lymphe vaccinale en tubes scellés.


La fièvre jaune, affection virale redoutée, endémique en Afrique et Amérique, fit des incursions dans les ports européens au XIXe siècle (20 000 morts à Barcelone) Elle fit de très nombreuses victimes dans le corps de santé colonial, comme en témoignent les monuments de Dakar et de Saint-Louis du Sénégal. Il faut attendre 1927 pour que le médecin colonial Laigret puisse obtenir un vaccin grâce au virus recueilli à Dakar sur un malade. Par la suite la vaccination par le vaccin de Dakar et le vaccin américain Rockefeller permit d'obtenir rapidement un contrôle quasi-complet de cette affection souvent mortelle. (N'oublions pas Walter REED, dont le nom est attribué à l'un des plus prestigieux hôpital US, médecin colonial américain qi démontre le rôle du moustique Aedes AEgypti dans la transmission du virus)


Le paludisme, dont le parasite responsable, l''hématozoaire, le Plasmodium Falciparum fut découvert par le médecin militaire Alphonse Laveran à Constantine en 1880. Le paludisme reste toujours la principale cause de mortalité infantile sous les tropiques. Il faisait et fait partie du quotidien du médecin tropicaliste. Les premiers médecins qui s'acharnèrent à le combattre à travers son vecteur, le moustique, furent surnommés par les autochtones les "capitaines moustiques ». Le médecin colonial Victor Le Moal s'illustra particulièrement dans cette lutte anti- moustique à Conakry.


La maladie du sommeil ou trypanosomose, parasitose particulièrement redoutable, atteint le système nerveux central en provoquant une apathie, des troubles du comportement et un état de délabrement organique cachectique extrême qui aboutit à la mort. Nombreux sont les médecins qui furent contaminés en la combattant, et parfois en sont morts. Cette affection dépeuplait en Afrique noire des régions entières. Elle fit très tôt l'objet d'études qui vont permettre au médecin colonial Jamot, grand nom de la médecine tropicale de développer son action la mouche Tse Tse glossine responsable se vit combattre par DDT puis et par piégeage.
La lèpre, une autre vieille connaissance, quasi disparue d'Europe, atteint la personne dans son apparence physique ainsi que dans sa dimension sociale. Marchoux va organiser la lutte contre cette maladie mutilante, lutte qui sera poursuivie et développée par le médecin général Richet en collaboration avec Raoul Follereau. De nombreux médecins coloniaux se consacreront à cette lutte difficile, dont Léon Stevenel qui isola le principe actif de l'huile de Chaulmoogra, seul médicament d'une certaine efficacité avant qu'apparaissent les sulfones.


La méningite cérébro-spinale à méningocoque, endémo-épidémique en Afrique tuant encore et toujours des milliers d'enfants, dont certains dans mes bras, au Burkina-Faso à Bobo-Dioulasso, au Mali à Djenne, dans une zone que l'on nomme encore la ceinture de Lapeyssonie du nom d'unillustre médecin colonial qui a tant dispensé aux pays sahéliens et qui a transmis son savoir à des légions de médecins tropicalistes et à moi-même dans les années 80.


Médecin colonial, je suis, médecin colonial, je reste, ajoute ce praticien militaire, car chemin faisant je termine ma carrière dans un quartier multiculturel et je soigne hommes et femmes de 49 nationalités différentes dont de nombreux « colonisés ». Nous devons croire que le « criminel » que je suis, ne fait plus peur à toutes ces victimes de la colonisation tant ma patientèle est grande. Les « souffrances endurées », par la faute du « bourreau-tortionnaire » que je suis, ont été vite oubliées et pardonnées tant l'attachement de mes patients est profond.


N'insultons pas tous ces Hommes dont la devise «Sur mer et au-delà des mers, pour la Patrie et l'Humanité, toujours au service des Hommes » a toujours été respectée jusqu'à la mort pour certains.


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