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Section de l'Orne

L'ESCLAVAGE et l'HISTOIRE
L'esclavage crime contre l'humanité, l'Histoire est-elle imprescriptible ? A quand doit on remonter pour l'imprescriptibilité ? Hammourabi il y a près de 4000 ans ? Sur sa stèle l'esclavage n'est pas aboli doit on la retirer du Louvre. Le "droit juste babylonien" d'Hammourabi pénalisant des esclaves fugitifs ou relatant les peines pour les esclaves volés ainsi que le chapitre sur la propriété des esclaves sont bien décrits. La « Loi du Talion » qui est la base du droit juste et innovant (première illustration de ce droit sur cette stèle qui organise un ordre et évite les règlements de compte individuels) est une révolution. Auparavant pour la mort d'un poulet le voleur perdait la vie.

Colbert il y‘a 400 ans et son « Code Noir » qui régentait la traite et le commerce sans abolir l'esclavage ? Avant d'enlever son buste il faut débaptiser et condamner Nantes, La Rochelle et Saint Malo. Il faut demander des comptes à l'Italie et à Rome pour l'exécution de Vercingetorix et le défilé des esclaves gaulois pour la plus grande gloire de César et de ses légions. Pourtant qui peut nier que 400 ans de colonisation romaine ont beaucoup apporté à la France. Doit-on demander à la Turquie des comptes pour ses razzias dans le Maghreb, en Provence, en Sicile, dans le Caucase à la recherche de ses Circassiennes, de ses Janissaires et Bachi Bouzouks qui défilaient derrière la marmite du sultan?


L'esclavage documenté se lit sur stèles, fresques, colonnes, parois, tombeaux, papyrus, ostracons, certains textes religieux, parchemins, papier tout au long de notre histoire qui commence à Sumer. Peut-être que la rencontre Néanderthal et Homo sapiens en a comporté ? L'esclavage a été atlantique, oriental (lire le livre de Tidiane N'Diaye « Le génocide voilé ») et intertribal. Tout le monde sait quel'Afrique avant son exploration européenne était un paradis, loin des luttes fratricides et des maladies épidémiques violentes. Si la France ne peut pas nier cette page sombre de son histoire elle n'a pas à culpabiliser. L'Europe se livrait à l'époque à des controverses telle celle de Valladolid (Las Cases et Sepulvedes) pour savoir si l'Indien d'Amérique du Sud avait une âme.


Napoléon après avoir en 1802 rétabli l'esclavage, aboli en 1794 par la Convention dans les territoires d'Outre Mer, l'a aboli à nouveau durant les cent jours, suivant en cela le sens de l'Histoire du Traité de Vienne. . Qui dans le monde politique ne s'est pas assis sur les baïonnettes de la pensée géopolitique. Des « Légion d'honneur » offertes à titre étranger à des chefs d'Etat criminels. La réalité politique s'impose bien souvent aux dirigeants pour estomper droit et sens de l'honneur. L'esclavage est rétabli par la restauration. On rappelle toutefois à ceux qui affirment que l'esclavage a été aboli en 1794 (mais on se sait que l'ENA n'apprend l'Histoire à ses élèves qu'après la révolution) qu'il ne pouvait exister en France, depuis Louis X le Hutin, (un des « Rois Maudits ») , 3 juillet 1315, « nul n'est esclave en France », pour des motifs financiers certes. Le rachat du servage finançait une guerre. Cela aggrave moralement certes le cas de la France esclavagiste pour ses possessions antillaises, réunionnaise et Guyanaise. Toutefois ces territoires n'étaient pas français à l'époque de Louis X le Hutin. . Comme la Loi de 1905 de la Séparationde l'Eglise et de l'Etat ne s'applique pas aux terroires alsaciens et lorrains possessions de la Prusse après la défaite de 1870.Les « serfs » différents des « vilains » avaient un statut peu enviable avant 1315. Après cette date pour ces serfs la liberté de posséder, de se déplacer, de travailler était théorique.


Le 27 avril 1848, 33 ans après Napoléon, sous l'égide de François Arago, (Grand Officier de la Légion d'honneur) la IIème République et Victor Schoelcher (qui n'est pas légionnaire) l'aboliront définitivement. Comment peut-on faire de l'histoire à l'heure d'internet comme si l'âme avait de l'avance jadis sur son temps. On mourrait de la peste faute de vaccin, on mourrait de la fièvre jaune faute de médecins vaccineurs. Doit-on rendre la Science meurtrière contre l'humanité ? « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » disait Corneille dans le « Cid » trouble notre jugement. Le Grand inquisiteur des « frères Karamazov » nous annonçait les méfaits d'une communication orientée et toxique « Nous parviendrons à les persuader qu'ils ne seront vraiment libres que lorsqu'ils renonceront pour nous à leur liberté et se soumettront à nous ». . Plus près de nous Péguy nous rappelle : « Je ne suis point démocrate, dit l'Histoire, je ne suis point aristocrate non plus, puisque je suis historienne » Clio. « Les Rois commandent mais les faits et l'intérêt général commandent les Rois" ajoute Rohan


LE MONDE 9 mai 2021 raconte dans cet article documenté des faits totalement méconnus de beaucoup de légionnaires :

Cent cinquante-trois ans après l'abolition définitive de l'esclavage en France, le 27 avril 1848, une équipe de chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a mis en ligne, vendredi 7 mai, dans le cadre du projet « Repairs », une base de données détaillant les indemnités versées par l'Etat français aux propriétaires d'esclaves. Des informations qui permettent de mieux comprendre la société esclavagiste de l'époque et de retracer l'origine d'investissements qui ont donné naissance à des dynasties entrepreneuriales ou des entreprises qui existent encore aujourd'hui.


Contrairement aux idées reçues, les 10 000 propriétaires d'esclaves qui ont reçu à partir de 1849 des indemnités de 126 millions de francs or (1,3 % du revenu national, soit l'équivalent de 27 milliards d'euros d'aujourd'hui) n'étaient pas tous des colons blancs. « La loi d'abolition du 27 avril 1848 est à l'origine d'une confusion sémantique, explique Myriam Cottias, chercheuse au CNRS à la tête du projet de recherche “Repairs”. On peut y lire que les “colons”, c'est-à-dire des Blancs, doivent être indemnisés, alors que ce sont les propriétaires d'esclaves, dont certains sont de couleur, qui reçoivent les indemnités. »


Selon les calculs de Jessica Balguy, doctorante à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), 30 % des propriétaires d'esclaves en Martinique étaient noirs ou métis, pour la plupart des petits propriétaires. Parmi eux, on retrouve certains affranchis, appelés « libres de couleur », ayant racheté leurs enfants ou petits-enfants sans avoir les moyens de payer les taxes à l'Etat pour les émanciper. Les femmes occupent également une place significative parmi les bénéficiaires de l'indemnité coloniale. « On compte parmi ces femmes beaucoup de veuves de colons et des célibataires qui possédaient quelques esclaves », explique la chercheuse.


Profils d'une grande hétérogénéité Les indemnités versées par l'Etat français ont été fixées en fonction du prix des esclaves dans chaque territoire. C'est dans les colonies sucrières, et en particulier à La Réunion, là où les plantations sont en plein essor au moment de l'abolition, que les prix sont les plus élevés. La Réunion (où un propriétaire perçoit 671 francs or par esclave), la Martinique (409 francs or) et la Guadeloupe (447 francs or) reçoivent l'essentiel des indemnités, suivies par la Guyane, le Sénégal, Nosy Be (moins de 40 francs or) ou encore Sainte-Marie de Madagascar.


Les données révèlent comment des spéculateurs se sont enrichis grâce à l'indemnité. Ainsi d'un métropolitain venu en Martinique, quelques mois avant l'abolition, racheter titre sur titre Autre découverte intéressante : les titres d'indemnité terminent souvent dans la poche de négociants de la métropole, ou de créanciers en guise de remboursement de dettes. Autrement dit, tous les propriétaires ne sont pas de riches exploitants de plantations. Leurs profils sont d'une grande hétérogénéité. Parmi les plus grands propriétaires figure Louis Marie Gabriel Le Coat de Kerveguen, originaire de La Réunion, qui a perçu 1,9 million de francs or contre l'émancipation de 1 680 esclaves. Ou encore la famille Gradis, des négociants qui possédaient des centaines d'esclaves et perçurent des centaines de milliers de francs or et dont les descendants gèrent désormais une société de gestion d'investissements financiers.


La base de données révèle également comment des spéculateurs se sont enrichis grâce à l'indemnité.>« Il a remporté les plus gros montants de l'île alors qu'il n'avait rien à avoir avec l'esclavage. Beaucoup ont fait comme lui dans la période qui a précédé l'abolition », constate Jessica Balguy. Plus tôt, à la reconnaissance par la France de l'indépendance d'Haïti, en 1825, ce n'est pas l'Etat français qui a donné des indemnités à des propriétaires d'esclaves, mais ces derniers qui en ont demandé à la nouvelle République haïtienne. Une dette qui ne sera soldée par Haïti qu'en 1883 [et dont les agios courront jusqu'au milieu du XXe siècle]. Ces indemnités ont été rassemblées dans une autre base de données du projet « Repairs », dont les informations sont extrêmement précises, puisque même les adresses des propriétaires d'esclaves sont renseignées.


Débats sur les réparations Au milieu du XIXe siècle, la question des réparations a fait l'objet de débats. Partant du constat que la propriété d'esclaves était légale, certains considéraient l'abolition comme une expropriation méritant compensation. D'autres s'y opposaient, au nom de la justice morale et du principe selon lequel aucun être humain ne peut être assimilé à une propriété, voire demandaient réparation pour les désormais anciens esclaves. « Même si Victor Schoelcher, l'un des artisans de l'abolition, défend au départ l'indemnisation des esclaves, il cède aux pressions des colons par calcul politique, pour que le décret soit adopté », explique Myriam Cottias.
Une base de données britannique de 2013 montre que la manne de l'indemnité coloniale a permis de soutenir le développement de secteurs-clés de l'industrie La base de données française succède à celle qui avait été publiée, en 2013, aux Royaume-Uni. Le travail minutieux mené par les chercheurs du Legacies of British Slave-Ownership (LBS), un institut rattaché à l'University College de Londres, a permis d'exhumer les noms des 47 000 bénéficiaires de l'indemnité coloniale, répertoriés dans un catalogue en ligne. En Grande-Bretagne, à la suite de l'abolition de l'esclavage, en 1833, 20 millions de livres, soit 40 % du budget national, avaient été versés aux anciens propriétaires. Comme dans le cas français, la proportion de femmes parmi les indemnisés est significative, aux alentours de 40 %.


Tandis que les chercheurs français veulent montrer les complexités d'une société esclavagiste, en Angleterre, la base de données ne distingue pas les personnes de couleur et donne des indications sur le développement du capitalisme pendant la révolution industrielle. La manne de l'indemnité coloniale a permis de soutenir le développement de secteurs-clés de l'industrie, comme le coton et les chemins de fer. Dans un article publié en 2015 par la Revue d'histoire du XIXe siècle, l'historien Fabrice Bensimon écrit que la base de données britannique a permis d'établir une « continuité entre l'argent de l'abolition et les patrimoines contemporains, comme celui de la famille de l'ancien premier ministre David Cameron ».L'ouverture de ces archives a aussi relancé le débat sur les réparations pour le préjudice subi pendant l'esclavage. Dans les Caraïbes, une quinzaine d'Etats ont ainsi porté une demande officielle depuis la publication de cette base de données. « La demande de réparation est à prendre au sérieux, c'est aussi une demande d'égalité qui peut difficilement se traduire par un remboursement en nom individuel », insiste Myriam Cottias.


Pour l'historien Pap N'diaye, professeur à Sciences Po, ces archives, « précieuses », peuvent difficilement servir de socle aux revendications de réparations. « La base de données apporte des réponses en clair-obscur à nos questions contemporaines. Elle ne permet pas d'identifier de manière limpide les personnes à qui demander des réparations », explique-t-il. L'historien met en garde contre toute instrumentalisation à des fins politiques. « Au lieu de nous interroger sur les réparations, partons des inégalités actuelles. Qui, dans les anciennes colonies françaises, souffre le plus des inégalités ? Qui possède la terre ? Les descendants d'esclaves sont au plus bas de l'échelle sociale. Partons de ces réalités pour apporter plus de justice sociale. »


Coumba Kane et Julien Bouissou
Photos Internet Texte "Le Monde " et prologue SMLH61


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